Entrepreneuriat culturel

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Diriger, administrer, entreprendre

20 ans à la tête de structures culturelles.

On ne devient pas producteur audiovisuel par hasard. Mais on ne le reste pas vingt ans sans devenir aussi chef d’entreprise, gestionnaire, commercial, DRH, responsable juridique, négociateur de marchés publics, et parfois, soyons honnêtes, plombier de service quand le studio prend l’eau un vendredi soir.

De 2004 à 2025, j’ai fondé et dirigé Prodigima, d’abord en association (2004–2009), puis en SARL (2009–2025). Depuis 2015, je suis également co-fondateur et administrateur de la Compagnie L’An 01, compagnie de théâtre contemporain basée à Toulouse.

Deux structures. Deux statuts juridiques. Deux cultures de gestion profondément différentes. Un même quotidien : tout faire tenir ensemble, avec rigueur, avec conviction, et sans jamais perdre de vue la raison pour laquelle on fait ce métier, raconter des histoires qui comptent.

Ce post retrace les compétences que ces vingt années m’ont imposé de développer. Pas celles qu’on apprend dans les manuels, mais celles qu’on forge dans le réel, entre un budget de tournage qui dérape, un client institutionnel qui change de cahier des charges à J-3, et une équipe d’intermittents qu’il faut embarquer sur un projet dont le financement n’est pas encore bouclé.

📊Gestion financière et administrative : Le nerf de la guerre

Diriger une société de production audiovisuelle, c’est d’abord apprendre à lire un bilan, à anticiper une trésorerie, à négocier un découvert, et à monter des plans de financement qui tiennent la route devant un banquier, un CNC ou une commission régionale.

Chez Prodigima, les budgets de production pouvaient aller de quelques milliers d’euros pour un film institutionnel en une journée de tournage à plusieurs centaines de milliers d’euros pour un documentaire TV coproduit à l’international ou en millions d’euros pour un long-métrage de cinéma. Le documentaire Dans le ventre de Toulouse, coproduit avec Stefilm (Turin) et Ma.Ja.De (Allemagne) pour ARTE, ZDF et RAI, ou le long-métrage Entre deux trains, coproduit avec Almano Film et Le Studio Orlando, impliquaient des montages financiers complexes, multi-pays, multi-devises, avec des obligations déclaratives croisées.

Au quotidien, cela signifiait : élaboration de devis et budgets prévisionnels, suivi comptable en lien avec l’expert-comptable et le commissaire aux comptes, gestion de la trésorerie au jour le jour, déclarations fiscales et sociales, TVA intracommunautaire sur les coproductions européennes, gestion de la confidentialité des comptes annuels, et rapports financiers aux organismes de financement.

Du côté de la Compagnie L’An 01, la gestion financière prend une forme différente mais tout aussi exigeante. Le modèle associatif repose sur un mélange de subventions publiques (DRAC Occitanie, Région Occitanie, Départements, villes), d’apports en coproduction et de recettes propres. Les budgets sont à peine plus modestes, et les contraintes de justification auprès des financeurs publics sont parfois plus lourdes qu’en SARL. Chaque euro dépensé doit être documenté, chaque ligne budgétaire doit correspondre au projet déposé. C’est une école de rigueur absolue.

📝 Marchés publics et appels d’offres : L’art de convaincre sur dossier

Une part significative du chiffre d’affaires de Prodigima provenait de marchés publics et d’accords-cadres avec des institutions nationales. Ce n’est pas un hasard : j’ai fait de cette compétence un avantage concurrentiel stratégique.

Répondre à un appel d’offres public, c’est un exercice de précision qui mobilise simultanément des compétences rédactionnelles, techniques, juridiques et commerciales. Il faut décortiquer un cahier des charges, souvent rédigé dans un langage administratif dense, identifier précisément le besoin, proposer une méthodologie adaptée, chiffrer chaque poste avec exactitude, constituer un dossier de candidature irréprochable (références, certifications, attestations sociales et fiscales), et le tout dans des délais souvent très serrés.

Au fil des années, Prodigima a remporté des dizaines de marchés auprès d’institutions de premier plan : le CNES (Centre National d’Études Spatiales), avec qui nous avons développé une relation de plus de dix ans couvrant la production de séries YouTube, les campagnes de ballons stratosphériques, les captations événementielles et les vidéotransmissions (France Télévisions • la Semeccel (Cité de l’Espace et l’Envol des Pionniers) • le CNRS • le CHU de Toulouse • Toulouse School of Economics • Météo France • l’INRA • l’INSERM • l’ARS Occitanie • la Banque de France • le CNED • l’ANDRA • l’Université Toulouse 1 Capitole • l’Université Paul Sabatier • l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées, et bien d’autres.

Côté privé, la démarche était différente, davantage de prospection directe, de recommandation, de démonstration, mais les exigences de formalisation restaient élevées pour des groupes comme Airbus, Thales Alenia Space, Hewlett Packard, Toulouse Business School, ENAC, Columbia University of New York, ou le MEDES (Institut de Médecine et de Physiologie Spatiales).

Cette capacité à répondre aux marchés publics et à entretenir des relations institutionnelles durables est probablement l’une des compétences les plus sous-estimées dans notre secteur. C’est pourtant elle qui a permis à Prodigima de maintenir une activité régulière pendant plus de quinze ans.

👥 Management et ressources humaines : Gérer l’humain dans un secteur atypique

L’audiovisuel est un secteur où le management prend une forme singulière. Les équipes se constituent et se dissolvent au rythme des productions. Un tournage peut mobiliser 50 personnes pendant trois semaines, puis plus personne pendant un mois. Le régime de l’intermittence du spectacle, avec ses annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, impose une gestion administrative spécifique : DPAE, contrats à durée déterminée d’usage, calcul des cachets selon les conventions collectives, gestion des heures supplémentaires, bulletins de paie conformes aux accords de branche.

Sur vingt ans, Prodigima a employé régulièrement plusieurs centaines de salariés au régime intermittents ou général : techniciens de plateau, opérateurs de prise de vues, ingénieurs du son, monteurs, graphistes, animateurs 2D et 3D, réalisateurs, assistants de production, régisseurs, maquilleurs, comédiens. Chaque recrutement devait correspondre à un besoin précis, chaque profil devait s’intégrer dans une équipe souvent constituée pour la première fois. C’est un exercice permanent d’évaluation, d’adaptation et de confiance.

