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PRODUIRE LE COURT-MÉTRAGE

5 films, 5 univers, 1 mĂŞme exigence

En parallèle de mes activitĂ©s de producteur exĂ©cutif, j’ai eu la chance de produire ou co-produire des courts-mĂ©trages très diffĂ©rents les uns des autres, par leur genre, leur format, leur ton. Ce qui les relie : une conviction que le court-mĂ©trage est un espace de libertĂ© crĂ©ative totale, et un terrain d’exigence radicale.

Le format court impose une discipline particulière. Pas de temps pour installer, pas de deuxième chance pour capter l’attention. Chaque film doit trouver son rĂ©gime narratif dès les premières images, tenir son pari formel jusqu’au bout, et laisser quelque chose après le gĂ©nĂ©rique. C’est ce que j’ai cherchĂ© Ă  dĂ©fendre dans chacun de ces projets, avec des auteurs et autrices qui avaient tous une vision claire de ce qu’ils voulaient faire.

đź’€ Post Mortem

12 minutes
Écrit et réalisé par Pierre-Jean Carrascosa
Production Prodigima

Vincent, la trentaine, se suicide. Il se rĂ©veille dans une chambre d’hĂ´pital. Sauf qu’il est dĂ©jĂ  mort. Deux hommes portant les stigmates de la mort l’amènent Ă  rencontrer M. Lemarchand, qui s’emploie Ă  lui trouver un emploi post-mortem. Vincent se retrouve contraint de traiter mĂ©caniquement une infinitĂ© de documents. PoussĂ© une nouvelle fois par le dĂ©sespoir, il tente de se suicider Ă  nouveau. Mais il est dĂ©jĂ  mort.

Post Mortem est avant tout un film sur l’absurde bureaucratique : la mort n’y libère pas, elle intègre Vincent dans un système encore plus mĂ©canique et implacable que celui qu’il a fui. Pierre-Jean Carrascosa signe une Ă©criture serrĂ©e, sans fioriture, qui flirte avec Kafka sans jamais singer le registre littĂ©raire. Le film tire sa force d’un principe simple et radical : et si l’au-delĂ  n’Ă©tait qu’un service administratif de plus ?

CĂ´tĂ© production, le dĂ©fi Ă©tait de fabriquer un univers visuellement cohĂ©rent, lĂ©gèrement hors du temps, avec les contraintes inhĂ©rentes au format court. La direction artistique joue sur des tons froids, une lumière d’hĂ´pital, des dĂ©cors volontairement neutres qui amplifient le sentiment d’enfermement. Douze minutes pour installer un monde entier : c’est l’exercice de style que s’est imposĂ© le film, et il le tient.

POST MORTEM

🔥 Do Me Hard

26 minutes
Écrit et rĂ©alisĂ© par Fairouz M’Silti
Co-production Vagabundo Films & Prodigima
Avec Olivia Csiky Trnka, Mayya Sanbar, Yasin Houicha et Farouk Bermouga

Anouk, comĂ©dienne extravertie au caractère affirmĂ©, et Sima, Ă©tudiante rĂ©servĂ©e et musulmane pratiquante, sont voisines de palier mais n’ont rien en commun. Sauf le culte qu’elles vouent toutes deux, Ă  leur insu, Ă  la pop star Beanie Sparks. Un film fĂ©ministe, pop et dĂ©complexĂ©.

Do Me Hard est le troisième court-mĂ©trage de Fairouz M’Silti, après Pleased to Meet You! (2015) et Caramel Surprise (2016), tous deux Ă©galement diffusĂ©s sur France 2. Une cohĂ©rence de parcours qui dit quelque chose sur son Ă©criture : des histoires de femmes contemporaines, des duos contrastĂ©s, une comĂ©die qui ne sacrifie jamais la complexitĂ© des personnages au profit du gag.

CĂ´tĂ© financement, le film a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un accompagnement solide : soutien de la RĂ©gion Occitanie, CNC COSIP, aide Ă  la DiversitĂ© du CNC, aide Ă  la réécriture, et dispositif Talents en Court. Un dossier construit, pas un film de circonstance. La participation de France 2 en prĂ©-achat et la distribution assurĂ©e par Miyu Distribution lui ont garanti une exposition rĂ©elle au-delĂ  du circuit festivalier, le film a Ă©tĂ© diffusĂ© dans l’Ă©mission Histoires Courtes sur France2.

Do Me Hard reprĂ©sente un modèle de co-production Ă©quilibrĂ©e entre Prodigima (Toulouse) & Vagabundo Films (Paris), oĂą chaque structure apporte sa complĂ©mentaritĂ© gĂ©ographique et ses rĂ©seaux. Le film illustre comment un projet ancrĂ© en Occitanie peut s’intĂ©grer pleinement dans l’Ă©conomie nationale du cinĂ©ma de court.

