Long-métrage

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Entre deux trains (Long Time No See)

Retour sur un long-métrage hors normes

Un film qui commence par un pari.
Il y a des projets qu'on accepte parce qu'ils ont du sens, même quand tout indique qu'ils n'auraient pas dû exister. Entre deux trains est de ceux-là.

Lorsque Pierre Filmon m'a présenté son projet, la proposition était radicale : un long-métrage de fiction tourné en une semaine, à Paris, avec un budget serré, en douze plans-séquences.

Pas de plateau, pas de décors construits, presque aucun filet de sécurité. Juste une idée, une mise en scène d'une précision absolue, et deux acteurs capables de tenir le film sur leurs seules épaules pendant plus d'une heure.
Ce genre de pari, on ne le prend pas à la légère et c'est précisément pourquoi on le prend.

L'histoire

Il y a neuf ans, Marion et Grégoire ont vécu une brève histoire d'amour. Aujourd'hui, ils se croisent par hasard Gare d'Austerlitz, entre deux trains. Lui arrive. Elle repart. Elle dispose de quatre-vingts minutes avant que son train ne parte. Ce sont leurs retrouvailles, leur dernière chance de faire le point sur leur vie, leurs vérités, leurs regrets et leurs souvenirs communs.

Le pitch est d'une simplicité trompeuse.

Mais c'est précisément dans cette contrainte dramaturgique — l'unité de lieu, l'unité de temps, la pression du quai — que Pierre Filmon a trouvé son espace d'expression. Entre deux trains fonctionne comme une mécanique d'horlogerie : chaque minute compte, chaque mot pèse, et le spectateur est soumis à la même urgence que les personnages. On pense évidemment à Linklater et à Before Sunset, ou à Varda et à Cléo de 5 à 7 — des références que la presse a d'ailleurs évoquées spontanément — mais le film de Filmon possède une grammaire qui lui est propre, construite autour du plan-séquence comme principe de mise en scène, et non comme effet stylistique.

La genèse du projet

Le passé de Marion et Grégoire n'est pas sorti de nulle part. Pierre Filmon avait écrit au début des années 2000 un premier scénario mettant en scène ces deux personnages — une histoire d'amour se déroulant à l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer. Ce film ne s'est jamais fait. Les personnages sont restés dans un tiroir pendant une quinzaine d'années, avant de ressurgir sous cette nouvelle forme : deux anciens amants, un quai de gare, une poignée de minutes volées au temps. C'est souvent ainsi que naissent les meilleurs projets — non pas d'une idée neuve, mais d'une idée qui a mûri assez longtemps pour trouver sa vraie forme.

Entre deux trains est le premier long-métrage de fiction de Pierre Filmon, après Close Encounters with Vilmos Zsigmond (2016), documentaire sur l'immense directeur de la photographie américain d'origine hongroise, présenté en Sélection Officielle à Cannes Classics. Ce n'est donc pas un premier film au sens d'un coup d'essai : c'est une œuvre portée par quelqu'un qui connaît le cinéma en profondeur, qui sait ce que filmer veut dire, et qui choisit délibérément la contrainte comme moteur de création.

Un casting d'exception

Le film repose sur quatre acteurs.
Laëtitia Eïdo incarne Marion. Connue en France notamment pour la série Fauda et pour Tel Aviv on Fire, elle apporte à ce rôle une complexité rare — une femme qui a fait des choix, qui les assume, et qui se retrouve soudainement confrontée à ce qu'elle aurait pu vivre autrement. Sa présence à l'écran est d'une densité remarquable.

Pierre Rochefort est Grégoire. Figure montante du cinéma français, remarqué dans Un beau dimanche de Nicole Garcia et dans Le Bureau des Légendes, il déploie dans ce film une palette émotionnelle d'une grande justesse — entre l'homme qui arrive et celui qui ne sait pas encore ce qu'il cherche. Ce rôle lui vaudra le Prix du Meilleur Acteur au 32è Festival de Cinema de Girona, en Espagne.

Ronald Guttman et Estéban complètent le quatuor dans des rôles dont la discrétion narrative contraste avec leur impact dramatique.

Une production à l'os et une exigence totale

Produit par Almano Films (Pierre et Claire Filmon, Matthieu Deniau), Prodigima Films (Nicolas Baby et Romain Gaboriaud) et Le Studio Orlando (Philippe Grivel), le film a été conçu dans une économie de production radicale. Pour un long-métrage sorti en salles, c'est un exploit industriel autant qu'artistique.

Ce budget contraint n'a pas été subi : il a été choisi. Pierre Filmon a construit son dispositif de tournage en fonction de cette réalité économique, en faisant de la contrainte un principe artistique. Le résultat : un film tourné en une semaine à Paris, en extérieur, dans des lieux publics, la Gare d'Austerlitz, le Jardin des Plantes, le café maure de la Grande Mosquée, avec une équipe réduite et une préparation millimétrée.

En tant que producteur délégué, mon travail sur ce type de projet consiste précisément à rendre viable ce qui paraît a priori impossible : structurer le financement, sécuriser les conditions de tournage, coordonner les partenaires, et veiller à ce que la vision artistique du réalisateur ne soit jamais compromise par les impératifs de production. Sur Entre deux trains, cela a exigé une grande rigueur et une confiance totale entre les équipes.

Image : Olivier Chambon AFC, dont la direction de la photographie a d'ailleurs été récompensée par le Prix de la Meilleure Photographie au 4è Festival du Cinéma Zsigmond Vilmos en Hongrie.

Musique : David Hadjadj
Musique originale composée, dirigée et interprétée par ses soins, avec violon (Noémie Poumet) et violoncelle (Catherine Doise), enregistrée et mixée au Studio 13 à Paris. Sa partition a reçu le Prix de la Meilleure Musique au FIMUCITÉ de Tenerife, en Espagne.

Montage : Anouk Zivi.