Au-delà du recrutement, la gestion RH impliquait l’application rigoureuse de la convention collective de la production audiovisuelle, la rédaction et la mise à jour du règlement intérieur, le suivi des obligations légales en matière de santé et de sécurité au travail, la gestion des relations avec les organismes sociaux (Audiens, Pôle Emploi Spectacle, URSSAF), et l’accueil régulier de stagiaires et d’alternants, un engagement fort de Prodigima pour la transmission et l’insertion professionnelle.

Pour la Compagnie L’An 01, le management prend une dimension supplémentaire : la gestion du bénévolat. Dans une association culturelle, une part significative du travail repose sur des bénévoles, membres du bureau, collaborateurs ponctuels, qu’il faut mobiliser, former, remercier, sans disposer du levier contractuel du salariat. La gouvernance collégiale d’une association loi 1901, avec son conseil d’administration, ses assemblées générales et ses obligations statutaires, exige des qualités de diplomatie et de fédération que le monde de l’entreprise ne sollicite pas toujours de la même manière.

🤝 Développement commercial et relations clients : Construire un réseau sur la durée

Prodigima n’a jamais réellement eu de commercial dédié. Le développement commercial, c’était mon travail au quotidien, en parallèle de tout le reste. Prospection, rendez-vous clients, élaboration de propositions sur-mesure, négociation tarifaire, fidélisation.

En vingt ans, j’ai constitué et entretenu un portefeuille de plus de 80 clients institutionnels et privés. Certaines relations ont duré plus d’une décennie, c’est le cas avec le CNES, la Cité de l’Espace, la Société Chimique de France ou le Printemps du Rire. Ces partenariats longs ne s’obtiennent pas par miracle : ils se construisent livraison après livraison, en respectant les délais, les budgets, et en ayant la lucidité de refuser un projet quand les conditions ne permettent pas de le réaliser correctement.

Le positionnement stratégique de Prodigima reposait sur deux pôles complémentaires : d’un côté les services aux entreprises et institutions (films corporate, captations, vidéotransmissions, communication audiovisuelle), de l’autre le développement et la production de contenus originaux pour la télévision et le cinéma. Ce double ancrage, que beaucoup de structures de notre taille ne parviennent pas à maintenir, était à la fois notre force et notre complexité de gestion.

Les coproductions internationales ont constitué un tournant. Travailler avec Stefilm à Turin pour ARTE, avec Almano Film à Paris pour un long-métrage distribué dans 33 festivals à travers 17 pays (5 prix internationaux pour Entre deux trains), cela implique des négociations contractuelles en anglais et en italien, des montages juridiques transfrontaliers, une connaissance fine des mécanismes de coproduction européens et une capacité à s’adapter à des cultures de travail différentes.

L’éthique commerciale a toujours été un marqueur fort de Prodigima. Nous sélectionnions nos donneurs d’ordres selon nos critères : pas de publicité ou de prestations pour des marques et des entreprises dont les valeurs ne coïncidaient pas avec les nôtres. C’est un luxe que peu de petites structures peuvent se permettre,  mais c’est un choix que je n’ai jamais regretté.

🏗️ Infrastructure, studio et exploitation technique : Avoir ses propres outils

Dès 2010, Prodigima a fait le choix d’investir dans son propre studio, situé à Toulouse, à proximité de la gare. Un plateau de 70 m² entièrement modulable : cyclo ou fonds d’incrustation (vert, bleu) de 35 m², noir total, alimentation triphasée, climatisation, mezzanine avec vue plongeante pour le placement de caméras, loge avec douche, accès chargement/déchargement extérieur.
Cet outil a été le lieu de tournage de dizaines de productions, émissions, interviews, séries YouTube, enregistrements pour le CNES, podcasts vidéo, mais aussi le lieu de naissance de la plupart de nos projets. Un studio, ce n’est pas seulement un outil technique : c’est un espace de création, de test, de rencontre.

La gestion d’un studio implique des compétences spécifiques : maintenance du matériel d’éclairage et de captation, mise à jour permanente des équipements (la transition vers la FullHD, puis l’UHD, a nécessité des investissements lourds), gestion des assurances, sécurité des locaux, planification de l’occupation du plateau entre les productions internes et les locations à des tiers.

Le parc matériel de Prodigima comprenait des caméras broadcast (Sony, Blackmagic, Panasonic) et cinéma (RED, ARRI), des optiques, de l’éclairage LED et HMI, des solutions de régie multicaméra, du matériel de vidéotransmission et de streaming, ainsi que des stations de montage et d’étalonnage. La supervision de l’exploitation technique sur des sites clients, Zénith de Toulouse pour La Nuit du Printemps, Maison de la Chimie à Paris, Cité de l’Espace, demandait une capacité d’adaptation logistique considérable, chaque lieu ayant ses propres contraintes d’installation, d’alimentation électrique et de connectivité.

📜 Juridique, droits et propriété intellectuelle : Le fil invisible de chaque production

Dans la production audiovisuelle, le droit n’est pas un sujet périphérique, c’est le squelette de chaque projet. Chaque film, chaque documentaire, chaque captation génère un enchevêtrement de droits qu’il faut anticiper, négocier, contractualiser et administrer.

Au quotidien chez Prodigima, cela impliquait : la rédaction de contrats de cession de droits d’auteur et de droits voisins, les relations avec la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), la SACEM (droits musicaux), l’INA (droits d’archives), la gestion des autorisations de droit à l’image, la négociation des clauses de diffusion et de rediffusion avec les chaînes (ARTE, France Télévisions, ZDF, RAI), et la conformité aux obligations RGPD pour les productions impliquant des données personnelles.
Pour les coproductions internationales, la complexité augmente d’un cran : répartition des droits entre coproducteurs, territoires de diffusion, mandats de vente, contrats de distribution, reversements proportionnels. Le long-métrage Entre deux trains, coproduit entre la France et les États-Unis, sélectionné dans 33 festivals internationaux et distribué en salle, a généré un volume contractuel considérable sur plusieurs années.

Côté L’An 01, les enjeux juridiques sont différents mais tout aussi présents : contrats de cession avec les auteurs vivants (Dennis Kelly pour ADN, Maurice Maeterlinck, domaine public, pour La Mort de Tintagiles), conventions de résidence avec les théâtres partenaires (Théâtre Sorano, CDN de Haute-Normandie, MJC Rodez), conventions de coproduction (ThéâtreDeLaCité, CNAREPs etc.) et subventions de nos partenaires institutionnels.

🌱 RSE, engagements et éthique : Produire autrement

La responsabilité sociale et environnementale n’a jamais été un argument marketing chez Prodigima. C’était une conviction.
Dès 2020, Prodigima est devenue signataire de la Charte Écoprod, intégrant à chaque étape de production, de la préparation au démontage, des pratiques écoresponsables : réduction des transports inutiles, mutualisation des équipements, gestion raisonnée des déchets de plateau, choix de fournisseurs engagés. Nous avons également rejoint Tree-Nation pour compenser les émissions de CO2 liées à nos activités.

