Clap de fin pour Prodigima

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Pourquoi j'ai fermé Prodigima

Les vraies raisons.

En 2025, j'ai liquidé Prodigima après 21 ans d'activité, 5 ans en association (2004-2009), 16 ans en SARL (2009-2025).

Ce n'était pas un échec. C'était un constat lucide sur un secteur qui a profondément muté.

Je prends la parole aujourd'hui parce que ce que j'ai vécu n'est pas un cas isolé. Plusieurs sociétés de production indépendantes ont fermé ces dernières années en région, dans un silence qui m'interroge. Et parce que ce qui se joue en ce moment dans la production audiovisuelle française mérite, je crois, un débat sérieux, pas un débat amer, ni nostalgique. Un débat lucide.

Ce qui a changé en 20 ans

1. La démocratisation technique
Une caméra hybride à 2 500 € filme aujourd'hui dans une qualité que les diffuseurs broadcast acceptent sans broncher. Un MacBook Pro à 2 500 € remplace une suite Avid qui en coûtait 40 000 il y a quinze ans. DaVinci Resolve, l'un des outils d'étalonnage et de montage les plus puissants du marché, est gratuit. Adobe Creative Cloud à 20 € par mois met entre les mains d'un étudiant de 19 ans la même boîte à outils que celle d'un studio professionnel.

C'est une excellente nouvelle pour la création. C'est une catastrophe pour les modèles économiques des sociétés de production qui amortissaient un parc matériel, des infrastructures, des locaux, du personnel permanent.

Pendant des années, une partie de la valeur d'une société de production tenait à sa capacité à mobiliser de l'équipement professionnel coûteux. Cette barrière à l'entrée s'est effondrée. Aujourd'hui, n'importe quel jeune diplômé motivé peut produire un film techniquement irréprochable avec 5 000 € de matériel personnel. Le différentiel ne se joue plus sur la technique. Il se joue sur la méthode, la structuration, le réseau et la capacité à porter un projet ambitieux dans la durée. Mais ce différentiel-là, il ne se voit pas dans un devis.

2. Le basculement réseaux sociaux contre broadcast

Annonceurs, institutions, marques, collectivités : tous ont massivement basculé leurs budgets de communication audiovisuelle vers les contenus courts pour Meta, TikTok, YouTube, Instagram, LinkedIn.
Le film corporate de 4 minutes à 20 000 € que je produisais il y a dix ans pour expliquer une mission scientifique ou présenter un produit a été remplacé par dix reels à 200 € chacun. Sur le papier, le budget total est similaire. Dans les faits, la chaîne de valeur n'a plus rien à voir.

Un reel, ça se tourne au smartphone, ça se monte en 2 heures sur CapCut, ça se publie depuis une chambre. Une société de production structurée, avec un studio, des permanents, un comptable, une assurance RC pro, des cotisations URSSAF, n'est tout simplement plus compétitive sur ce marché. Elle ne peut pas l'être. Et c'est normal : ce n'est pas son métier.

Le problème, c'est que ce marché-là, la communication digitale courte, a aspiré une part énorme des budgets qui finançaient autrefois la fabrication de films. Et qu'il n'a pas été remplacé par autre chose.

3. L'irruption de l'IA générative

Sora (OpenAI), Runway, Veo (Google), Kling, Pika : ces outils produisent aujourd'hui des plans qui auraient demandé hier 3 jours de tournage et une équipe de 8 personnes. Je ne suis pas technophobe, j'enseigne à Toulouse Ynov Campus, je teste, j'observe, j'utilise certains de ces outils. Mais il faut nommer ce qui se passe.

Une partie significative de la production visuelle à faible enjeu narratif, les illustrations, les inserts, les transitions, les éléments motion design, certaines incrustations, des plans de coupe, est en train d'être absorbée par des outils qui ne rémunèrent ni techniciens, ni auteurs, ni intermittents, ni cadreurs, ni chefs op, ni ingénieurs son.

Ce n'est pas l'apocalypse. Mais c'est un transfert de valeur considérable, qui se fait en dehors des cadres collectifs (conventions collectives, droits d'auteur, intermittence) qui structurent depuis 80 ans le métier en France. La question n'est pas "faut-il interdire l'IA ?", elle ne se pose pas en ces termes. La question est : comment réintégrer cette valeur dans un écosystème qui rémunère le travail humain ? Personne, à ce jour, n'y répond sérieusement.

4. La concentration et la contraction du broadcast

Les chaînes historiques ont vu leurs budgets de commande se contracter sous la pression du marché publicitaire et de la fragmentation des audiences. France Télévisions, Arte et les régions ont des cases documentaire qui se raréfient et des unités magazine qui produisent en interne ce qu'elles externalisaient autrefois.

Les plateformes (Netflix, Disney+, Prime Video, Apple TV+, Max) commandent beaucoup, et de plus en plus en France, c'est même un des rares marchés en croissance. Mais elles travaillent avec un nombre restreint de producteurs structurés, souvent parisiens, avec des track records solides en fiction longue ou en série. Les indépendants régionaux n'y ont pratiquement pas accès, sauf coproduction ponctuelle.

Le résultat est mécanique : entre la contraction des chaînes traditionnelles et la concentration des plateformes premium, l'espace économique des sociétés de production indépendantes en région s'est considérablement réduit.

Ce qui m'inquiète vraiment

Ce n'est ni l'IA, ni les plateformes, ni la mutation technique. Ces évolutions sont irréversibles, et il faut composer avec.
C'est autre chose. C'est l'atomisation du secteur en structures unipersonnelles.

De plus en plus de jeunes professionnels, souvent bien formés, sortis d'écoles sérieuses, s'installent dès la sortie en micro-entreprise, en auto-entrepreneur, parfois en portage salarial. Pour une raison simple : le marché récompense à court terme la réactivité individuelle et le coût faible. Pas l'organisation collective, qui suppose une comptabilité, des charges sociales lourdes, des salariés, une convention collective, une logique d'investissement et de prise de risque.

Le problème n'est pas qu'ils gagnent leur vie comme ça. Beaucoup le font très bien, et c'est tant mieux. Le problème, c'est ce qu'ils perdent en chemin, sans toujours en mesurer la conséquence à long terme :

L'accès aux plateaux de fiction structurés, où l'on apprend la hiérarchie d'équipe, les rythmes longs, la résolution de problèmes en temps réel
• La culture du travail en équipe pluridisciplinaire (chef op, chef déco, ingé son, scripte, régie, perchman) : un savoir-faire collectif qui ne se reconstitue pas à partir de tutoriels YouTube.
• La rencontre quotidienne avec des techniciens, chefs de poste, auteurs, réalisateurs expérimentés — c'est par cette rencontre, et seulement par elle, qu'on apprend vraiment le métier.
• L'entrée dans les systèmes de financement publics (CNC, Régions, Procirep, ANGOA, SACEM) qui exigent des structures juridiques, des track records, des partenariats producteurs.
• L'accès aux conventions collectives, à l'intermittence, aux droits sociaux qui protègent les carrières longues.
• La possibilité, tout simplement, de travailler un jour sur une vraie œuvre de cinéma ou une série pour une plateforme premium.