Entre deux trains

Une carrière internationale exceptionnelle

Le film a commencé sa vie internationale avant même sa sortie en salles en France. Pierre Filmon avait inscrit Entre deux trains au cœur d'une stratégie de festival patiente et ambitieuse, et le résultat est parlant :

33 festivals internationaux dans 17 pays. De Shanghai à Moscou, le plus vieux festival de cinéma au monde avec Venise, de Morelia (Mexique) à Goa (Inde), de Girona (Espagne) à Beyrouth (Liban), de Stony Brook (USA) à Budapest.

La Première française a eu lieu au 12è Festival Francophone d'Angoulême, où le film a été sélectionné par Dominique Besnehard — coup de cœur personnel du fondateur du festival, et l'un des noms les plus respectés du cinéma français.

Les principales sélections :

  • 12è Festival Francophone d'Angoulême (Première française)
  • 23è Festival International du Film de Shanghai (Première internationale, 5 projections en salles)
  • 18è Morelia International Film Festival, Mexique
  • 42è Moscow International Film Festival
  • 32è Festival de Cinema de Girona, Espagne
  • 4è Zsigmond Vilmos IFF, Hongrie
  • 14è FIMUCITÉ, Tenerife, Espagne
  • 25è Stony Brook Film Festival, USA
  • 51è IFFI Goa, Inde
  • 10è FF de Valenciennes, 23è FF d'Albi, 6è FF de La Baule (France)

Les prix :

🏆 Meilleur acteur — Pierre Rochefort (32è Girona FF, Espagne, 2020)

🏆 Meilleur film — 25è Stony Brook Film Festival (USA, 2020)

🏆 Meilleur film — 32è Girona FF (Espagne, 2020)

🏆 Meilleur film de fiction — Felacos (Chili, 2021)

🏆 Meilleur réalisateur — Rajasthan IFF (Inde, 2021)

🏆 Meilleur film — Kosova Film Fest (Kosovo, 2021)

🏆 Meilleur film international — LIFF (Liban, 2021)

🏆 Meilleure photographie — Olivier Chambon (Zsigmond Vilmos IFF, Hongrie, 2020)

🏆 Meilleure musique — David Hadjadj (FIMUCITÉ, Tenerife, 2020)

 

La critique

Le film a reçu un accueil remarquable de la presse spécialisée française et internationale. Quelques mots de critiques publiés à l'occasion de la sortie ou des projections en festival :

Subtil suspense romanesque qui étreint nos cœurs — Benzine Mag

Formidable ! — Lisa Nesselson, Screen Daily & France 24, présidente de l'Académie des Lumières

Un film français dans toute sa splendeur — Sortir à Paris

Très bon film — Michel Ciment, Positif

Une poésie contemporaine — Nicole Garcia, réalisatrice

Ces mots viennent de personnalités qui ne les distribuent pas à la légère. Michel Ciment, fondateur et rédacteur en chef de Positif pendant des décennies, est l'une des voix les plus exigeantes du cinéma français. Nicole Garcia est elle-même une réalisatrice dont on retrouve le nom dans le générique d'un des films de Pierre Rochefort. Que ces gens prennent le temps de s'exprimer sur un film à petit budget, sorti dans une vingtaine de salles, dit quelque chose d'essentiel sur la nature de l'œuvre.

La sortie en salles et l'après

Après une longue attente liée à la crise sanitaire, Entre deux trains est sorti en salles en France le 10 novembre 2021, distribué par OSPROD Studios / Almano Films. Le film a tenu sept semaines au Grand Action à Paris — l'une des salles de référence du cinéma d'auteur parisien — et a circulé dans une vingtaine de salles en province.

Fait rarissime pour un film de ce budget : une salle parisienne supplémentaire, L'Épée de Bois (100 rue Mouffetard, Paris 5e), a demandé à programmer le film après sa première sortie. Une deuxième vie en salle, spontanée, tirée par le bouche-à-oreille.

Disponibilité : le film est aujourd'hui édité en DVD chez Tamasa éditions et accessible en VOD sur FilmoTV. Il est référencé sur IMDb avec une note de 8.2/10, ce qui le place, pour un film aussi confidentiel, dans une catégorie d'appréciation que peu de productions françaises indépendantes atteignent.

Ce que ce film m'a appris

Produire Entre deux trains, c'était accepter de travailler dans un cadre où chaque décision avait un poids démultiplié. Pas de marge de manœuvre financière, pas de possibilité de rajouter une journée de tournage si quelque chose se passe mal, pas de budget pour corriger les erreurs en post-production. La contrainte absolue oblige à une préparation et à une coordination d'un niveau que les grosses productions n'exigent pas toujours.

C'est paradoxalement dans ce contexte qu'on produit le travail le plus propre : tout est pensé en amont, tout est maîtrisé, rien n'est laissé au hasard. Le producteur n'est pas là pour gérer des imprévus, il est là pour faire en sorte qu'il n'y en ait pas.

12 plans-séquences. Une semaine de tournage. 33 festivals. 9 prix. 17 pays. Et une sortie en salles qui a tenu.

Ce film est la preuve que la vision artistique, portée par les bonnes personnes et une production rigoureuse, peut tout à fait se passer de moyens démesurés. C'est une leçon que je continue d'appliquer dans chaque projet.

Clips musicaux

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CLIPS MUSICAUX

Trois projets, trois artistes de la scène musicale

La production de clips musicaux n'a jamais été le cœur de métier de Prodigima.

Pourtant, au fil des années, trois projets se sont imposés naturellement, portés par des rencontres avec des artistes de la scène toulousaine et au-delà.

Trois projets différents dans leur forme, leur ambition et leur registre musical, mais traversés par une même conviction : qu'un clip est avant tout un objet cinématographique à part entière, avec ses propres contraintes narratives, sa photographie, son montage, et son rythme.

Ce qui suit est un retour sur ces trois collaborations.