L’engagement social était tout aussi concret : soutien actif au régime des intermittents, valorisation systématique des professionnels locaux dans les régions de tournage, sélection éthique des donneurs d’ordres, refus de produire des contenus publicitaires en contradiction avec nos valeurs. Prodigima était membre du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants), de l’APIFA, de la CPME31 et du Club d’entreprises Réussir.

Du côté de L’An 01, l’engagement est inscrit dans l’ADN même de la compagnie. Son nom fait référence à la bande dessinée de Gébé « on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». La ligne artistique de la compagnie porte des questionnements sociaux, politiques et de genre. Les médiations théâtrales menées en milieu scolaire, en centre de détention (Maison d’arrêt de Muret) ou auprès d’instituts médico-éducatifs témoignent d’un ancrage social fort qui dépasse largement le cadre de la diffusion en salle.

🎓 Transmission : Enseigner ce qu’on a appris sur le terrain

Depuis 2020, j’occupe le poste de Référent Filière Audiovisuel à Toulouse Ynov Campus. Bachelors 1, 2 et 3 : prise de vue, lumière, production, écriture, montage image. Recrutement et management des intervenants professionnels.

Ce rôle n’est pas déconnecté de mon parcours de dirigeant, il en est le prolongement naturel. Former de futurs professionnels, c’est transmettre vingt ans de terrain : les erreurs qu’on ne refait plus, les réflexes qu’on a acquis, les réalités économiques d’un secteur que les formations initiales présentent souvent de manière incomplète.

Le partenariat entre Ynov et Prodigima s’est concrétisé de manière tangible : des étudiants intégrés aux équipes techniques de La Nuit du Printemps au Zénith de Toulouse (2025, 2026), un pont direct entre la formation et le monde professionnel.

Savoir fermer un chapitre — et en ouvrir un autre

Prodigima a fermé ses portes en 2025 après 16 ans en SARL, et 21 ans si l’on compte la période associative. La société a fait l’objet d’une liquidation. C’est un fait. Je ne le masque pas et je ne le dramatise pas.

L’audiovisuel a profondément muté ces dernières années : effondrement des budgets institutionnels, concurrence des auto-producteurs équipés de matériel grand public, transformation des usages de diffusion, compression des délais. Le modèle économique qui avait fait ses preuves pendant quinze ans n’était plus viable en l’état. Plutôt que de m’accrocher à une structure devenue inadaptée, j’ai fait le choix de la lucidité.

Ce que vingt ans de direction m’ont appris ne disparaît pas avec la désactivation d’un numéro Siret. Les compétences : gestion, management, négociation, production, relation client, juridique, technique, sont intactes. L’exigence aussi. Et l’envie d’entreprendre n’a pas faibli. Elle a simplement changé de forme.

Administrer la Compagnie L’An 01 depuis 11 ans m’a appris autre chose : gérer une structure culturelle associative, avec ses contraintes propres de subventions, de bénévolat, de gouvernance collégiale, demande autant de rigueur qu’une SARL, avec moins de moyens et souvent plus d’inventivité. La compagnie, elle, continue. Son prochain spectacle, Fleurs de peau, est en cours de création pour 2026.

Vingt ans à diriger, produire et administrer m’ont enseigné une certitude : la gestion d’une entreprise culturelle, c’est un métier à part entière. Un métier exigeant, ingrat parfois, profondément formateur toujours. Et c’est un métier que j’aime.

👉 gaboriaud.net · cielan01.fr
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Transmission

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5 ans à transmettre

Toulouse Ynov Campus.

Depuis la rentrée 2021-2022, j’interviens au Toulouse Ynov Campus dans la filière Animation, Cinéma & Audiovisuel. Cinq années scolaires consécutives. Plusieurs centaines d’étudiants accompagnés en cours, en projets ou en événements. Un engagement qui compte autant pour moi que mes productions, et qui s’inscrit dans une conviction simple : enseigner n’est pas un à-côté du métier, c’est une extension naturelle.

Pourquoi Ynov, pourquoi l’enseignement

Quand j’ai commencé à intervenir à Ynov en 2021, ça faisait déjà douze ans que je dirigeais Prodigima. J’avais formé en interne des dizaines d’intermittents, accueilli des stagiaires, coaché de jeunes chefs op. Mais je n’avais jamais fait le pas vers une mission pédagogique structurée.

Trois raisons m’y ont poussé. D’abord, le constat que la formation audiovisuelle classique forme parfois bien aux outils mais peu à la réalité du métier. Sortir d’une école avec une bonne maîtrise technique et zéro expérience de plateau professionnel, c’est aujourd’hui un piège. Ensuite, l’envie de rendre la pareille : j’ai appris mon métier au contact de techniciens, chefs op et réalisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux. C’est un devoir professionnel que de transmettre à mon tour. Enfin, la conviction qu’enseigner, ça oblige. Ça oblige à reformuler, à structurer, à expliciter ce qu’on fait par habitude. C’est l’une des meilleures hygiènes professionnelles que je connaisse.

Ce que j’enseigne

Captation et lumière : le cœur de métier
Mon enseignement principal porte sur la captation et la lumière. C’est ma formation initiale, BTS Audiovisuel option Image, à l’académie de Montpellier, et c’est aussi ce que j’ai pratiqué pendant 20 ans sur le terrain : du clip musical au film de fiction, du documentaire aux captations live multicaméra, en passant par les centaines de tournages corporate et institutionnels chez Prodigima.
Quand j’enseigne la lumière, je n’enseigne pas des recettes. J’enseigne une grammaire. Comment lire un visage, comment lire un décor, comment décider d’une intention lumineuse avant de saisir le moindre projecteur. Les outils techniques (LED, tungstène, HMI, diffusion, drapeaux, mire) viennent ensuite, comme du vocabulaire au service d’une intention narrative.
Sur la captation, l’enjeu est similaire : comprendre les chaînes complètes (caméra, optiques, support d’enregistrement, monitoring, étalonnage en aval) avant de plaquer des automatismes. Un étudiant qui comprend pourquoi il choisit un format, une cadence, un profil colorimétrique, c’est un étudiant qui ne se laissera pas enfermer dans les paramètres par défaut de son boîtier.