On ne produit pas Netflix, Disney+ ou Prime seul dans sa chambre.

On peut produire du contenu pour le boulanger du coin. C'est utile, ça nourrit son homme, ça rend service. Mais ce n'est pas le 7ᵉ art. Et le 7ᵉ art, lui, exige des équipes, des financements, de la rigueur, de la méthode, des assurances, des contrats, des droits, des intermittents, des coproductions, des festivals, des diffuseurs.

Ce sont ces structures qui meurent en silence. Et avec elles, la porte d'entrée pour toute une génération qui ne sait même plus qu'elle existait.

 

La question ouverte

Je n'ai pas la réponse complète, et je me méfie de ceux qui prétendent l'avoir. Mais je crois que le débat doit s'ouvrir, sérieusement, et qu'il doit porter sur des points précis :

• Quelle politique publique d'accès des jeunes professionnels aux plateaux de fiction et de documentaire ? Aujourd'hui, sortir d'école sans avoir mis les pieds sur un vrai tournage long est devenu courant.
• Quelle réaffirmation du rôle des sociétés de production indépendantes structurées, qui forment, transmettent, prennent des risques et portent des œuvres dans la durée ?
• Quel dialogue lucide entre les écoles, les producteurs, les diffuseurs, les institutions et les pouvoirs publics, pour cartographier ce qui est en train de se perdre, avant qu'il ne soit trop tard ?
• Comment résister aux sirènes du "vite, seul, pas cher" sans pour autant nier les évolutions réelles du marché ?
• Comment produit-on encore quelque chose de grand, collectivement, dans un écosystème qui pousse chacun vers son coin ?

 

Ma place dans tout ça ?

J'ai fermé une société. Je n'ai pas fermé le métier.

Je continue en tant que directeur de production indépendant, au service de projets ambitieux : fiction, documentaire, captation, coproduction, projets institutionnels exigeants. Avec une ligne claire qui résume pour moi 20 ans de pratique :
Défendre les œuvres indépendantes. Transmettre le métier. Porter des productions qui ont besoin d'un bras opérationnel solide pour exister.

Je continue à enseigner à Toulouse Ynov Campus parce que transmettre, c'est refuser l'isolement. Parce que mettre des étudiants en situation réelle, sur de vrais plateaux, avec de vrais professionnels, c'est aujourd'hui la mission la plus utile qu'on puisse confier à un intervenant qui a fait le terrain.

Je continue à administrer la Compagnie L'An 01 parce que le collectif culturel, ça se défend chaque jour, dans la durée, contre la fatigue et contre l'air du temps.

Et je suis plus disponible que jamais pour accompagner des producteurs, des réalisateurs, des diffuseurs, des institutions qui cherchent un partenaire opérationnel pour porter leurs projets.

Prodigima a fermé. Le travail, lui, continue. Autrement

Space Activities

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Space Activities

Audiovisuel et secteur spatial :
15 ans de productions entre Toulouse et les étoiles
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Il y a une ironie dans le fait de travailler pour le spatial depuis Toulouse. La ville est à la fois banale et extraordinaire : des façades en brique rose, des terrasses animées, le canal du Midi, et à quelques kilomètres, le Centre Spatial de Toulouse, des salles blanches où l'on assemble des satellites destinés à observer la Terre depuis l'orbite, des salles de contrôle qui communiquent avec la Station Spatiale Internationale. On vit dans la même ville que des ingénieurs qui envoient des sondes vers Mars, et la plupart des gens l'ignorent.

C'est ce décalage qui m'a d'abord frappé quand Prodigima a décroché ses premières missions pour le CNES, en 2008. Et c'est précisément ce décalage que nos productions ont toujours cherché à réduire : rendre accessible, visible, compréhensible, ce qui se passe dans ces bâtiments fermés au grand public.

Quinze ans plus tard, j'essaie de faire le bilan de ce que représente ce corpus de travail. Ce n'est pas une liste de références, c'est plutôt une tentative de raconter ce que cette pratique m'a appris, et ce qu'elle dit de la façon dont les institutions spatiales construisent, ou devraient construire, leur relation avec le monde extérieur.

Les débuts : CNES, 2008
La rencontre avec le CNES est fondatrice. Nicolas Baby et moi venons de nous croiser lors de cette première collaboration, et très vite, une conviction s'impose : le secteur spatial a des histoires extraordinaires à raconter et des outils de communication qui ne sont pas à la hauteur. Les films institutionnels sont souvent lourds, trop techniques, destinés à des pairs déjà convaincus. La vulgarisation est traitée comme un sous-genre. Le grand public, lui, est ignoré.

C'est dans cet espace-là que Prodigima s'est installé. Pas en simplifiant à outrance, mais en cherchant la bonne traduction, visuelle, narrative, émotionnelle, entre la rigueur scientifique et l'attention du spectateur lambda.

La première série produite pour le CNES, Les Métiers de l'Espace, donne le ton. L'idée : combiner humour et information technique pour donner envie aux jeunes de s'orienter vers les filières spatiales. Des films courts, accessibles, qui ne se prennent pas trop au sérieux. C'est une ligne éditoriale que nous allons défendre longtemps.

Les films projets et missions : documenter ce qui ne se voit pas

La majorité de notre travail pour le CNES appartient à une catégorie qu'on appelle les films projets ou films missions : des productions destinées à présenter un instrument, un satellite, un programme, à des publics variés, grand public, partenaires institutionnels, équipes internes, médias.

Le défi est toujours le même. Comment filmer quelque chose d'invisible ? Un instrument d'observation climatique, un radar altimétrique, une horloge atomique embarquée, ça ne ressemble à rien pour un œil non initié. Ce sont des boîtes métalliques, des câbles, des circuits imprimés. La narration doit compenser ce déficit visuel, et c'est là que le travail éditorial devient aussi important que la technique de tournage.