Renarde

🎵 Bart & Baker feat. EÏDÖ - Atlantida (2019)

L'artiste
Laëtitia Eïdo, connue à l'écran sous le nom de scène EÏDÖ, est une actrice franco-libanaise dont la carrière s'étend bien au-delà des frontières françaises. Elle est notamment connue pour son rôle de Dr Shirin dans la série Fauda, produite par Netflix, aux côtés de Lior Raz. Elle a également joué dans la série américaine HBO Cinemax Strike Back, dans le long-métrage Mon Fils d'Eran Riklis, et dans le film Long Time No See de Pierre Filmon, un long-métrage que Prodigima Films a précisément co-produit, ce qui témoigne de la nature de notre relation avec elle, bien au-delà de ce seul clip.

En 2019, elle révèle une autre facette de son talent en accompagnant les DJs-producteurs Bart & Baker sur le titre Atlantida.

Le projet musical
Atlantida est une adaptation de l'air traditionnel El Payande, popularisé par la chanteuse canadienne Lhasa de Sela. Bart & Baker en proposent une relecture électronique, mélancolique et dansante, sur laquelle la voix de Laëtitia Eïdo vient poser une couleur franco-libanaise immédiatement reconnaissable. La mélodie originale est signée Luis Albertini. La chanson est distribuée par Wagram Music, éditée par Philippe Daniel (Melmax).

La production du clip
Mon rôle : directeur de la photographie.

La production est assurée par Nicolas Baby. Le tournage a lieu dans les studios Prodigima, à Toulouse. La post-production mobilise une équipe resserrée mais précise :

Montage : Robin Barrière & Laëtitia Eïdo
Motion Design : Milan Bruzy
Étalonnage : Alexandre Lelaure
Création des fonds visuels : Laëtitia Eïdo
Incrustation des fonds : Perrine Prieur
Graphisme pochette : Élodie Bransolle
Typographie : Nicolas Delbourg

Le clip mise sur une esthétique de plateau soignée, avec des fonds travaillés en post-production et un traitement colorimétrique qui renvoie à l'univers visuel du duo Bart & Baker, des images léchées, lumineuses, qui servent la présence scénique de Laëtitia Eïdo autant qu'elles accompagnent la chanson.

🎸 Renarde / Dibra - Une Fin au Silence (2021)

L'artiste
Bruno Dibra est auteur, compositeur et interprète. D'origine albanaise, il est installé à Auch, près de Toulouse, depuis 1992. Sous le nom de scène Renarde, le projet est aujourd'hui renommé Dibra, son nom de famille, il développe depuis plusieurs années un univers musical à part : du rock en français, inspiré du cinéma des années 60 et de son psychédélisme, quelque part entre les Arctic Monkeys, les Libertines et la chanson française. Un univers où la roublardise du renard coexiste avec la mélancolie du crooner.

Renarde / Dibra est un projet à géométrie variable : Bruno compose seul, puis s'entoure de quatre musiciens, William Pieuchot, Simon Tirel, Etienne Bally et Cédric Poudroux, pour les répétitions et les concerts. Le tout est auto-produit dans l'esprit, même si l'EP Courts Métrages bénéficie d'un vrai cadre professionnel.

Le premier EP Courts Métrages (12 mars 2021)
Ce premier EP représente un an et demi de travail. 5 titres sélectionnés parmi 20 maquettes, en collaboration étroite avec le producteur et réalisateur Jeremy Dunne (Nuance Records). L'enregistrement se fait pendant 10 jours dans une maison de campagne transformée en studio, où plusieurs musiciens, certains de formation classique, d'autres autodidactes, se succèdent. Les arrangements sont signés par Quentin Lachapèle, arrangeur londonien, qui intègre au son de base guitares, batterie et claviers un quatuor à cordes et un trio de cuivres.
Les textes parlent du regard des autres, de l'exil, de l'abandon, du mensonge, des thèmes personnels que Bruno Dibra traduit avec une précision désarmante.
Parmi les titres de l'EP, Une Fin au Silence et Perdu d'avance sont accompagnés de clips. Un live enregistré au Mamma Shelter de Toulouse (À l'envers) complète la mise en image du projet.

La production du clip Une Fin au Silence
Mon rôle : accueil et production du clip via Prodigima.

Réalisation : Jeremy Dunne & Renarde
Images : Dorian Cruz & Guillaume Imbert (Skopika Production)
Lumières et maquillage : Lorène Chevalier
Production : Bruno Dibra

Prodigima est ici la structure d'accueil et de support de production. Un rôle discret mais concret : mettre à disposition les outils, l'espace, le cadre logistique pour que le clip puisse se faire dans de bonnes conditions.

🎤 I Me Mine - Nobody's Hotter Than Me

L'artiste
I Me Mine est un power-trio toulousain formé par Fred, Sam et Guillaume, trois musiciens issus de groupes dissous qui se retrouvent autour d'une passion commune : faire de la musique leur métier. Le nom est emprunté à une chanson des Beatles sur l'album Let It Be, ce qui dit beaucoup de leur culture musicale.

Leur univers navigue entre pop exigeante et rock indie, avec une attention portée aux arrangements complexes, aux polyphonies et aux mélodies catchy. L'influence d'Air, de Phoenix, de Wes Anderson dans leur imaginaire visuel est explicitement revendiquée. En dix ans, ils ont publié 3 albums : I Me Mine (2015), Ellipsis (2018) et Tsu Na Mi (2023), avec une reconnaissance croissante sur la scène occitane et nationale.

La production du clip
Mon rôle : Chef opérateur et production du clip via Prodigima.

Réalisation : Guillaume Thiburs & Nicolas Baby
Production : Prodigima (Romain Gaboriaud)

Nobody's Hotter Than Me est un titre extrait de leur discographie, mis en image avec la complicité de Nicolas Baby, co-fondateur de Prodigima, et de Guillaume Thiburs. Le clip affirme l'esthétique du groupe : un sens du cadre, de l'humour visuel, et une maîtrise narrative qui fait écho à leur goût pour le cinéma.