Production et écriture : l’élargissement utile
J’interviens également sur les cours de production et d’écriture. Ce n’est pas un hasard. Un bon chef opérateur comprend mieux son travail quand il sait d’où vient le scénario et comment un budget est construit. Un bon producteur comprend mieux ses décisions quand il a un minimum d’expérience plateau.
Ces cours me permettent aussi de transmettre la dimension économique et juridique du métier, celle qui manque le plus cruellement dans la formation initiale. Comment on monte un budget. Comment on lit une convention collective. Ce qu’est une déclaration AEM, une note de droits d’auteur, un contrat de cession. Comment on répond à un appel d’offres public. Toutes choses qu’un étudiant n’apprendra dans aucun amphi, mais qui décident de sa survie économique dans les cinq ans qui suivent l’école.

À titre d’exemple, sur l’année scolaire 2024-2025, j’ai dispensé plus de 160 heures de cours.

Les Ydays : accompagner des projets professionnels

Au-delà des cours en présentiel classiques, Ynov organise les Ydays : des temps dédiés au cours desquels les étudiants travaillent sur des projets professionnels concrets, souvent en équipe et en autonomie partielle. J’y interviens comme intervenant professionnel, je guide, je challenge, je recadre, je mets les étudiants en situation de prendre des décisions opérationnelles avec les contraintes réelles d’un métier.

C’est là que se joue, à mon sens, quelque chose d’essentiel : confronter les étudiants aux exigences réelles d’un tournage, d’un planning, d’un client, d’un livrable. Les obliger à arbitrer entre l’idéal artistique et les contraintes matérielles. Leur faire vivre ce qu’on ne peut pas simuler dans un cours magistral : la fatigue d’un tournage long, la frustration d’un changement client de dernière minute, la satisfaction d’un livrable propre, livré à l’heure, qui correspond à ce qui avait été promis.

Les Ydays sont aussi pour moi une formidable école d’observation : on y voit en accéléré qui sont les étudiants qui sauront tenir un poste, qui saura encadrer une équipe, qui aura le tempérament pour passer chef de poste, qui devra peut-être réorienter son ambition.

2024-2025 – Référent Filière Audiovisuel

Sur l’année scolaire 2024-2025, j’ai porté en plus de mes cours la fonction de Référent Filière Audiovisuel, notamment auprès des étudiants de troisième année. Cette mission représentait, en plus de mes heures d’enseignement, près de 200 heures supplémentaires consacrées à la coordination, à l’événementiel et à la représentation de la filière.

Ce que j’y ai porté
• L’animation des Portes Ouvertes du Campus. Représenter la filière auprès des familles, défendre une pédagogie professionnalisante, expliquer aux jeunes lycéens et à leurs parents ce que veut dire vraiment « travailler dans l’audiovisuel », au-delà des fantasmes véhiculés par les réseaux sociaux.
• Un reportage sur le REC (Rencontres des professionnels du Cinéma en Occitanie) au studio Le Grand Set, l’occasion de mettre les étudiants en situation de couvrir un événement professionnel de référence régionale.
• Des visites de studios professionnels, dont Prodigima et Le Grand Set. Pour beaucoup d’étudiants, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds dans un vrai plateau professionnel équipé.
• Le Yfest, événement annuel du campus, qui rassemble les filières créatives autour de productions étudiantes.
• La captation multicaméra de La Nuit du Printemps au Zénith de Toulouse, un événement annuel produit par Le Printemps du Rire, avec environ une vingtaine d’étudiants intégrés à l’équipe technique comme cadreurs, devant 6 000 spectateurs. Une expérience qu’aucun cours ne peut remplacer : gérer le stress du direct, répondre aux consignes de réalisation en temps réel, tenir un cadre stable sur 2h30 de plateau, encaisser une journée de 19 à 20 heures de présence sur site.
• Le Festival La Fête du Court, passerelle avec la scène courte régionale, occasion pour les étudiants de découvrir le tissu professionnel de l’audiovisuel toulousain.

Quand le poste a disparu
Le poste de Référent Filière a été supprimé l’année suivante, dans le cadre de réorganisations internes au campus. Mais j’ai choisi de continuer à organiser des événements pour les étudiants, indépendamment du mandat formel. Parce que ce que j’ai constaté sur cette année de référent m’a convaincu d’une chose : un cursus audiovisuel qui ne met pas ses étudiants en situation réelle, ça n’a pas de sens. Et si l’institution ne porte plus formellement cette mission, alors les intervenants doivent la porter à leur niveau.

Pourquoi je continue

Pour une raison simple : je crois au travail en équipe et à la transmission.

J’ai appris mon métier au contact de techniciens, de chefs opérateurs, de réalisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux quand j’avais 22 ans et que je ne savais rien. Je considère que c’est un devoir professionnel, pas un geste de charité, un devoir, de rendre la pareille à mon tour. Pas par nostalgie. Par nécessité.

Dans un secteur qui pousse aujourd’hui de plus en plus de jeunes à s’isoler en auto-entreprise, à travailler seuls depuis leur chambre avec leur boîtier hybride, à confondre la maîtrise des outils avec la maîtrise du métier, former des étudiants sur des plateaux professionnels, les mettre en contact avec des intermittents, des producteurs, des diffuseurs, des lieux de tournage, c’est aujourd’hui la porte d’entrée vers un métier qui se ferme ailleurs.

Enseigner n’est pas un à-côté de mon activité de directeur de production. C’est une extension naturelle. Les deux pratiques se nourrissent. Mes cours sont meilleurs parce que je continue à produire. Ma production est meilleure parce que je dois, chaque semaine, expliciter à des étudiants ce que je fais et pourquoi.

Et après ?
Je continue à intervenir à Ynov sur l’année en cours, et j’ai bien l’intention de continuer tant que la pédagogie restera ce qu’elle doit être : une mise en situation professionnelle exigeante, au contact de praticiens en activité.

Mes remerciements vont aux équipes du Toulouse Ynov Campus pour la confiance renouvelée chaque année, à mes collègues intervenants avec qui j’ai eu plaisir à co-construire cette filière, et surtout à chaque promotion d’étudiants qui est passée entre mes cours.

Vous êtes la raison pour laquelle ce métier continuera d’exister.

Clap de fin pour Prodigima

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Pourquoi j’ai fermé Prodigima

Les vraies raisons.

En 2025, j’ai liquidé Prodigima après 21 ans d’activité, 5 ans en association (2004-2009), 16 ans en SARL (2009-2025).

Ce n’était pas un échec. C’était un constat lucide sur un secteur qui a profondément muté.

Je prends la parole aujourd’hui parce que ce que j’ai vécu n’est pas un cas isolé. Plusieurs sociétés de production indépendantes ont fermé ces dernières années en région, dans un silence qui m’interroge. Et parce que ce qui se joue en ce moment dans la production audiovisuelle française mérite, je crois, un débat sérieux, pas un débat amer, ni nostalgique. Un débat lucide.