Sur quinze ans, nous avons produit les films de présentation de nombreuses missions :
CFOSAT - un satellite franco-chinois conçu pour mesurer les vagues et le vent à la surface des océans. Le film mêle animation 3D, voix off et montage d'images de terrain pour expliquer pourquoi cartographier les océans depuis l'espace intéresse à la fois les climatologues et les pêcheurs.
Pharao - une horloge atomique ultrastable embarquée à bord de la Station Spatiale Internationale, développée par le CNES pour tester la relativité générale en conditions orbitales. Sujet vertigineux. Film court. Le défi était de rendre compréhensible en quelques minutes pourquoi mesurer le temps avec une précision de 10⁻¹⁶ seconde depuis l'espace change quelque chose à notre compréhension de la physique fondamentale.
Microscope - un satellite dédié au test du principe d'équivalence d'Einstein. Même difficulté : le sujet est fondamental mais abstrait, le visuel est pauvre, et le public cible est large. Nous avons appris à travailler avec des animations 2D et 3D comme outil pédagogique principal, plutôt que comme décoration.
Taranis - satellite conçu pour étudier les phénomènes électromagnétiques liés aux orages depuis l'espace. Des sprites, des elfes, des jets bleus, des phénomènes que personne n'avait vus avant les années 1990 et qui portent des noms de personnages de Shakespeare. Pour le coup, la narration s'était presque écrite toute seule.
Parallèlement, nous avons produit des contenus autour du programme ATV (missions 1, 2, 4 et 5), de Jason 2, de SWOT (altimètre radar pour la mesure mondiale des eaux de surface), de MicroCarb (premier satellite européen dédié à la mesure du CO₂ atmosphérique), et de Trishna (mission thermique franco-indienne sur le cycle de l'eau). Des programmes aux enjeux très différents, mais qui partagent tous la même exigence : être racontés clairement, sans trahir la rigueur des équipes qui les portent.

La vulgarisation des instruments spatiaux : un genre à part entière

En parallèle des films missions, le CNES nous a confié la vulgarisation de plusieurs instruments embarqués. Ce sont des exercices d'écriture particuliers, quelque part entre le documentaire scientifique et l'infographie animée.

ChemCam, le spectromètre laser embarqué sur le rover Curiosity, conçu pour analyser la composition chimique des roches martiennes par télédétection laser. Le film a été produit pour une diffusion au Pavillon de l'eau de Paris, aux côtés du film sur SAM (Sample Analysis at Mars), l'instrument de chromatographie du même rover. Deux instruments, deux approches narratives, un même lieu de diffusion public.

IASI-NG - le sondeur atmosphérique infrarouge de nouvelle génération, embarqué à bord des satellites Metop-SG. Instrument critique pour la prévision météorologique et la surveillance du changement climatique. Nous avons travaillé sur l'ensemble des supports de communication du projet : animations 2D et 3D, films institutionnels, PowerPoints scientifiques, infographies, posters, en accompagnement éditorial intégré dans les équipes projet du CNES.

Déclic et Doris ont fait l'objet de traitements similaires : des films courts, didactiques, qui doivent fonctionner aussi bien dans une salle de conférence scientifique que sur un stand d'exposition grand public.

Ce travail de vulgarisation m'a appris quelque chose d'essentiel : la frontière entre "accessible au grand public" et "rigoureux pour les scientifiques" est beaucoup moins étanche qu'on ne le croit. Les meilleurs films de vulgarisation sont ceux que les chercheurs eux-mêmes trouvent justes, pas approximatifs, pas condescendants, mais simplement traduits dans une autre langue.

Le Book ATV-CC : archiver une aventure spatiale unique

En 2015, le programme ATV s'achève. Cinq vaisseaux cargo lancés entre 2008 et 2014, chacun portant le nom d'un grand savant européen, Jules Verne, Johannes Kepler, Edoardo Amaldi, Albert Einstein, Georges Lemaître. Au total, une trentaine de tonnes de fret acheminées à bord de la Station Spatiale Internationale.

Le Centre de Contrôle de l'ATV, l'ATV-CC, installé au Centre Spatial de Toulouse, est le cerveau opérationnel de ces missions depuis le sol. Un centre qui, pendant toute la durée du programme, entre dans le cercle très restreint des centres de mission accrédités pour interfacer avec l'ISS, aux côtés de Houston et de Moscou.

Quand le programme prend fin, le CNES cherche à en garder la mémoire d'une façon qui ne soit pas un simple rapport archivé. La commande nous est passée : concevoir et produire un web-documentaire interactif, de type book, compilant plusieurs années d'une aventure spatiale sans équivalent en Europe.

Le format final, 12 chapitres de 26 minutes, est une synthèse de tout ce que nous savions faire à l'époque : web-design, contenu éditorial, reportages vidéo, photographies de plateau, films, infographies. Notre équipe réalise l'intégralité de l'œuvre, du design de l'interface aux contenus eux-mêmes. Le résultat est accessible en ligne, construit pour durer, et reçu avec enthousiasme par les équipes du CNES qui y reconnaissent leur travail des dix dernières années.

C'est une des productions dont je suis le plus fier. Non pas parce qu'elle est spectaculaire, mais parce qu'elle était utile, et qu'elle l'est encore.

La série Soleil : vulgarisation astrophysique pour le CNRS LATMOS

Le CNRS LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales) nous commande une série de films de vulgarisation sur les phénomènes astrophysiques liés au Soleil, dans le cadre de la mission PICARD.

PICARD est un microsatellite lancé en 2010 pour mesurer avec une précision inédite le diamètre et l'aplatissement du Soleil, et étudier leur relation avec l'irradiance solaire et l'activité magnétique. Des questions qui semblent abstraites, mais qui touchent directement à notre compréhension du climat terrestre à long terme.

Nous produisons trois films :
Picard - présentation de la mission et de ses objectifs scientifiques.
Venus - film sur le transit de Vénus devant le Soleil, événement astronomique rare utilisé comme outil de calibration pour PICARD.
L'Aplatissement du Soleil - vulgarisation du phénomène mesuré par la mission, en motion design.

Les trois films sont produits dans un format hybride : images d'archives de la communauté spatiale sous licence Creative Commons, animations 2D créées spécifiquement pour la production, voix off écrite par notre équipe. Ils sont ensuite diffusés au Pavillon de l'eau de Paris, dans une exposition sur les instruments d'observation spatiale.

El Niño, à l'endroit et à l'envers : l'exposition interactive

La Cité de l'Espace et le Quai des Savoirs de Toulouse sollicitent Prodigima, en co-traitance avec Master Films, pour la création des contenus d'une exposition interactive sur le phénomène El Niño.

Le dispositif est ambitieux : une animation double-écran, vidéoprojetée simultanément sur le sol et sur un mur, avec un son spatialisé et une interaction entre les deux projections. Notre équipe écrit le scénario, produit les animations, et prend en charge la partie technique de diffusion.

L'exposition voyage. Après Toulouse, elle est présentée au Parque Explora de Medellín, en Colombie, l'un des musées des sciences les plus visités d'Amérique du Sud. Ce n'est pas anodin : un contenu produit à Toulouse se retrouve à expliquer le phénomène El Niño à des enfants colombiens, dans un pays directement touché par ses effets climatiques. C'est le genre de circulation qui donne du sens au travail de vulgarisation.

Médecine spatiale : le MEDES et les campagnes d'alitement

Le MEDES - Institut de Médecine et Physiologie Spatiale de Toulouse, affilié au CNES, mène des recherches biomédicales pour les vols habités. Les campagnes d'alitement consistent à confiner des volontaires en position inclinée pendant plusieurs semaines, afin de simuler les effets de l'apesanteur sur le corps humain. Les résultats alimentent directement la préparation des missions vers l'ISS, et à terme vers la Lune et Mars.