Ce que ces trois projets ont en commun

Ce qui m'a attiré vers chacun de ces projets, c'est la cohérence d'univers. Bart & Baker ont une identité visuelle précise. Bruno Dibra sait exactement ce qu'il veut raconter. I Me Mine pense leurs clips comme des extensions de leur musique, pas comme des accessoires promotionnels.

Dans chaque cas, Prodigima a apporté autre chose que de la technique : un cadre de confiance, un studio, une équipe, un regard. La musique impose ses propres contraintes au cadre, le tempo, les montées émotionnelles, la répétition, et c'est précisément ce qui en fait un exercice singulier. On ne raconte pas une chanson comme on raconte une histoire. On la traduit.

→ Portfolio complet : gaboriaud.net

Produire le Court-métrage

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PRODUIRE LE COURT-MÉTRAGE

5 films, 5 univers, 1 même exigence

En parallèle de mes activités de producteur exécutif, j'ai eu la chance de produire ou co-produire des courts-métrages très différents les uns des autres, par leur genre, leur format, leur ton. Ce qui les relie : une conviction que le court-métrage est un espace de liberté créative totale, et un terrain d'exigence radicale.

Le format court impose une discipline particulière. Pas de temps pour installer, pas de deuxième chance pour capter l'attention. Chaque film doit trouver son régime narratif dès les premières images, tenir son pari formel jusqu'au bout, et laisser quelque chose après le générique. C'est ce que j'ai cherché à défendre dans chacun de ces projets, avec des auteurs et autrices qui avaient tous une vision claire de ce qu'ils voulaient faire.

💀 Post Mortem

12 minutes
Écrit et réalisé par Pierre-Jean Carrascosa
Production Prodigima

Vincent, la trentaine, se suicide. Il se réveille dans une chambre d'hôpital. Sauf qu'il est déjà mort. Deux hommes portant les stigmates de la mort l'amènent à rencontrer M. Lemarchand, qui s'emploie à lui trouver un emploi post-mortem. Vincent se retrouve contraint de traiter mécaniquement une infinité de documents. Poussé une nouvelle fois par le désespoir, il tente de se suicider à nouveau. Mais il est déjà mort.

Post Mortem est avant tout un film sur l'absurde bureaucratique : la mort n'y libère pas, elle intègre Vincent dans un système encore plus mécanique et implacable que celui qu'il a fui. Pierre-Jean Carrascosa signe une écriture serrée, sans fioriture, qui flirte avec Kafka sans jamais singer le registre littéraire. Le film tire sa force d'un principe simple et radical : et si l'au-delà n'était qu'un service administratif de plus ?

Côté production, le défi était de fabriquer un univers visuellement cohérent, légèrement hors du temps, avec les contraintes inhérentes au format court. La direction artistique joue sur des tons froids, une lumière d'hôpital, des décors volontairement neutres qui amplifient le sentiment d'enfermement. Douze minutes pour installer un monde entier : c'est l'exercice de style que s'est imposé le film, et il le tient.

🔥 Do Me Hard

26 minutes
Écrit et réalisé par Fairouz M'Silti
Co-production Vagabundo Films & Prodigima
Avec Olivia Csiky Trnka, Mayya Sanbar, Yasin Houicha et Farouk Bermouga

Anouk, comédienne extravertie au caractère affirmé, et Sima, étudiante réservée et musulmane pratiquante, sont voisines de palier mais n'ont rien en commun. Sauf le culte qu'elles vouent toutes deux, à leur insu, à la pop star Beanie Sparks. Un film féministe, pop et décomplexé.

Do Me Hard est le troisième court-métrage de Fairouz M'Silti, après Pleased to Meet You! (2015) et Caramel Surprise (2016), tous deux également diffusés sur France 2. Une cohérence de parcours qui dit quelque chose sur son écriture : des histoires de femmes contemporaines, des duos contrastés, une comédie qui ne sacrifie jamais la complexité des personnages au profit du gag.

Côté financement, le film a bénéficié d'un accompagnement solide : soutien de la Région Occitanie, CNC COSIP, aide à la Diversité du CNC, aide à la réécriture, et dispositif Talents en Court. Un dossier construit, pas un film de circonstance. La participation de France 2 en pré-achat et la distribution assurée par Miyu Distribution lui ont garanti une exposition réelle au-delà du circuit festivalier, le film a été diffusé dans l'émission Histoires Courtes sur France2.

Do Me Hard représente un modèle de co-production équilibrée entre Prodigima (Toulouse) & Vagabundo Films (Paris), où chaque structure apporte sa complémentarité géographique et ses réseaux. Le film illustre comment un projet ancré en Occitanie peut s'intégrer pleinement dans l'économie nationale du cinéma de court.

🌳 Woods

Film musical
Co-réalisé par Noémie Phillipson & Marie Pons
Production Prodigima

L'aube. Sept corps dansent dans la lumière douce d'une forêt. Trois d'entre eux s'échappent pour un solo urbain, sous le soleil brûlant. Une parenthèse dansée, où le temps s'étire au rythme de la voix et des riffs de guitare de David Authié.

Woods se situe à la frontière de plusieurs disciplines : cinéma, danse contemporaine, et film musical. Ce n'est pas un documentaire sur la danse, ni un film chorégraphique au sens strict. C'est un objet à part, qui utilise le mouvement des corps comme matière narrative. La musique de David Authié traverse le film comme un fil continu, donnant à chaque geste une résonance précise.

La co-réalisation Noémie Phillipson & Marie Pons traduit une complémentarité réelle : deux regards qui coexistent plutôt qu'ils ne se fondent. Le film articule deux espaces radicalement opposés : la forêt à l'aube, silencieuse et diffuse, et la ville en plein soleil, dure et exposée, qui structurent le récit en deux parties distinctes, sans rupture de ton.