Ce qui a changé en 20 ans

1. La démocratisation technique
Une caméra hybride à 2 500 € filme aujourd’hui dans une qualité que les diffuseurs broadcast acceptent sans broncher. Un MacBook Pro à 2 500 € remplace une suite Avid qui en coûtait 40 000 il y a quinze ans. DaVinci Resolve, l’un des outils d’étalonnage et de montage les plus puissants du marché, est gratuit. Adobe Creative Cloud à 20 € par mois met entre les mains d’un étudiant de 19 ans la même boîte à outils que celle d’un studio professionnel.

C’est une excellente nouvelle pour la création. C’est une catastrophe pour les modèles économiques des sociétés de production qui amortissaient un parc matériel, des infrastructures, des locaux, du personnel permanent.

Pendant des années, une partie de la valeur d’une société de production tenait à sa capacité à mobiliser de l’équipement professionnel coûteux. Cette barrière à l’entrée s’est effondrée. Aujourd’hui, n’importe quel jeune diplômé motivé peut produire un film techniquement irréprochable avec 5 000 € de matériel personnel. Le différentiel ne se joue plus sur la technique. Il se joue sur la méthode, la structuration, le réseau et la capacité à porter un projet ambitieux dans la durée. Mais ce différentiel-là, il ne se voit pas dans un devis.

2. Le basculement réseaux sociaux contre broadcast

Annonceurs, institutions, marques, collectivités : tous ont massivement basculé leurs budgets de communication audiovisuelle vers les contenus courts pour Meta, TikTok, YouTube, Instagram, LinkedIn.
Le film corporate de 4 minutes à 20 000 € que je produisais il y a dix ans pour expliquer une mission scientifique ou présenter un produit a été remplacé par dix reels à 200 € chacun. Sur le papier, le budget total est similaire. Dans les faits, la chaîne de valeur n’a plus rien à voir.

Un reel, ça se tourne au smartphone, ça se monte en 2 heures sur CapCut, ça se publie depuis une chambre. Une société de production structurée, avec un studio, des permanents, un comptable, une assurance RC pro, des cotisations URSSAF, n’est tout simplement plus compétitive sur ce marché. Elle ne peut pas l’être. Et c’est normal : ce n’est pas son métier.

Le problème, c’est que ce marché-là, la communication digitale courte, a aspiré une part énorme des budgets qui finançaient autrefois la fabrication de films. Et qu’il n’a pas été remplacé par autre chose.

3. L’irruption de l’IA générative

Sora (OpenAI), Runway, Veo (Google), Kling, Pika : ces outils produisent aujourd’hui des plans qui auraient demandé hier 3 jours de tournage et une équipe de 8 personnes. Je ne suis pas technophobe, j’enseigne à Toulouse Ynov Campus, je teste, j’observe, j’utilise certains de ces outils. Mais il faut nommer ce qui se passe.

Une partie significative de la production visuelle à faible enjeu narratif, les illustrations, les inserts, les transitions, les éléments motion design, certaines incrustations, des plans de coupe, est en train d’être absorbée par des outils qui ne rémunèrent ni techniciens, ni auteurs, ni intermittents, ni cadreurs, ni chefs op, ni ingénieurs son.

Ce n’est pas l’apocalypse. Mais c’est un transfert de valeur considérable, qui se fait en dehors des cadres collectifs (conventions collectives, droits d’auteur, intermittence) qui structurent depuis 80 ans le métier en France. La question n’est pas « faut-il interdire l’IA ? », elle ne se pose pas en ces termes. La question est : comment réintégrer cette valeur dans un écosystème qui rémunère le travail humain ? Personne, à ce jour, n’y répond sérieusement.

4. La concentration et la contraction du broadcast

Les chaînes historiques ont vu leurs budgets de commande se contracter sous la pression du marché publicitaire et de la fragmentation des audiences. France Télévisions, Arte et les régions ont des cases documentaire qui se raréfient et des unités magazine qui produisent en interne ce qu’elles externalisaient autrefois.

Les plateformes (Netflix, Disney+, Prime Video, Apple TV+, Max) commandent beaucoup, et de plus en plus en France, c’est même un des rares marchés en croissance. Mais elles travaillent avec un nombre restreint de producteurs structurés, souvent parisiens, avec des track records solides en fiction longue ou en série. Les indépendants régionaux n’y ont pratiquement pas accès, sauf coproduction ponctuelle.

Le résultat est mécanique : entre la contraction des chaînes traditionnelles et la concentration des plateformes premium, l’espace économique des sociétés de production indépendantes en région s’est considérablement réduit.

Ce qui m’inquiète vraiment

Ce n’est ni l’IA, ni les plateformes, ni la mutation technique. Ces évolutions sont irréversibles, et il faut composer avec.
C’est autre chose. C’est l’atomisation du secteur en structures unipersonnelles.

De plus en plus de jeunes professionnels, souvent bien formés, sortis d’écoles sérieuses, s’installent dès la sortie en micro-entreprise, en auto-entrepreneur, parfois en portage salarial. Pour une raison simple : le marché récompense à court terme la réactivité individuelle et le coût faible. Pas l’organisation collective, qui suppose une comptabilité, des charges sociales lourdes, des salariés, une convention collective, une logique d’investissement et de prise de risque.

Le problème n’est pas qu’ils gagnent leur vie comme ça. Beaucoup le font très bien, et c’est tant mieux. Le problème, c’est ce qu’ils perdent en chemin, sans toujours en mesurer la conséquence à long terme :

L’accès aux plateaux de fiction structurés, où l’on apprend la hiérarchie d’équipe, les rythmes longs, la résolution de problèmes en temps réel
• La culture du travail en équipe pluridisciplinaire (chef op, chef déco, ingé son, scripte, régie, perchman) : un savoir-faire collectif qui ne se reconstitue pas à partir de tutoriels YouTube.
• La rencontre quotidienne avec des techniciens, chefs de poste, auteurs, réalisateurs expérimentés — c’est par cette rencontre, et seulement par elle, qu’on apprend vraiment le métier.
• L’entrée dans les systèmes de financement publics (CNC, Régions, Procirep, ANGOA, SACEM) qui exigent des structures juridiques, des track records, des partenariats producteurs.
• L’accès aux conventions collectives, à l’intermittence, aux droits sociaux qui protègent les carrières longues.
• La possibilité, tout simplement, de travailler un jour sur une vraie œuvre de cinéma ou une série pour une plateforme premium.