Pour valoriser ces recherches auprès de publics variés, scientifiques, institutions, grand public, le MEDES nous confie la production de vidéos de présentation et de vulgarisation. Un travail particulier, à mi-chemin entre le film médical et le documentaire scientifique, qui demande de traiter avec précision des données cliniques tout en maintenant une narration accessible.

Accompagnement éditorial intégré : quand la production devient stratégie

À partir d'un certain stade de la relation avec le CNES, le travail dépasse la production audiovisuelle au sens strict. Plusieurs missions d'observation de la Terre m'ont confié un accompagnement éditorial et stratégique directement intégré dans leurs équipes projet.

GEODES
Le portail de données spatiales du CNES. Notre mission : production et intégration du contenu éditorial (rédaction d'articles, pages statiques, traductions), intégration dans le CMS, propositions d'évolution du design et de la mise en page, dans le respect de la charte graphique CNES. Un travail éditorial au long cours, invisible mais structurant.
SWOT
Le satellite franco-américain d'altimétrie radar, lancé en décembre 2022. Pour ce projet, le rôle dépasse largement la production de contenu : j'assure le lien entre le Centre Spatial de Toulouse et les équipes américaines lors du lancement, et j'accompagne le chef de projet dans les sollicitations médiatiques avec le service presse du CNES. Une mission qui tient autant de la coordination institutionnelle que de la communication.
IASI-NG
L'accompagnement porte sur la communication interne (équipes projet) et externe (communauté scientifique, grand public) en vue du lancement. Création de l'ensemble des supports : PowerPoints scientifiques, flyers, posters de congrès, infographies, supervision des animations 2D et 3D, films projets et films missions.
MicroCarb et Trishna
Accompagnement à la communication interne, supervision de la production des éléments graphiques et audiovisuels.

Ce mode d'intervention, producteur intégré dans les équipes, pas simple prestataire externe, change la nature du travail. On comprend mieux les enjeux, les contraintes, les tensions internes. On produit des contenus plus justes parce qu'on est là depuis le début, pas seulement pour le livrable final.

Industries spatiales : Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio

Au-delà du CNES, nous avons produit des films de communication pour les industriels du secteur.
Pour Airbus, des tournages studio autour des interviews de pilotes et de météorologues, couplés à des séquences de motion design traitant de la relation entre météorologie et aviation. Une production réalisée avec Météo France, qui illustre bien la transversalité des enjeux : un avionneur, une agence météo nationale, un sujet grand public.

Pour Thales Alenia Space et Telespazio, des tournages au Centre Spatial de Toulouse, salles de contrôle, interviews d'ingénieurs, et au Centre Spatial Guyanais à Kourou. Filmer à Kourou, c'est une expérience à part. Le site est impressionnant dans sa dimension physique : l'Ensemble de Lancement Ariane, les bâtiments d'assemblage, la forêt amazonienne en arrière-plan. Il y a quelque chose d'assez vertigineux à comprendre, en filmant ce décor, que c'est d'ici que partent les satellites qu'on a filmés en salle blanche à Toulouse quelques mois plus tôt.

Pour U-Space, startup toulousaine fondée par trois ingénieurs issus du CNES, spécialisée dans les nanosatellites modulaires, ayant levé 24 millions d'euros, nous avons accompagné la construction de toute l'identité de communication depuis la création : identité graphique, site internet, stratégie LinkedIn, benchmark, plan de communication. Un suivi au long cours, depuis le stade de la startup en phase d'amorçage jusqu'à celui de l'acteur reconnu du New Space.

Plus récemment, nous travaillons pour Skynopy, startup du secteur spatial, sur des supports graphiques à destination d'une cible B2B.

Un workflow dédié aux contraintes du secteur

Travailler dans le spatial, c'est travailler dans un secteur régi par des protocoles de sécurité, de confidentialité et de souveraineté que la plupart des productions audiovisuelles ne connaissent pas. Une salle blanche n'est pas un plateau de tournage. Un satellite en cours d'assemblage n'est pas un décor. Les données de mission ne sont pas des rushes à stocker sur un disque dur grand public.

Au fil des années, Prodigima a développé un processus de production entièrement adapté à ces contraintes : habilitation des équipes pour les accès aux sites sensibles, protocoles de gestion sécurisée des données, solutions de stockage et de transfert conformes aux standards du secteur, adaptabilité aux exigences spécifiques de chaque client.

Ce n'est pas un argument marketing. C'est une compétence opérationnelle qui s'acquiert sur le terrain, et qui conditionne la capacité à travailler dans des environnements où une erreur de protocole peut avoir des conséquences réelles.

Les accords-cadres : une relation structurée dans la durée

La dimension contractuelle de cette activité mérite d'être mentionnée, parce qu'elle dit quelque chose de la relation de confiance construite avec ces institutions.

Plusieurs accords-cadres organisent notre collaboration au long cours avec le secteur spatial :

CNES
Production audiovisuelle et communication, couvrant les projets ATV-CC, IASI-NG, SWOT, MicroCarb, Trishna, GEODES et le service communication.
Cité de l'Espace
Production audiovisuelle.
U-Space
Production audiovisuelle et support de communication.

Un accord-cadre, dans les marchés publics français, n'est pas un contrat ordinaire. C'est une procédure de mise en concurrence remportée, une qualification technique et financière reconnue, un engagement réciproque sur la durée. En avoir plusieurs dans le secteur spatial, c'est la démonstration que la relation n'est pas ponctuelle mais structurelle.

Ce que ce travail m'a appris

Quinze ans de productions pour le spatial, c'est un apprentissage continu, pas seulement sur les techniques audiovisuelles, mais sur la façon dont la science se raconte, dont les institutions communiquent, dont le savoir se transmet.

J'ai appris qu'un chercheur qui explique son travail à un enfant de dix ans est souvent plus précis qu'en parlant à ses pairs, parce que l'obligation de simplifier force à aller à l'essentiel. J'ai appris que les meilleures images d'un satellite ne sont jamais les images du satellite lui-même, mais celles des gens qui le construisent, qui le contrôlent, qui attendent les données qu'il renvoie. J'ai appris que le Centre Spatial Guyanais, vu depuis la forêt, ressemble à un décor de film de science-fiction, et que cette impression est exactement celle qu'il faut filmer, parce qu'elle dit la vérité de ce qui se passe là.

Et j'ai appris que Toulouse, finalement, est extraordinaire.

Studio 80

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Studio 80

16 ans d'un plateau toulousain qui a vu passer beaucoup de monde.

Entre 2009 et 2025, Prodigima a exploité un studio de tournage au numéro 80 d'une rue du quartier Bonnefoy, à deux pas de la gare Matabiau, à Toulouse. D'où son nom : Studio 80. Rien à voir avec sa surface ; le plateau, lui, faisait 70 m². Le « 80 », c'est l'adresse.