Woods représente un investissement assumé dans le cinéma sensoriel et expérimental : un format sans dialogue, sans narration conventionnelle, qui assume pleinement son ambiguïté générique.

🍎 Bench

6 min 30
Réalisé par Noémie Phillipson
Production Prodigima

Jo est assis à un étalage de fruits, au bord d'une route de campagne. Il en a marre. Il regarde le soleil, sa montre, le sol, les mouches. Au loin, un homme sur un banc : Félix, qui regarde sa montre, se lève, fait les cent pas, se roule une cigarette. Deux solitudes en miroir, un minimalisme radical.

Bench est le film le plus épuré du catalogue. Noémie Phillipson y travaille l'économie du récit à son point limite : deux personnages, une route, le soleil, l'ennui. Pas de dialogue, pas d'explication. Le film tient sur la précision du cadre et sur la durée. Ce sentiment de temps qui s'étire qu'elle restitue avec une maîtrise étonnante en six minutes trente.

Ce qui frappe à la vision, c'est la cohérence entre le fond et la forme : le film parle d'attente, et il fait attendre. Il parle d'ennui, et il prend le risque de l'ennui. Un pari formel assumé, qui suppose une confiance totale dans les interprètes et dans la construction visuelle.

Bench et Woods, tous deux réalisés par Noémie Phillipson, seule ou en co-réalisation, forment un diptyque informel au sein du catalogue de Prodigima : deux films sans parole, deux approches du corps et du temps, deux exercices de style complémentaires qui dessinent une voix singulière.

🎭 Pièce pour 3 personnages

20 minutes
Écrit et réalisé par Julie Cail
Production Prodigima

1930. Un vendeur d'allumettes se retrouve coincé dans une cave avec deux malfrats qui ignorent sa présence et comptent un butin tout frais. Le partage tourne mal : le chef veut s'octroyer la plus grande part. Pendant que les hommes s'entretuent, le garçon, sous la table, croque avec gourmandise dans sa pomme. Il finit par repartir vers la rue, une poignée de billets en poche.

Julie Cail est par ailleurs scripte de métier, une polyvalence technique qui transparaît dans le film. Pièce pour 3 personnages porte la précision sonore comme enjeu dramaturgique : le craquement de la pomme au moment où les hommes s'entretuent n'est pas un détail. C'est la chute du film. Cail travaille le son et l'image comme une partition, d'où le titre alternatif Partition pour 3 personnages qui circulait en développement.

Le registre film noir des années 1930 est assumé jusqu'au bout : photographie contrastée, cadre serré, économie de mots. Mais le vrai sujet du film est moral : dans un monde de violence entre adultes, c'est l'enfant, silencieux, pragmatique, invisible, qui repart avec l'argent. Un conte cruel qui ne cherche pas à moraliser, et c'est précisément ce qui le rend efficace.

Ces 5 films illustrent ce que j'aime dans le rôle de producteur sur le format court : accompagner des auteurs et autrices dans des registres très variés, absurde kafkaïen, comédie sociale, danse, minimalisme, film de genre, avec des moyens contraints mais une ambition intacte.

Chaque projet a ses propres défis de fabrication, son économie, ses partenaires.

Et c'est précisément cette diversité qui nourrit le métier.

👉 gaboriaud.net
#CourtMétrage #Production #Cinéma #Fiction #Prodigima #France2 #FilmMusical #Audiovisuel #Toulouse #Occitanie

La Nuit du Printemps

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LA NUIT DU PRINTEMPS

Produire une vidéotransmission live et une captation intégrale au Zénith de Toulouse

Le contexte : un événement hors norme
Il y a des projets qui se méritent. La Nuit du Printemps en fait partie.

Événement phare du festival Le Printemps du Rire, l'un des plus grands festivals d'humour francophones, qui depuis plus de trente ans investit chaque printemps une cinquantaine de salles à travers l'Occitanie, La Nuit du Printemps est le rendez-vous absolu.

Chaque année, c'est la même formule, simple et imparable : réunir sur une seule scène une dizaine des noms les plus en vue du stand-up et de l'humour français, pour 2h30 de spectacle non-stop devant une salle comble. Pas un spectacle sage et assis. Une fête. Un événement populaire, chaleureux, survolt. Une soirée qui ressemble davantage à un grand rassemblement qu'à une représentation classique.

Le lieu : le Zénith de Toulouse Métropole, inauguré en 1999, l'une des grandes salles de spectacle du Sud-Ouest. Ses dimensions imposantes, sa capacité et son plancher de salle font de lui le terrain idéal pour les événements à très grande échelle ; et pour les équipes de production qui doivent y déployer un dispositif technique à la hauteur. Lors de chaque édition de La Nuit du Printemps, ce sont plus de 6 000 spectateurs qui envahissent la salle et le hall, transformant le Zénith en une machine à rire d'une rare intensité.

J'ai eu la responsabilité de diriger la production audiovisuelle de cet événement sur deux éditions consécutives : le 28 mars 2025 et le 27 mars 2026. Deux années de suite, deux équipes, deux plateaux d'artistes différents, mais une même exigence : produire un dispositif live irréprochable pour l'une des plus grandes soirées d'humour de France.

Nuit du printemps
Nuit du printemps

Le réalisateur : Robin Barrière

Pour les deux éditions, j'ai fait confiance à Robin Barrière pour assurer la réalisation. Un choix reconduit d'une année sur l'autre, ce qui dit déjà quelque chose de la qualité du travail fourni en 2025.

Robin Barriere

La réalisation d'un show d'humour en multicam live est un exercice particulier. Il ne s'agit pas simplement de couvrir une scène avec plusieurs angles. Il faut anticiper la dynamique du plateau, comprendre le rythme propre à chaque artiste, savoir quel cadreur ira chercher le gros plan au bon moment, switcher avec une précision qui accompagne, voire amplifie, la chute d'un sketch. Robin Barrière a su tenir ce rôle avec efficacité sur les deux éditions, assurant une réalisation au service du spectacle.