On ne produit pas Netflix, Disney+ ou Prime seul dans sa chambre.

On peut produire du contenu pour le boulanger du coin. C’est utile, ça nourrit son homme, ça rend service. Mais ce n’est pas le 7ᵉ art. Et le 7ᵉ art, lui, exige des équipes, des financements, de la rigueur, de la méthode, des assurances, des contrats, des droits, des intermittents, des coproductions, des festivals, des diffuseurs.

Ce sont ces structures qui meurent en silence. Et avec elles, la porte d’entrée pour toute une génération qui ne sait même plus qu’elle existait.

 

La question ouverte

Je n’ai pas la réponse complète, et je me méfie de ceux qui prétendent l’avoir. Mais je crois que le débat doit s’ouvrir, sérieusement, et qu’il doit porter sur des points précis :

• Quelle politique publique d’accès des jeunes professionnels aux plateaux de fiction et de documentaire ? Aujourd’hui, sortir d’école sans avoir mis les pieds sur un vrai tournage long est devenu courant.
• Quelle réaffirmation du rôle des sociétés de production indépendantes structurées, qui forment, transmettent, prennent des risques et portent des œuvres dans la durée ?
• Quel dialogue lucide entre les écoles, les producteurs, les diffuseurs, les institutions et les pouvoirs publics, pour cartographier ce qui est en train de se perdre, avant qu’il ne soit trop tard ?
• Comment résister aux sirènes du « vite, seul, pas cher » sans pour autant nier les évolutions réelles du marché ?
• Comment produit-on encore quelque chose de grand, collectivement, dans un écosystème qui pousse chacun vers son coin ?

 

Ma place dans tout ça ?

J’ai fermé une société. Je n’ai pas fermé le métier.

Je continue en tant que directeur de production indépendant, au service de projets ambitieux : fiction, documentaire, captation, coproduction, projets institutionnels exigeants. Avec une ligne claire qui résume pour moi 20 ans de pratique :
Défendre les œuvres indépendantes. Transmettre le métier. Porter des productions qui ont besoin d’un bras opérationnel solide pour exister.

Je continue à enseigner à Toulouse Ynov Campus parce que transmettre, c’est refuser l’isolement. Parce que mettre des étudiants en situation réelle, sur de vrais plateaux, avec de vrais professionnels, c’est aujourd’hui la mission la plus utile qu’on puisse confier à un intervenant qui a fait le terrain.

Je continue à administrer la Compagnie L’An 01 parce que le collectif culturel, ça se défend chaque jour, dans la durée, contre la fatigue et contre l’air du temps.

Et je suis plus disponible que jamais pour accompagner des producteurs, des réalisateurs, des diffuseurs, des institutions qui cherchent un partenaire opérationnel pour porter leurs projets.

Prodigima a fermé. Le travail, lui, continue. Autrement

Studio 80

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Studio 80

16 ans d’un plateau toulousain qui a vu passer beaucoup de monde.

Entre 2009 et 2025, Prodigima a exploité un studio de tournage au numéro 80 d’une rue du quartier Bonnefoy, à deux pas de la gare Matabiau, à Toulouse. D’où son nom : Studio 80. Rien à voir avec sa surface ; le plateau, lui, faisait 70 m². Le « 80 », c’est l’adresse.

16 ans d’exploitation continue. Des centaines de tournages. Un outil que j’ai pensé, équipé, exploité, ouvert aux autres et finalement transmis. Un lieu où je suis passé presque tous les jours pendant 16 ans, et qui résume, à lui seul, beaucoup de ce que Prodigima aura été.

Pourquoi un studio à Toulouse, en 2009 ?

À l’époque, l’offre de plateaux de tournage à Toulouse était limitée. Les productions toulousaines partaient régulièrement louer des studios à Bordeaux, Montpellier ou Paris, faute de plateau correctement équipé sur place. Quand on a trouvé ce local quartier Bonnefoy, un volume généreux, avec un accès véhicules, une hauteur sous plafond exploitable et la possibilité d’une amenée triphasée, la décision a été simple.
Ouvrir un studio, c’était deux choses à la fois : un outil de production interne pour Prodigima, et un service à la communauté audiovisuelle locale. Un studio qu’on garde pour soi, ça ne tient pas économiquement. Un studio qu’on ouvre, ça structure un écosystème.

Ce qu’était ce studio, techniquement

Le Studio 80 a été pensé pour répondre à la majorité des besoins de tournage hors décors naturels :

Plateau de 70 m², soit environ 350 m³ de volume utile, hauteur sous plafond confortable
Cyclo vert/bleu sur 35 m² pour les incrustations, clé du succès du studio sur les usages corporate et institutionnels
Noir total possible – murs, plafond et système d’occultation complets
Balcon de prise de vue en hauteur pour placements caméra plongée et points de vue alternatifs
Alimentation triphasée – Tétra 2 × 32A, suffisante pour des installations lumière complètes
Climatisation réversible, un confort essentiel pour des tournages en été toulousain
Accès privé chargement/déchargement de plain-pied, suffisamment large pour faire entrer voitures et motos sur le plateau
Loge avec WC et douche
Fibre dédiée symétrique et vidéosurveillance 24/7

Le studio était officiellement référencé au Bureau d’accueil des tournages de Toulouse (Toulouse Tournages) ainsi que chez Occitanie Films dans la liste des plateaux régionaux. Prodigima était également signataire de la Charte Écoprod depuis 2020, un engagement qu’on a tenu jusqu’au bout, dans le choix des fournisseurs comme dans la gestion énergétique du lieu.

Ce qu’on y a tourné

Fiction
Plusieurs scènes de courts-métrages produits ou coproduits par Prodigima ont été tournées sur le plateau, en décors construits ou en incrustation cyclo. C’est là qu’on faisait monter les décorateurs, les chefs déco, qu’on construisait des micro-univers le temps de quelques jours, qu’on partait en repérage virtuel avant tournage.

Clips musicaux
Plusieurs clips ont été produits et/ou accueillis dans le studio, pour des labels indépendants toulousains, des artistes en développement, des productions invitées. Le cyclo et la possibilité de noir total en faisaient un lieu particulièrement adapté à l’esthétique clip, où l’on travaille beaucoup avec des fonds graphiques ou abstraits.