16 ans d'exploitation continue. Des centaines de tournages. Un outil que j'ai pensé, équipé, exploité, ouvert aux autres et finalement transmis. Un lieu où je suis passé presque tous les jours pendant 16 ans, et qui résume, à lui seul, beaucoup de ce que Prodigima aura été.

Pourquoi un studio à Toulouse, en 2009 ?

À l'époque, l'offre de plateaux de tournage à Toulouse était limitée. Les productions toulousaines partaient régulièrement louer des studios à Bordeaux, Montpellier ou Paris, faute de plateau correctement équipé sur place. Quand on a trouvé ce local quartier Bonnefoy, un volume généreux, avec un accès véhicules, une hauteur sous plafond exploitable et la possibilité d'une amenée triphasée, la décision a été simple.
Ouvrir un studio, c'était deux choses à la fois : un outil de production interne pour Prodigima, et un service à la communauté audiovisuelle locale. Un studio qu'on garde pour soi, ça ne tient pas économiquement. Un studio qu'on ouvre, ça structure un écosystème.

Ce qu'était ce studio, techniquement

Le Studio 80 a été pensé pour répondre à la majorité des besoins de tournage hors décors naturels :

Plateau de 70 m², soit environ 350 m³ de volume utile, hauteur sous plafond confortable
Cyclo vert/bleu sur 35 m² pour les incrustations, clé du succès du studio sur les usages corporate et institutionnels
Noir total possible — murs, plafond et système d'occultation complets
Balcon de prise de vue en hauteur pour placements caméra plongée et points de vue alternatifs
Alimentation triphasée — Tétra 2 × 32A, suffisante pour des installations lumière complètes
Climatisation réversible, un confort essentiel pour des tournages en été toulousain
Accès privé chargement/déchargement de plain-pied, suffisamment large pour faire entrer voitures et motos sur le plateau
Loge avec WC et douche
Fibre dédiée symétrique et vidéosurveillance 24/7

Le studio était officiellement référencé au Bureau d'accueil des tournages de Toulouse (Toulouse Tournages) ainsi que chez Occitanie Films dans la liste des plateaux régionaux. Prodigima était également signataire de la Charte Écoprod depuis 2020, un engagement qu'on a tenu jusqu'au bout, dans le choix des fournisseurs comme dans la gestion énergétique du lieu.

Ce qu'on y a tourné

Fiction
Plusieurs scènes de courts-métrages produits ou coproduits par Prodigima ont été tournées sur le plateau, en décors construits ou en incrustation cyclo. C'est là qu'on faisait monter les décorateurs, les chefs déco, qu'on construisait des micro-univers le temps de quelques jours, qu'on partait en repérage virtuel avant tournage.

Clips musicaux
Plusieurs clips ont été produits et/ou accueillis dans le studio, pour des labels indépendants toulousains, des artistes en développement, des productions invitées. Le cyclo et la possibilité de noir total en faisaient un lieu particulièrement adapté à l'esthétique clip, où l'on travaille beaucoup avec des fonds graphiques ou abstraits.

Publicité, corporate et institutionnel
C'est sans doute l'usage qui a le plus rempli le studio sur 16 ans : des centaines de prises de parole sur cyclo d'incrustation, pour des clients institutionnels et privés. Parmi eux : le CNES (formats récurrents) / Airbus / Météo France / U-Space / Delair / TBR / Université Toulouse Capitole / Cité de l'Espace / Les Terroirs du Chef

Ces tournages, qui peuvent paraître modestes vus de l'extérieur, ont représenté une part essentielle de l'activité du studio, et un savoir-faire spécifique : éclairer un cyclo pour incrustation propre, diriger un intervenant non comédien, livrer dans la journée des rushes prêts pour la postproduction.
Séries de vulgarisation pour le CNES
Plusieurs formats de séries de vulgarisation scientifique pour le CNES ont été tournés au Studio 80, avec décors construits, animateurs et plateau récurrent. C'est un usage exigeant : on n'est plus dans la prise de parole simple, on est dans la fabrication d'un véritable plateau TV, avec ses contraintes de continuité, d'éclairage, de raccord et de rythme.
Anecdotes — ce qu'un studio voit passer en 16 ans

Du fumigène, beaucoup de fumigène, pour les effets d'ambiance, au point qu'il fallait régulièrement aérer plusieurs heures avant la séance suivante
Des véhicules qu'on faisait rentrer sur le plateau pour tourner avec : voitures, motos, parfois des objets plus inattendus
Des youtubeurs et streameurs invités pour des formats spéciaux, dont Zerator, qui a été l'invité principal d'une émission lui étant dédiée et tournée intégralement dans le studio
Un partenariat avec Toulouse Ynov Campus pour permettre aux étudiants de la filière audiovisuel de venir y tourner leurs projets de fin d'études, un geste de transmission auquel je tenais.

Un studio ouvert aux autres productions

Le Studio 80 n'était pas réservé à Prodigima. Il a été régulièrement loué à d'autres sociétés de production et agences de communication régionales ou nationales : Agence Novo / Master Films / Chaprod / LCD Vision / Plusieurs labels musicaux...

Cette ouverture a été un choix structurant. D'abord parce qu'un studio comme celui-là, économiquement, ne tient pas si on le garde pour soi : la rentabilité passe par un taux d'occupation élevé. Ensuite, et surtout, parce qu'un outil, ça vit en circulant. Voir d'autres équipes investir le lieu, c'était à chaque fois apprendre quelque chose, croiser des méthodes, tisser des relations professionnelles qui ont nourri Prodigima sur la durée.

L'agence, c'était aussi 3 salles de post-production

Le Studio 80 ne se limitait pas au plateau. Dans le même bâtiment, Prodigima disposait d'un pôle post-production intégré, pensé comme la suite logique du plateau :

3 salles de montage - 12 m², 20 m², 36 m² (cette dernière en open space)
7 stations Mac Pro équipées Final Cut Pro X, Avid Media Composer, Adobe Creative Cloud
Monitoring audio professionnel et monitoring vidéo 4K
Climatisation, double vitrage, sièges ergonomiques
Salle de réunion équipée vidéoprojecteur, coin café à l'étage

Cet ensemble plateau + post-prod faisait du Studio 80 un véritable tout-en-un : on pouvait y commencer un projet par un brief client, y tourner les plans le lendemain, monter dans la foulée et livrer un PAD une semaine plus tard, sans jamais sortir du quartier Bonnefoy.
C'est une logique d'agence intégrée qui a longtemps été une vraie force commerciale, et qui correspondait à ce que cherchaient nos clients institutionnels : un interlocuteur unique, un lieu unique, une équipe unique, du brief à la livraison.