Nuit du printemps

La journée de production : 19 à 20 heures sur site
Ce qu'on ne voit jamais depuis les gradins, c'est la journée qui précède le spectacle. Et c'est souvent elle qui détermine tout.

Sur chaque édition de La Nuit du Printemps, la journée de production sur site représente entre 19 et 20 heures de travail continu. Un chiffre qui mérite d'être posé clairement, parce qu'il dit mieux que tout la réalité du métier.

La journée commence tôt, avec l'installation complète du dispositif technique : déchargement et placement du matériel, câblage de l'ensemble des caméras sur la régie mobile, installation et vérification des signaux, mise en place des retours et des systèmes de communication internes entre le réalisateur et les cadreurs. Chaque poste doit être opérationnel avant que les équipes artistiques ne prennent possession de la scène.

Vient ensuite la phase de tests : vérification des flux, ajustements des niveaux, tests de basculement entre les sources, validation de la chaîne complète depuis les caméras jusqu'à la régie et aux écrans de salle. Cette phase est non-négociable. Un problème détecté à cette étape se règle en quelques minutes. Le même problème détecté pendant le show devient une crise.

Puis les répétitions avec les équipes artistiques et les balances techniques propres au festival. Le réalisateur affine ses consignes de cadrage avec les opérateurs, la régie cale ses automatismes, les protocoles de communication sont testés sous conditions réelles.

Enfin, le spectacle lui-même, 2h30 de live intense, où chaque membre de l'équipe est à son poste, concentré, réactif, au service du show.

Et quand le dernier humoriste salue, quand les 6 000 spectateurs commencent à quitter la salle, l'équipe technique, elle, reste. Démontage du dispositif, récupération du matériel, vérification des sources captées, retour matériel. La journée se termine comme elle a commencé : dans le travail.

Les deux éditions

📅 Édition 2025 — 28 mars 2025

Pour cette première collaboration avec le Printemps du Rire, le plateau réunissait parmi les artistes : Verino, Tanguy Pastureau, Alex Vizorek, Matthieu Madenian, Les Franglaises, Marion Mezadorian, Lou Trotignon, Mélodie Fontaine, Antonia de Redinger, Nicolas Lacroix et Ameziane Bouzid. Un plateau dense, éclectique, qui représente la diversité des styles qui font la force du stand-up français contemporain, du registre absurde au récit intime, de l'humour de scène classique au duo décalé. Produire la captation d'un tel plateau, c'est aussi savoir que chaque artiste a son tempo, sa manière d'occuper l'espace, son rapport à la salle — et que la réalisation doit s'adapter en temps réel à chacun d'eux.

📅 Édition 2026 — 27 mars 2026

Reconduit sur la seconde édition, le dispositif est affiné par l'expérience de 2025. L'animation est confiée à Caroline Estremo & Les Coquettes, et le plateau réunit Alex Ramirès, Didier Bénureau, Juliette Clocher, Lola Dubini, Matthieu Nina, PV, Charlie Haid, Adel Fugazi et Les Décaféinés. Une programmation qui confirme la montée en puissance de l'événement, des noms qui remplissent leurs propres salles, réunis pour une seule soirée au Zénith.

Le volet formation : le partenariat avec Toulouse Ynov Campus

C'est peut-être l'aspect de cette production dont je suis le plus fier, et celui qui dépasse largement le cadre d'une simple opération technique.

Depuis 2020, j'interviens à Toulouse Ynov Campus en tant que Référent Filière Audiovisuel. J'y enseigne la prise de vues, la lumière, la production et le montage à des étudiants en Bachelor Audiovisuel. Ce double ancrage : le terrain professionnel d'un côté, la salle de cours de l'autre, m'a amené à une conviction simple : la formation audiovisuelle ne peut pas se construire uniquement sur des exercices en chambre. Il faut, à un moment, mettre les étudiants face au réel. Face à des conditions qui ne pardonnent pas. Face à un show live devant 6 000 personnes, où chaque erreur de cadrage part directement sur les écrans géants.

Sur les deux éditions de La Nuit du Printemps, j'ai donc mis en place un partenariat avec Toulouse Ynov Campus pour intégrer une vingtaine d'étudiants dans l'équipe technique en tant que cadreurs sur le dispositif multicam. Pas des figurants, pas des observateurs. Des opérateurs caméra à part entière, briefés par le réalisateur, positionnés sur leurs postes comme n'importe quel professionnel de l'équipe, avec leurs responsabilités et leurs consignes de réalisation.

Ce que cette expérience leur apporte ne s'enseigne dans aucun amphithéâtre. Tenir un poste de cadre pendant une journée de 19-20 heures, répondre aux consignes d'un réalisateur en temps réel dans son oreillette, maintenir sa concentration alors que la fatigue s'installe, cadrer serré sur un artiste en plein jeu devant 6 000 personnes qui rient, c'est une expérience de formation que peu d'établissements peuvent offrir à leurs étudiants de Bachelor.
Les retours ont été unanimes sur les deux éditions : pour ces jeunes, c'était un tournant. Certains avaient déjà capté des événements à petite échelle. Aucun n'avait jamais intégré une équipe professionnelle sur un show de cette dimension. La différence entre les deux se mesure non seulement en termes de compétences techniques, mais aussi en termes de posture, de rigueur, de capacité à travailler sous pression.

Ce partenariat est pour moi l'illustration concrète de ce que peut être une pédagogie du terrain assumée : pas une mise en situation simulée, mais une vraie production professionnelle, avec de vraies exigences, où les étudiants sont traités et se comportent comme des professionnels. C'est gagnant pour eux. C'est gagnant pour la production, qui dispose de postes de cadre tenus avec sérieux. Et c'est une forme de transmission qui me tient à cœur.