🌳 Woods

Film musical
Co-réalisé par Noémie Phillipson & Marie Pons
Production Prodigima

L’aube. Sept corps dansent dans la lumière douce d’une forĂŞt. Trois d’entre eux s’Ă©chappent pour un solo urbain, sous le soleil brĂ»lant. Une parenthèse dansĂ©e, oĂą le temps s’Ă©tire au rythme de la voix et des riffs de guitare de David AuthiĂ©.

Woods se situe Ă  la frontière de plusieurs disciplines : cinĂ©ma, danse contemporaine, et film musical. Ce n’est pas un documentaire sur la danse, ni un film chorĂ©graphique au sens strict. C’est un objet Ă  part, qui utilise le mouvement des corps comme matière narrative. La musique de David AuthiĂ© traverse le film comme un fil continu, donnant Ă  chaque geste une rĂ©sonance prĂ©cise.

La co-rĂ©alisation NoĂ©mie Phillipson & Marie Pons traduit une complĂ©mentaritĂ© rĂ©elle : deux regards qui coexistent plutĂ´t qu’ils ne se fondent. Le film articule deux espaces radicalement opposĂ©s : la forĂŞt Ă  l’aube, silencieuse et diffuse, et la ville en plein soleil, dure et exposĂ©e, qui structurent le rĂ©cit en deux parties distinctes, sans rupture de ton.

Woods représente un investissement assumé dans le cinéma sensoriel et expérimental : un format sans dialogue, sans narration conventionnelle, qui assume pleinement son ambiguïté générique.

🍎 Bench

6 min 30
Réalisé par Noémie Phillipson
Production Prodigima

Jo est assis Ă  un Ă©talage de fruits, au bord d’une route de campagne. Il en a marre. Il regarde le soleil, sa montre, le sol, les mouches. Au loin, un homme sur un banc : FĂ©lix, qui regarde sa montre, se lève, fait les cent pas, se roule une cigarette. Deux solitudes en miroir, un minimalisme radical.

Bench est le film le plus Ă©purĂ© du catalogue. NoĂ©mie Phillipson y travaille l’Ă©conomie du rĂ©cit Ă  son point limite : deux personnages, une route, le soleil, l’ennui. Pas de dialogue, pas d’explication. Le film tient sur la prĂ©cision du cadre et sur la durĂ©e. Ce sentiment de temps qui s’Ă©tire qu’elle restitue avec une maĂ®trise Ă©tonnante en six minutes trente.

Ce qui frappe Ă  la vision, c’est la cohĂ©rence entre le fond et la forme : le film parle d’attente, et il fait attendre. Il parle d’ennui, et il prend le risque de l’ennui. Un pari formel assumĂ©, qui suppose une confiance totale dans les interprètes et dans la construction visuelle.

Bench et Woods, tous deux réalisés par Noémie Phillipson, seule ou en co-réalisation, forment un diptyque informel au sein du catalogue de Prodigima : deux films sans parole, deux approches du corps et du temps, deux exercices de style complémentaires qui dessinent une voix singulière.

🎭 Pièce pour 3 personnages

20 minutes
Écrit et réalisé par Julie Cail
Production Prodigima

1930. Un vendeur d’allumettes se retrouve coincĂ© dans une cave avec deux malfrats qui ignorent sa prĂ©sence et comptent un butin tout frais. Le partage tourne mal : le chef veut s’octroyer la plus grande part. Pendant que les hommes s’entretuent, le garçon, sous la table, croque avec gourmandise dans sa pomme. Il finit par repartir vers la rue, une poignĂ©e de billets en poche.

Julie Cail est par ailleurs scripte de mĂ©tier, une polyvalence technique qui transparaĂ®t dans le film. Pièce pour 3 personnages porte la prĂ©cision sonore comme enjeu dramaturgique : le craquement de la pomme au moment oĂą les hommes s’entretuent n’est pas un dĂ©tail. C’est la chute du film. Cail travaille le son et l’image comme une partition, d’oĂą le titre alternatif Partition pour 3 personnages qui circulait en dĂ©veloppement.

Le registre film noir des annĂ©es 1930 est assumĂ© jusqu’au bout : photographie contrastĂ©e, cadre serrĂ©, Ă©conomie de mots. Mais le vrai sujet du film est moral : dans un monde de violence entre adultes, c’est l’enfant, silencieux, pragmatique, invisible, qui repart avec l’argent. Un conte cruel qui ne cherche pas Ă  moraliser, et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui le rend efficace.

Pièce pour 3 personnages

Ces 5 films illustrent ce que j’aime dans le rĂ´le de producteur sur le format court : accompagner des auteurs et autrices dans des registres très variĂ©s, absurde kafkaĂŻen, comĂ©die sociale, danse, minimalisme, film de genre, avec des moyens contraints mais une ambition intacte.

Chaque projet a ses propres défis de fabrication, son économie, ses partenaires.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment cette diversitĂ© qui nourrit le mĂ©tier.

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