Ce que je retiens de ce lieu

Un studio, ce n'est pas que des mètres carrés et du matériel. C'est un lieu de travail collectif. Des équipes qui se croisent, s'entraident, se recommandent. Des étudiants qui découvrent un plateau pour la première fois et comprennent ce que veulent dire « régie », « plateau », « contre-jour ». Des clients qui reviennent parce qu'ils s'y sentent chez eux. Des techniciens intermittents qui y ont fait leurs premières heures et y ont construit, parfois, leurs premières années de carrière.

Le Studio 80 a fermé avec Prodigima en 2025. Les équipements sont partis, les murs aussi. Mais ce qui se construit dans ce genre de lieu, les liens, la méthode, les habitudes de travail, la culture professionnelle partagée, ça, ça ne se démonte pas.

C'est ce que j'emporte avec moi dans la suite.

Documentaires

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Produire le documentaire

Trois projets, trois univers, une même exigence

Il y a un poste dans la chaîne de fabrication d'un film documentaire qu'on ne voit presque jamais à l'écran. Un poste qui n'apparaît ni dans les bandes-annonces, ni dans les articles de presse, ni dans les conversations de festival. C'est pourtant celui sans lequel rien n'existe : le directeur de production.

C'est lui qui transforme une intention artistique en réalité concrète. Qui monte les dossiers de financement, négocie avec les diffuseurs et les partenaires institutionnels, organise la logistique de tournage, gère les équipes, les plannings, les budgets, les imprévus, et livre un programme conforme aux normes techniques de diffusion. Un travail de l'ombre, à la croisée de la gestion de projet, du droit audiovisuel et de la diplomatie permanente.

J'ai occupé cette fonction sur trois projets documentaires produits par Prodigima, la société que j'ai fondée et dirigée de 2009 à 2025. Trois projets radicalement différents dans leur sujet, leur format et leur économie, mais traversés par un même fil : raconter des territoires, des savoir-faire et des êtres humains qui résistent, ou qui innovent.

Food Markets
Ne laisse jamais la baraque
Book ATV-CC

🍷 Dans le ventre de Toulouse

Documentaire · 43 minutes · 2015
Réalisation : Stefano Tealdi & Nicolas Baby
Co-production : Stefilm International (Turin), Ma.Ja.De Filmproduktion (Allemagne), Prodigima (Toulouse)
Diffuseurs : ARTE, ZDF, RAI
Site ARTE : https://distribution.arte.tv/fiche/IN_THE_BELLY_OF_THE_CITY

Ce film est un épisode de la série documentaire internationale Food Markets – In the Belly of the City, créée et portée par le producteur italien Stefano Tealdi via sa société turinoise Stefilm International. Le concept est aussi simple que redoutablement efficace : chaque épisode plonge dans le marché couvert d'une grande ville européenne pour en révéler l'identité culinaire, les producteurs, les artisans et les traditions gastronomiques qui font battre le cœur d'une région. La série, qui compte à ce jour plus de vingt épisodes, de Florence à Riga, de Zagreb à Fribourg, a été récompensée du prix du meilleur programme international aux US Taste Awards 2014 et diffusée dans le monde entier.

L'épisode toulousain, co-réalisé par Stefano Tealdi et Nicolas Baby, nous fait pénétrer dans le marché couvert Victor Hugo, véritable institution de la Ville rose. On y découvre les trésors de la gastronomie du Sud-Ouest : le jambon de porc noir de Bigorre, les truffes noires du Quercy, le Rocamadour, le confit de canard, le foie gras, et bien sûr le haricot tarbais, ingrédient roi du cassoulet. Le chef étoilé Michel Sarran y livre ses secrets et sa vision de ce que représente le « ventre » de Toulouse. On visite une cave d'affinage inattendue, on croise les poissonniers les plus attachants de la ville, et on découvre un concept de restauration rapide de qualité exclusivement fondé sur des produits locaux et traditionnels.

Pour Prodigima, ce projet représentait un défi de production particulier : s'insérer dans une mécanique de co-production européenne à trois pays (Italie, Allemagne, France), respecter une « bible de production et de montage » commune à l'ensemble de la série, garante de la cohérence éditoriale entre les épisodes, tout en assurant la coordination locale des tournages à Toulouse et dans les exploitations environnantes. Un exercice d'équilibriste entre exigences internationales et ancrage territorial. Le résultat parle de lui-même : l'épisode est aujourd'hui noté 8.3/10 sur IMDb et continue d'être rediffusé régulièrement sur ARTE.

🎪 Ne laisse jamais la baraque

Documentaire · 52 minutes · 2017
Réalisation : Vladimir Kozlov
Production : Prodigima – France Télévisions
Diffusion : France 3 Occitanie (première diffusion le lundi 22 janvier 2018, après le Grand Soir 3)
Soutiens : Région Occitanie, Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), Procirep – Société des Producteurs, ANGOA, Gindou Cinéma, SACEM
Voix off : François-Henri Soulié

« Ne laisse jamais la baraque. » Ce sont les derniers mots d'un grand-père à son petit-fils. Un testament oral, une injonction lancée depuis le fond d'une tradition vieille de plusieurs siècles.

Ce film raconte l'histoire de Jean Durozier (1922–2011), comédien, metteur en scène et fondateur du Théâtre Populaire en Occitanie (T.P.O.) en 1966. Durozier n'était pas n'importe quel homme de théâtre : il était l'héritier de cinq générations de comédiens ambulants, dont les ancêtres, au XVIIIe siècle, étaient déjà musiciens, comédiens et « artistes d'agilités » sur les routes de France. Personnalité mythique de la vie culturelle montalbanaise et du Tarn-et-Garonne, il a sillonné le Gers, berceau de sa compagnie, Midi-Pyrénées et le grand Sud-Ouest pendant des décennies, portant le théâtre de tréteaux dans les villages les plus reculés.

Dans les années 1930, le théâtre itinérant français connaissait encore un essor considérable, avec près de 200 compagnies qui sillonnaient les routes du pays. Vingt ans plus tard, la modernisation et la télévision ont tout balayé. Les compagnies ambulantes se sont sédentarisées ou ont disparu dans l'indifférence la plus totale. Durozier, lui, a résisté. Il est devenu, jusqu'en 2002, le dernier saltimbanque, le dernier à maintenir la « baraque » debout.

Le réalisateur Vladimir Kozlov est lui-même un personnage hors du commun. Né en 1956 à Minsk, formé au prestigieux VGIK (Institut national de la cinématographie de Moscou), il a été pendant treize ans assistant réalisateur aux studios Belarusfilm et Mosfilm, travaillant notamment sur le film Requiem pour un massacre d'Elem Klimov, Grand prix du Festival de Moscou 1985 et œuvre majeure du cinéma soviétique. En 1992, Kozlov s'installe en France et rejoint… le Théâtre Populaire d'Occitanie. C'est là, auprès de Durozier, qu'il découvre un esprit humaniste, familial et convivial. Pendant 12 ans, il travaille avec la troupe, parcourant les endroits les plus isolés de France. Comme il le dit lui-même : « J'y ai découvert une France cordiale, fraternelle et désintéressée, une France humaine. »

Le documentaire mêle images d'archives, témoignages de Jean Durozier et de ses proches, et les talents narratifs de Kozlov pour dresser le portrait du théâtre ambulant français, de ses années de gloire jusqu'à son déclin. Le film interroge le spectateur sur la valeur de la culture théâtrale populaire, du métier de comédien et de sa place dans une société où les ressources du divertissement semblent inépuisables. Conté par la voix de François-Henri Soulié, c'est un devoir de mémoire autant qu'un dernier lever de rideau.