Nuit du printemps

Ce que le live enseigne

Produire du live dans une grande salle, c'est accepter une règle fondamentale : on ne peut pas tout contrôler, mais on peut tout anticiper. La différence entre une production qui tient et une qui flanche se joue presque toujours dans les heures qui précèdent le show, dans la qualité de la préparation, dans la précision du brief, dans la rigueur des tests, dans la capacité de l'équipe à communiquer sous pression.
Le live ne pardonne pas l'improvisation. Il récompense la méthode. Et c'est précisément pour cette raison que j'y reviens avec autant d'engagement : parce que chaque production live est un défi de coordination, d'anticipation et d'exécution qui teste toutes les dimensions du métier en même temps.
Deux éditions. Deux soirées. Plus de 12 000 spectateurs cumulés dans la salle. Des dizaines de personnes dans l'équipe technique. Une vingtaine d'étudiants formés sur le terrain. Et deux captations intégrales qui restent comme documents d'une des plus grandes soirées d'humour de France.

Production audiovisuelle - Vidéotransmission live & Captation multicam

Réalisation : Robin Barrière
Festival Le Printemps du Rire - Zénith de Toulouse Métropole
Éditions 2025 & 2026

→ gaboriaud.net

Théâtre contemporain

🎭

PRODUIRE LE CONTEMPORAIN

5 créations, 10 ans, 1 fil rouge

Il y a une compagnie que j'accompagne depuis sa naissance : La Compagnie l'An 01, fondée à Toulouse en 2015, dont je suis co-fondateur et administrateur, et pour laquelle j'ai produit ou assuré la direction artistique vidéo des premières créations.

Son ADN (c'est le cas de le dire) : mesurer l'écart entre les utopies et les réalités du monde contemporain. Des spectacles qui sortent des théâtres, mélangent les médias, et provoquent la rencontre avec des publics qui n'ont pas toujours accès au spectacle vivant.

5 créations. 5 façons d'interroger la violence, le genre et la norme.

🔫 ADN (2015)

Texte de Dennis Kelly.

Un groupe d'adolescents dérape : le harcèlement tourne au drame.

Première mise en scène de Yohan Bret pour la compagnie.
J'y assurais la direction artistique vidéo.

Créé à la Foudre, CDN de haute-normandie.
Lauréat 2016 du festival Impatience – la colline – théâtre national, paris
Sélection 2016 festival supernova – théâtre Sorano, Toulouse
Sélection 2017 festival région en scène – Sarlat-la-canéda

La pièce de Dennis Kelly est un texte court, brutal, taillé comme une lame. Yohan Bret en fait la première création de la Compagnie L'An 01, et le choix dit déjà tout de la ligne artistique : pas de beau pour le beau, pas de confort. ADN part d'un fait divers scolaire ordinaire, un bouc émissaire, des adolescents qui dérapent, une mort accidentelle, pour démonter la mécanique du mensonge collectif et de la lâcheté ordinaire.

La scénographie de Claire Saint-Blancat et la réalisation vidéo que j'assurais permettaient d'habiller un espace sobre de présences numériques, d'instiller une atmosphère oppressante sans effets spectaculaires. Sept interprètes sur scène, une écriture chorale. La critique toulousaine notait à l'époque « un spectacle sur la petite psychopathie ordinaire », c'est exactement ça.

C'est aussi le projet autour duquel la compagnie bâtit ses fondations : son esthétique, sa méthode de travail avec les publics, sa capacité à aller chercher une jeunesse peu habituée aux salles de théâtre.

👫 X, Y et moi ? (2016)

Théâtre invisible sur l'égalité femme-homme.

Deux faux experts présentent des études absurdes et vraies sur le genre… le public ne sait plus ce qui est sérieux.

Co-produit avec le Théâtre Jules Julien.
Sélectionné au Festival des Fiertés de Toulouse (2017), au Festival Nov'Ado de Rodez (2017) et au Festival RTA au Québec (2018).
Couverture dans Le Monde en novembre 2017 après la censure du spectacle par un diocèse aveyronnais.
Soutenu par la Région Occitanie, la DILCRAH et le Conseil départemental de Haute-Garonne.
Toujours en tournée en 2026 dans les lycées d'Occitanie avec plus de 500 représentations à ce jour.

Le dispositif est audacieux parce qu'il repose sur un mensonge scénique assumé : le public croit assister à une conférence scientifique sur le couple et les relations de genre. Deux présentateurs déroulent des études réelles, absurdes, vraies, mélangées avec aplomb. L'effet de surprise est le cœur du spectacle : quand le doute s'installe sur ce qui est vrai et ce qui est joué, la réflexion commence.

Le texte est co-signé Orvoën Bret et Christel Larrouy. La scénographie, co-conçue avec mon concours, est volontairement dépouillée : une chaise, un micro, un écran, pour accentuer la crédibilité de la conférence fictive. Le spectacle se joue en mode théâtre hors-les-murs : salles de réunion, établissements scolaires, centres culturels. Les équipes changent de configuration selon les dates : 5 équipes différentes de duos, permettant une diffusion large et simultanée.

La polémique de novembre 2017 dans l'Aveyron (un diocèse annule les représentations dans ses établissements privés, Le Monde s'en empare) a paradoxalement propulsé le spectacle dans une visibilité nationale. La compagnie s'en est toujours tenue à sa ligne : ce n'est pas un spectacle militant, c'est un spectacle qui laisse le public se faire surprendre par ses propres réflexes.

🗡️ La Mort de Tintagiles (2017)

Texte de Maurice Maeterlinck (1894).

Une cérémonie théâtrale immersive : dispositif bifrontal, spectateurs allongés sur scène parmi les acteurs, brouillard, tissu aérien. 5 comédiens.

J'y ai assuré la création vidéo et la co-production.

Créé au Théâtre Sorano (Supernova #2), co-produit avec Le Pari de Tarbes, la MJC de Rodez et le Collectif En Jeux (réseau de 12 structures en Occitanie).

Soutenu par la DRAC Occitanie, la Région, l'ADAMI et la SPEDIDAM.