Publicité, corporate et institutionnel
C’est sans doute l’usage qui a le plus rempli le studio sur 16 ans : des centaines de prises de parole sur cyclo d’incrustation, pour des clients institutionnels et privés. Parmi eux : le CNES (formats récurrents) / Airbus / Météo France / U-Space / Delair / TBR / Université Toulouse Capitole / Cité de l’Espace / Les Terroirs du Chef

Ces tournages, qui peuvent paraître modestes vus de l’extérieur, ont représenté une part essentielle de l’activité du studio, et un savoir-faire spécifique : éclairer un cyclo pour incrustation propre, diriger un intervenant non comédien, livrer dans la journée des rushes prêts pour la postproduction.
Séries de vulgarisation pour le CNES
Plusieurs formats de séries de vulgarisation scientifique pour le CNES ont été tournés au Studio 80, avec décors construits, animateurs et plateau récurrent. C’est un usage exigeant : on n’est plus dans la prise de parole simple, on est dans la fabrication d’un véritable plateau TV, avec ses contraintes de continuité, d’éclairage, de raccord et de rythme.
Anecdotes — ce qu’un studio voit passer en 16 ans

Du fumigène, beaucoup de fumigène, pour les effets d’ambiance, au point qu’il fallait régulièrement aérer plusieurs heures avant la séance suivante
Des véhicules qu’on faisait rentrer sur le plateau pour tourner avec : voitures, motos, parfois des objets plus inattendus
Des youtubeurs et streameurs invités pour des formats spéciaux, dont Zerator, qui a été l’invité principal d’une émission lui étant dédiée et tournée intégralement dans le studio
Un partenariat avec Toulouse Ynov Campus pour permettre aux étudiants de la filière audiovisuel de venir y tourner leurs projets de fin d’études, un geste de transmission auquel je tenais.

Un studio ouvert aux autres productions

Le Studio 80 n’était pas réservé à Prodigima. Il a été régulièrement loué à d’autres sociétés de production et agences de communication régionales ou nationales : Agence Novo / Master Films / Chaprod / LCD Vision / Plusieurs labels musicaux…

Cette ouverture a été un choix structurant. D’abord parce qu’un studio comme celui-là, économiquement, ne tient pas si on le garde pour soi : la rentabilité passe par un taux d’occupation élevé. Ensuite, et surtout, parce qu’un outil, ça vit en circulant. Voir d’autres équipes investir le lieu, c’était à chaque fois apprendre quelque chose, croiser des méthodes, tisser des relations professionnelles qui ont nourri Prodigima sur la durée.

L’agence, c’était aussi 3 salles de post-production

Le Studio 80 ne se limitait pas au plateau. Dans le même bâtiment, Prodigima disposait d’un pôle post-production intégré, pensé comme la suite logique du plateau :

3 salles de montage – 12 m², 20 m², 36 m² (cette dernière en open space)
7 stations Mac Pro équipées Final Cut Pro X, Avid Media Composer, Adobe Creative Cloud
Monitoring audio professionnel et monitoring vidéo 4K
Climatisation, double vitrage, sièges ergonomiques
Salle de réunion équipée vidéoprojecteur, coin café à l’étage

Cet ensemble plateau + post-prod faisait du Studio 80 un véritable tout-en-un : on pouvait y commencer un projet par un brief client, y tourner les plans le lendemain, monter dans la foulée et livrer un PAD une semaine plus tard, sans jamais sortir du quartier Bonnefoy.
C’est une logique d’agence intégrée qui a longtemps été une vraie force commerciale, et qui correspondait à ce que cherchaient nos clients institutionnels : un interlocuteur unique, un lieu unique, une équipe unique, du brief à la livraison.

Ce que je retiens de ce lieu

Un studio, ce n’est pas que des mètres carrés et du matériel. C’est un lieu de travail collectif. Des équipes qui se croisent, s’entraident, se recommandent. Des étudiants qui découvrent un plateau pour la première fois et comprennent ce que veulent dire « régie », « plateau », « contre-jour ». Des clients qui reviennent parce qu’ils s’y sentent chez eux. Des techniciens intermittents qui y ont fait leurs premières heures et y ont construit, parfois, leurs premières années de carrière.

Le Studio 80 a fermé avec Prodigima en 2025. Les équipements sont partis, les murs aussi. Mais ce qui se construit dans ce genre de lieu, les liens, la méthode, les habitudes de travail, la culture professionnelle partagée, ça, ça ne se démonte pas.

C’est ce que j’emporte avec moi dans la suite.

Marchés publics

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Marchés publics, accords cadres et grands comptes

Quinze ans de productions pour les institutions qui exigent le meilleur

Il existe une forme de production audiovisuelle dont on parle peu, parce qu’elle ne fait pas les couvertures et ne remporte pas de prix au Festival de Cannes. Elle se déroule dans des couloirs d’établissements publics, dans des amphithéâtres de recherche, dans des salles de conférence d’agences spatiales. Elle mobilise les mêmes compétences, écriture, image, son, post-production, mais dans un cadre contractuel qui ne pardonne pas l’improvisation.
C’est une grande partie de ce que j’ai fait pendant quinze ans à la tête de Prodigima.

Répondre à un appel d’offres public : un métier dans le métier

Avant de produire un seul plan, il faut gagner le marché. Et pour les institutions publiques, cela signifie passer par un processus rigoureux : lecture attentive du cahier des charges, analyse du besoin réel derrière les formulations administratives, chiffrage précis de la production, rédaction d’une offre technique et financière cohérente, respect des délais de soumission.
Ce travail préparatoire ne se voit jamais à l’écran. Il conditionne pourtant tout ce qui vient ensuite.

Chez Prodigima, j’ai appris à lire les appels d’offres comme d’autres lisent des scénarios, en cherchant ce qui n’est pas écrit, en identifiant les vrais enjeux sous les intitulés génériques, en anticipant les contraintes opérationnelles que le commanditaire n’a pas encore formulées. Une université qui demande un film de vulgarisation sur ses travaux de recherche ne parle pas seulement de contenu : elle parle de valorisation institutionnelle, de recrutement, parfois de relations publiques avec ses financeurs. Comprendre ça, c’est déjà produire mieux.

CNES – Le Centre National d’Études Spatiales

Le CNES est sans doute la relation institutionnelle la plus exigeante et la plus stimulante de mon parcours. Travailler pour l’agence spatiale française, c’est produire des contenus qui doivent à la fois être scientifiquement rigoureux, accessibles à un public large, et conformes aux exigences de communication d’un établissement sous tutelle ministérielle.
Les différents marchés et accords cadres couvraient la production audiovisuelle et la communication pour divers projets spatiaux, ainsi que pour le service de communication interne et externe de l’agence.
Le projet le plus emblématique de cette collaboration reste la couverture des opérations de l’ATV-CC,, consacré au support en communication de l’ATV Control Centre de Toulouse, le centre de mission qui a piloté les opérations du vaisseau cargo spatial ATV de l’ESA vers la Station Spatiale Internationale. Un programme unique en Europe, qui a représenté une fierté technologique et humaine considérable pour Toulouse et pour le CNES.