Le film a été sélectionné au 23ème Festival international du documentaire "Meetings in Siberia" en Russie et au Aegean Docs International Documentary Film Festival en Grèce, et a fait l'objet de projections événementielles en Occitanie, notamment au Château-Musée Marcel Lenoir de Montricoux.

Produire ce film signifiait construire un plan de financement multi-partenarial complexe, six soutiens institutionnels en plus du diffuseur France Télévisions, accompagner un réalisateur au parcours atypique dans ses choix narratifs, et assurer la fabrication d'un 52 minutes aux normes broadcast tout en préservant l'intimité et l'authenticité du propos.

🚀 Book ATV-CC

Web-documentaire · 12 × 26 minutes · 2015
Réalisation : Laura Ribes Leal & Patrice Bennaroche
Production : Prodigima
Commanditaire : CNES (Centre National d'Études Spatiales)
Diffusion : cnes.fr

Ce projet se situe à la frontière entre documentaire, archive multimédia et objet éditorial interactif. Commandité par le CNES, il se présente sous la forme d'un « livre interactif » (book web) retraçant l'intégralité de l'aventure du centre de contrôle du vaisseau spatial ATV, l'ATV-CC, basé au Centre Spatial de Toulouse.

L'ATV (Automated Transfer Vehicle) était le vaisseau cargo européen conçu par l'ESA pour ravitailler la Station Spatiale Internationale. De forme cylindrique, long de 10 mètres pour 4,5 mètres de diamètre, il était capable de transporter jusqu'à 8 tonnes de matériel, oxygène, carburant, eau potable, vivres, équipements scientifiques, et de s'amarrer de manière autonome à l'ISS. Le centre de contrôle toulousain, confié au CNES par décision du conseil de l'ESA en décembre 1998, opérait en interface directe avec les centres de Houston (NASA) et de Moscou (Roscosmos), faisant de Toulouse l'un des rares points névralgiques des opérations de la Station Spatiale dans le monde.

Cinq missions ATV se sont succédé : Jules Verne (2008), Johannes Kepler (2011), Edoardo Amaldi (2012), Albert Einstein (2013) et Georges Lemaître (2014). Le web-documentaire compile les témoignages, reportages, photographies, infographies et films accumulés au fil de ces missions pour offrir un récit à la fois humain et technique de cette aventure spatiale européenne, vue par les yeux de celles et ceux qui l'ont vécue de l'intérieur.

L'équipe de Prodigima a conçu et réalisé l'intégralité de l'œuvre : web-design, direction artistique, tournages des interviews, production des contenus graphiques et éditoriaux, intégration technique. Le résultat est un objet patrimonial durable, un recueil d'expériences personnelles et professionnelles à lire, écouter et regarder, accessible sur le site du CNES.

Ce projet illustre une facette moins visible mais essentielle de mon travail de producteur : la capacité à répondre à des commandes institutionnelles de haut niveau, à proposer des formats éditoriaux innovants et à piloter des équipes pluridisciplinaires (réalisateurs, développeurs web, graphistes, monteurs) dans un environnement où la rigueur scientifique et la conformité institutionnelle ne sont pas négociables.

Ce qui relie ces trois projets

Un marché couvert du centre de Toulouse. Des routes de campagne du Sud-Ouest. Un centre de contrôle spatial opérant en liaison avec Houston et Moscou. Trois territoires qui n'ont rien en commun, sinon un même besoin : être racontés avec justesse et portés par une production solide.

Dans chaque cas, le travail de directeur de production a consisté à assembler des financements multi-partenaires, qu'ils soient européens, nationaux ou institutionnels,, à coordonner des co-productions impliquant des structures de tailles et de cultures très différentes, à gérer la logistique de tournages parfois complexes, et à livrer des programmes conformes aux exigences techniques et éditoriales de diffuseurs aussi variés qu'ARTE, France 3 ou le CNES.

C'est un métier de l'ombre, à la fois très concret et profondément engagé. Un métier où la rigueur de gestion n'a de sens que si elle est mise au service d'un propos artistique ou éditorial fort. Et c'est précisément cet équilibre qui, depuis plus de vingt ans, continue de me motiver.

👉 gaboriaud.net

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Marchés publics

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Marchés publics, accords cadres et grands comptes

Quinze ans de productions pour les institutions qui exigent le meilleur

Il existe une forme de production audiovisuelle dont on parle peu, parce qu'elle ne fait pas les couvertures et ne remporte pas de prix au Festival de Cannes. Elle se déroule dans des couloirs d'établissements publics, dans des amphithéâtres de recherche, dans des salles de conférence d'agences spatiales. Elle mobilise les mêmes compétences, écriture, image, son, post-production, mais dans un cadre contractuel qui ne pardonne pas l'improvisation.
C'est une grande partie de ce que j'ai fait pendant quinze ans à la tête de Prodigima.

Répondre à un appel d'offres public : un métier dans le métier

Avant de produire un seul plan, il faut gagner le marché. Et pour les institutions publiques, cela signifie passer par un processus rigoureux : lecture attentive du cahier des charges, analyse du besoin réel derrière les formulations administratives, chiffrage précis de la production, rédaction d'une offre technique et financière cohérente, respect des délais de soumission.
Ce travail préparatoire ne se voit jamais à l'écran. Il conditionne pourtant tout ce qui vient ensuite.

Chez Prodigima, j'ai appris à lire les appels d'offres comme d'autres lisent des scénarios, en cherchant ce qui n'est pas écrit, en identifiant les vrais enjeux sous les intitulés génériques, en anticipant les contraintes opérationnelles que le commanditaire n'a pas encore formulées. Une université qui demande un film de vulgarisation sur ses travaux de recherche ne parle pas seulement de contenu : elle parle de valorisation institutionnelle, de recrutement, parfois de relations publiques avec ses financeurs. Comprendre ça, c'est déjà produire mieux.

CNES - Le Centre National d'Études Spatiales

Le CNES est sans doute la relation institutionnelle la plus exigeante et la plus stimulante de mon parcours. Travailler pour l'agence spatiale française, c'est produire des contenus qui doivent à la fois être scientifiquement rigoureux, accessibles à un public large, et conformes aux exigences de communication d'un établissement sous tutelle ministérielle.
Les différents marchés et accords cadres couvraient la production audiovisuelle et la communication pour divers projets spatiaux, ainsi que pour le service de communication interne et externe de l'agence.
Le projet le plus emblématique de cette collaboration reste la couverture des opérations de l'ATV-CC,, consacré au support en communication de l'ATV Control Centre de Toulouse, le centre de mission qui a piloté les opérations du vaisseau cargo spatial ATV de l'ESA vers la Station Spatiale Internationale. Un programme unique en Europe, qui a représenté une fierté technologique et humaine considérable pour Toulouse et pour le CNES.