Maeterlinck écrit ce texte en 1894, pour des marionnettes. Yohan Bret en fait une cérémonie pour vivants. L'intrigue est simple, presque celle d'un conte : un petit garçon, Tintagiles, revient sur une île gouvernée par une reine invisible et dévoreuse d'âmes. Ses deux sœurs tentent de le sauver. La reine, toujours hors-champ, finit par le prendre.

Ce qui rend la mise en scène remarquable, c'est le dispositif bifrontal : une partie du public est dans la salle classique, face au plateau. L'autre partie est sur scène, allongée sur des coussins, revêtue de chemises blanches. Autant de Tintagiles morts. Deux manières d'entrer dans l'œuvre, deux expériences radicalement différentes du même spectacle. Le mur de scénographie s'effondre en cours de jeu. Un numéro de tissu aérien ponctue la fin.

Ma contribution à ce spectacle va au-delà de la co-production : j'assurais également le support audiovisuel, intégrés à une scénographie de Claire Saint-Blancat pensée pour englober le spectateur dans un environnement sensoriel total (brouillard, musique live de Benoît Bories, lumières de Cyril Monteil). Des œuvres satellitaires (installations, expositions) accompagnaient le spectacle lors de sa diffusion, signées de plusieurs artistes plasticiens.

Le réseau de co-production témoigne d'un travail de diffusion ambitieux : 12 structures du réseau Collectif En Jeux en Occitanie, auxquelles s'ajoutent le Théâtre Sorano, Le Pari de Tarbes, la MJC de Rodez.

🥊 Le Bal des lucioles (2022)

Yohan Bret & Léa Hernandez Tardieu.

Un show satirique dans un gymnase : un CRS, un extrémiste, une femme de ménage et un citoyen s'affrontent sous l'œil d'un présentateur-arbitre. 7 interprètes.

Co-produit avec le ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie et le CNAREP Pronomade(s).
Résidences au CENTQUATRE-Paris, à la Petite Pierre (Gers) et dans une dizaine de structures.
Introduit par une fausse rencontre / débat avec des chercheurs sur la violence.

L'image fondatrice du spectacle vient de Pasolini : les lucioles comme métaphore d'une humanité qui résiste, qui tente de rester allumée face aux lumières aveuglantes des pensées dominantes. Yohan Bret et Léa Hernandez Tardieu s'en emparent et en font quelque chose de radicalement différent d'une méditation poétique : un show télévisé parodique, avec un présentateur-arbitre, des vestiaires, des mi-temps sportives, et un terrain de jeu qui est littéralement un gymnase.

Quatre personnages, un CRS, un extrémiste, une femme de ménage, un citoyen, s'y battent pour leur place dans la société. Les armes : la danse, la cascade, le piratage, la chanson, le coup bas. La jauge du gymnase crée une promiscuité avec le public que les théâtres conventionnels n'autorisent pas. Ce choix scénographique, jamais un plateau classique depuis X, Y et moi ?, est une marque de fabrique de la compagnie.

Les rencontres-débats avec des chercheurs de l'Observatoire des médias proposées après chaque représentation ne sont pas un supplément facultatif : elles font partie de la structure du spectacle. La compagnie parle d'« émission panoramique des violences », le format télé est là jusqu'au bout. Tournée dans une vingtaine de lieux, dont Le Parvis (Scène Nationale de Tarbes) et Le Kiwi d'Arto à Ramonville, soutien de la DRAC Occitanie, de la Région, du Département de Haute-Garonne, de la Mairie de Toulouse, de l'ADAMI et de la SPEDIDAM.

💊 Fleurs de peau (2026)

Création en cours.

Installation performative dans l'espace public.
Un peep-show, une cabine privatisée, 9 performances au choix, une parade avec les témoignages de 80 hommes issus de 4 années d'enquête sur les masculinités.

Co-produit avec Pronomade(s), les Ateliers Frappaz, 2Rue2Cirque (Paris) et La Baignoire (Montpellier). Résidences en milieu carcéral (Maison centrale de Lannemezan) et en protection judiciaire de la jeunesse.

C'est la création la plus formellement radicale de la compagnie à ce jour Fleurs de peau ne ressemble à aucun des spectacles précédents : c'est une installation performative en espace public, articulée autour de trois espaces simultanés et distincts.

L'espace vitrine : une cabine en métal dans l'espace public, dans laquelle un·e performeur·euse change d'apparence au fil des heures, parfois masculin·e, parfois féminin·e, parfois autre. L'espace chambre : un spectateur à la fois entre par une porte dérobée dans cet espace privatif, mi-chambre abandonnée mi-terrarium, et choisit parmi 9 performances pour « activer » l'interprète.
L'espace parade : à l'extérieur, les témoignages sonores de 80 hommes, masculinistes, hommes en quête de virilité, hommes ordinaires, diffusés sous enceintes, collectés au fil de 4 années d'enquête. Et dans une remorque à bétail, le «dernier homme vivant capturé» défile comme un trophée.

La thématique des masculinités et de la virilité est abordée sans didactisme : le dispositif laisse le public construire sa propre expérience, décider de ce qu'il regarde, de ce qu'il traverse. Texte et mise en scène d'Orvoën Bret.
Résidences de création dans des lieux aussi différents que la Maison centrale de Lannemezan, la Protection Judiciaire de la Jeunesse de Tarbes et Saint-Gaudens, ou le Lycée agricole de Saint-Gaudens, c'est dans ces marges que la compagnie teste ses hypothèses.

L'enseignement

Ce qui relie ces 5 projets : une compagnie qui ne reste jamais là où on l'attend (gymnase, espace public, vitrine, scène) des sujets qui engagent, et une exigence de production qui rend ces aventures possibles, du montage financier à la coordination des résidences.

C'est ce travail d'ombre, patient et structurant, qui me passionne.

👉 cielan01.fr · gaboriaud.net

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