Le défi de ce projet était double : rendre accessible une réalité technique extrêmement complexe, tout en respectant la sensibilité institutionnelle et les contraintes de communication d’une agence gouvernementale. Douze épisodes, des dizaines d’intervenants, un format multimédia combinant témoignages, archives et narration, produit avec la précision que ce type de partenaire impose.

Ma collaboration avec le CNES ne s’est pas limitée à ce projet. Elle a inclus des captations multi-caméra pour des conférences et événements à Toulouse et à Paris, ainsi que des missions de terrain pour la communication autour des campagnes de ballons stratosphériques tout autour du monde.

Cité de l’Espace – La Semeccel

La Cité de l’Espace, gérée par la Semeccel, est l’un des sites culturels et scientifiques les plus fréquentés d’Occitanie. L’accord cadre portait sur la production audiovisuelle pour ce lieu d’exception, un lieu où le contenu doit fonctionner pour des publics radicalement différents : scolaires, familles, passionnés d’astronomie, touristes internationaux.

J’ai par exemple travaillé sur le développement de l’exposition El Niño, à l’endroit à l’envers, en collaboration avec Master Films et la Semeccel, un projet qui mêlait direction artistique, conception de contenus audiovisuels et intégration dans un dispositif d’exposition muséographique. Une prestation qui dépasse le simple « film de commande » pour entrer dans la conception d’expérience.

France Télévisions – Post-production image et son

L’accord cadre avec France Télévisions portait sur la post-production image et son. Pour un prestataire audiovisuel, intégrer la chaîne de fabrication d’un diffuseur national exige une maîtrise technique sans faille : workflows normalisés, respect des formats de diffusion, exigences de conformité technique qui ne souffrent aucun écart.

Ce type de collaboration est peu visible au générique. Elle est pourtant fondatrice, parce qu’elle impose une discipline industrielle que beaucoup de petites structures de production n’ont pas à acquérir. Chez Prodigima, elle a renforcé ma capacité à opérer avec des équipes de post-production professionnelles, sur des formats et des délais imposés par la grille d’un diffuseur national.

Ma relation avec France Télévisions s’est également manifestée à travers la production de documentaires diffusés sur France 3 Occitanie, notamment Ne laisse jamais la baraque (52 minutes, réalisation Vladimir Kozlov), une plongée dans l’histoire du Théâtre Populaire d’Occitanie et un portrait du dernier théâtre ambulant du sud-ouest. Le film a bénéficié du soutien de la Région Occitanie, du CNC, de la Procirep-Angoa et de la SACEM, et a été sélectionné au Festival International du Documentaire de Sibérie.

U-Space – Production audiovisuelle et communication

L’accord cadre avec U-Space, acteur de l’innovation dans l’économie spatiale, couvrait la production audiovisuelle et le support de communication. Un type de mission qui combine la capacité à produire des contenus techniques de qualité et à les intégrer dans une stratégie de communication plus large, institutional branding, valorisation de projets R&D, diffusion auprès d’investisseurs et de partenaires institutionnels.

Le portefeuille public : recherche, santé, universités

Au-delà de ces quatre accords cadres, j’ai produit des centaines de productions pour un ensemble d’établissements publics, ce qui reflète la diversité de mes compétences.

Dans la recherche et l’enseignement supérieur, j’ai collaboré avec le CNRS, l’INRA, l’INSERM, l’Université Toulouse-1 Capitole, l’Université Toulouse-3 Paul Sabatier, Toulouse School of Economics, l’ICAM, Météo France et la Région Occitanie pour des productions de vulgarisation scientifique, des films institutionnels, des captations de colloques et de conférences.

Chacun de ces commanditaires a ses propres contraintes : un laboratoire de recherche veut valoriser ses travaux auprès du grand public sans trahir la rigueur scientifique ; une université veut attirer des étudiants et des partenaires sans ressembler à une brochure commerciale ; une collectivité territoriale veut raconter ses politiques publiques avec un niveau d’exigence que la simple communication politique ne permet pas.

Dans la santé publique, j’ai produit des contenus très variés pour le CHU de Toulouse, l’ARS Occitanie, et la CPAM, des institutions pour lesquelles le contenu audiovisuel est un outil de service public, avec tout ce que cela implique en termes de sensibilité des sujets traités et de validation des messages par des équipes médicales et juridiques.
Au total, ce sont plusieurs centaine de productions audiovisuelles et institutionnelles réalisées dans ce cadre public et grands comptes, films de vulgarisation, captations multi-caméra, web-documentaires, conférences hybrides, contenus d’exposition.

Pour Dans le ventre de Toulouse (43 minutes, co-production avec Stefilm International), j’ai produit un documentaire diffusé sur ARTE, RAI1 et ZDF, une coproduction internationale qui exige de maîtriser les attentes éditoriales de trois diffuseurs publics européens simultanément.

Les grands comptes privés : même rigueur, autre terrain

Le cadre contractuel du secteur privé impose des exigences différentes mais tout aussi élevées. Nos clients grands comptes ont inclus Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio, Hewlett Packard, U-Space ou encore le MEDES – Institut de Médecine et de Physiologie Spatiales, Columbia University of New York, Toulouse Business School, et la Société Chimique de France.
J’ai notamment assuré la direction de captations multi-caméra lors de présentations publiques à Paris, des événements où la régie en direct ne donne pas droit à l’erreur.

Ce que cette expérience construit réellement

Il y a quelque chose que l’on comprend seulement en travaillant longtemps avec des institutions publiques : elles ne renouvellent pas une collaboration par inertie. Elles ont des procédures, des comités de validation, des obligations de mise en concurrence régulière. Si le CNES ou France Télévisions reviennent, c’est parce que le travail fourni la fois précédente justifiait de ne pas chercher ailleurs.

Cette exigence permanente a façonné une façon de travailler qui dépasse le simple savoir-faire technique. Elle m’a appris à écrire des dossiers rigoureux, à chiffrer avec précision, à respecter des contraintes contractuelles sans les subir, à livrer dans des cadres où le dépassement de budget ou de délai n’est pas une option.

Elle m’a aussi appris que la vulgarisation, scientifique, institutionnelle, culturelle, est un vrai métier. Transformer des données de recherche en récit accessible, rendre une politique publique compréhensible pour ses bénéficiaires, faire sentir en 26 minutes ce que représente le pilotage d’un vaisseau spatial depuis Toulouse : c’est un travail d’écriture, d’image et de son qui exige autant de soin qu’une fiction.