Le défi de ce projet était double : rendre accessible une réalité technique extrêmement complexe, tout en respectant la sensibilité institutionnelle et les contraintes de communication d'une agence gouvernementale. Douze épisodes, des dizaines d'intervenants, un format multimédia combinant témoignages, archives et narration, produit avec la précision que ce type de partenaire impose.

Ma collaboration avec le CNES ne s'est pas limitée à ce projet. Elle a inclus des captations multi-caméra pour des conférences et événements à Toulouse et à Paris, ainsi que des missions de terrain pour la communication autour des campagnes de ballons stratosphériques tout autour du monde.

Cité de l'Espace - La Semeccel

La Cité de l'Espace, gérée par la Semeccel, est l'un des sites culturels et scientifiques les plus fréquentés d'Occitanie. L'accord cadre portait sur la production audiovisuelle pour ce lieu d'exception, un lieu où le contenu doit fonctionner pour des publics radicalement différents : scolaires, familles, passionnés d'astronomie, touristes internationaux.

J'ai par exemple travaillé sur le développement de l'exposition El Niño, à l'endroit à l'envers, en collaboration avec Master Films et la Semeccel, un projet qui mêlait direction artistique, conception de contenus audiovisuels et intégration dans un dispositif d'exposition muséographique. Une prestation qui dépasse le simple "film de commande" pour entrer dans la conception d'expérience.

France Télévisions - Post-production image et son

L'accord cadre avec France Télévisions portait sur la post-production image et son. Pour un prestataire audiovisuel, intégrer la chaîne de fabrication d'un diffuseur national exige une maîtrise technique sans faille : workflows normalisés, respect des formats de diffusion, exigences de conformité technique qui ne souffrent aucun écart.

Ce type de collaboration est peu visible au générique. Elle est pourtant fondatrice, parce qu'elle impose une discipline industrielle que beaucoup de petites structures de production n'ont pas à acquérir. Chez Prodigima, elle a renforcé ma capacité à opérer avec des équipes de post-production professionnelles, sur des formats et des délais imposés par la grille d'un diffuseur national.

Ma relation avec France Télévisions s'est également manifestée à travers la production de documentaires diffusés sur France 3 Occitanie, notamment Ne laisse jamais la baraque (52 minutes, réalisation Vladimir Kozlov), une plongée dans l'histoire du Théâtre Populaire d'Occitanie et un portrait du dernier théâtre ambulant du sud-ouest. Le film a bénéficié du soutien de la Région Occitanie, du CNC, de la Procirep-Angoa et de la SACEM, et a été sélectionné au Festival International du Documentaire de Sibérie.

U-Space - Production audiovisuelle et communication

L'accord cadre avec U-Space, acteur de l'innovation dans l'économie spatiale, couvrait la production audiovisuelle et le support de communication. Un type de mission qui combine la capacité à produire des contenus techniques de qualité et à les intégrer dans une stratégie de communication plus large, institutional branding, valorisation de projets R&D, diffusion auprès d'investisseurs et de partenaires institutionnels.

Le portefeuille public : recherche, santé, universités

Au-delà de ces quatre accords cadres, j'ai produit des centaines de productions pour un ensemble d'établissements publics, ce qui reflète la diversité de mes compétences.

Dans la recherche et l'enseignement supérieur, j'ai collaboré avec le CNRS, l'INRA, l'INSERM, l'Université Toulouse-1 Capitole, l'Université Toulouse-3 Paul Sabatier, Toulouse School of Economics, l'ICAM, Météo France et la Région Occitanie pour des productions de vulgarisation scientifique, des films institutionnels, des captations de colloques et de conférences.

Chacun de ces commanditaires a ses propres contraintes : un laboratoire de recherche veut valoriser ses travaux auprès du grand public sans trahir la rigueur scientifique ; une université veut attirer des étudiants et des partenaires sans ressembler à une brochure commerciale ; une collectivité territoriale veut raconter ses politiques publiques avec un niveau d'exigence que la simple communication politique ne permet pas.

Dans la santé publique, j'ai produit des contenus très variés pour le CHU de Toulouse, l'ARS Occitanie, et la CPAM, des institutions pour lesquelles le contenu audiovisuel est un outil de service public, avec tout ce que cela implique en termes de sensibilité des sujets traités et de validation des messages par des équipes médicales et juridiques.
Au total, ce sont plusieurs centaine de productions audiovisuelles et institutionnelles réalisées dans ce cadre public et grands comptes, films de vulgarisation, captations multi-caméra, web-documentaires, conférences hybrides, contenus d'exposition.

Pour Dans le ventre de Toulouse (43 minutes, co-production avec Stefilm International), j'ai produit un documentaire diffusé sur ARTE, RAI1 et ZDF, une coproduction internationale qui exige de maîtriser les attentes éditoriales de trois diffuseurs publics européens simultanément.

Les grands comptes privés : même rigueur, autre terrain

Le cadre contractuel du secteur privé impose des exigences différentes mais tout aussi élevées. Nos clients grands comptes ont inclus Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio, Hewlett Packard, U-Space ou encore le MEDES – Institut de Médecine et de Physiologie Spatiales, Columbia University of New York, Toulouse Business School, et la Société Chimique de France.
J'ai notamment assuré la direction de captations multi-caméra lors de présentations publiques à Paris, des événements où la régie en direct ne donne pas droit à l'erreur.

Ce que cette expérience construit réellement

Il y a quelque chose que l'on comprend seulement en travaillant longtemps avec des institutions publiques : elles ne renouvellent pas une collaboration par inertie. Elles ont des procédures, des comités de validation, des obligations de mise en concurrence régulière. Si le CNES ou France Télévisions reviennent, c'est parce que le travail fourni la fois précédente justifiait de ne pas chercher ailleurs.

Cette exigence permanente a façonné une façon de travailler qui dépasse le simple savoir-faire technique. Elle m'a appris à écrire des dossiers rigoureux, à chiffrer avec précision, à respecter des contraintes contractuelles sans les subir, à livrer dans des cadres où le dépassement de budget ou de délai n'est pas une option.

Elle m'a aussi appris que la vulgarisation, scientifique, institutionnelle, culturelle, est un vrai métier. Transformer des données de recherche en récit accessible, rendre une politique publique compréhensible pour ses bénéficiaires, faire sentir en 26 minutes ce que représente le pilotage d'un vaisseau spatial depuis Toulouse : c'est un travail d'écriture, d'image et de son qui exige autant de soin qu'une fiction.