Documentaires
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Produire le documentaire
Trois projets, trois univers, une même exigence
Il y a un poste dans la chaîne de fabrication d'un film documentaire qu'on ne voit presque jamais à l'écran. Un poste qui n'apparaît ni dans les bandes-annonces, ni dans les articles de presse, ni dans les conversations de festival. C'est pourtant celui sans lequel rien n'existe : le directeur de production.
C'est lui qui transforme une intention artistique en réalité concrète. Qui monte les dossiers de financement, négocie avec les diffuseurs et les partenaires institutionnels, organise la logistique de tournage, gère les équipes, les plannings, les budgets, les imprévus, et livre un programme conforme aux normes techniques de diffusion. Un travail de l'ombre, à la croisée de la gestion de projet, du droit audiovisuel et de la diplomatie permanente.
J'ai occupé cette fonction sur trois projets documentaires produits par Prodigima, la société que j'ai fondée et dirigée de 2009 à 2025. Trois projets radicalement différents dans leur sujet, leur format et leur économie, mais traversés par un même fil : raconter des territoires, des savoir-faire et des êtres humains qui résistent, ou qui innovent.



🍷 Dans le ventre de Toulouse
Documentaire · 43 minutes · 2015
Réalisation : Stefano Tealdi & Nicolas Baby
Co-production : Stefilm International (Turin), Ma.Ja.De Filmproduktion (Allemagne), Prodigima (Toulouse)
Diffuseurs : ARTE, ZDF, RAI
Site ARTE : https://distribution.arte.tv/fiche/IN_THE_BELLY_OF_THE_CITY
Ce film est un épisode de la série documentaire internationale Food Markets – In the Belly of the City, créée et portée par le producteur italien Stefano Tealdi via sa société turinoise Stefilm International. Le concept est aussi simple que redoutablement efficace : chaque épisode plonge dans le marché couvert d'une grande ville européenne pour en révéler l'identité culinaire, les producteurs, les artisans et les traditions gastronomiques qui font battre le cœur d'une région. La série, qui compte à ce jour plus de vingt épisodes, de Florence à Riga, de Zagreb à Fribourg, a été récompensée du prix du meilleur programme international aux US Taste Awards 2014 et diffusée dans le monde entier.
L'épisode toulousain, co-réalisé par Stefano Tealdi et Nicolas Baby, nous fait pénétrer dans le marché couvert Victor Hugo, véritable institution de la Ville rose. On y découvre les trésors de la gastronomie du Sud-Ouest : le jambon de porc noir de Bigorre, les truffes noires du Quercy, le Rocamadour, le confit de canard, le foie gras, et bien sûr le haricot tarbais, ingrédient roi du cassoulet. Le chef étoilé Michel Sarran y livre ses secrets et sa vision de ce que représente le « ventre » de Toulouse. On visite une cave d'affinage inattendue, on croise les poissonniers les plus attachants de la ville, et on découvre un concept de restauration rapide de qualité exclusivement fondé sur des produits locaux et traditionnels.
Pour Prodigima, ce projet représentait un défi de production particulier : s'insérer dans une mécanique de co-production européenne à trois pays (Italie, Allemagne, France), respecter une « bible de production et de montage » commune à l'ensemble de la série, garante de la cohérence éditoriale entre les épisodes, tout en assurant la coordination locale des tournages à Toulouse et dans les exploitations environnantes. Un exercice d'équilibriste entre exigences internationales et ancrage territorial. Le résultat parle de lui-même : l'épisode est aujourd'hui noté 8.3/10 sur IMDb et continue d'être rediffusé régulièrement sur ARTE.
🎪 Ne laisse jamais la baraque
Documentaire · 52 minutes · 2017
Réalisation : Vladimir Kozlov
Production : Prodigima – France Télévisions
Diffusion : France 3 Occitanie (première diffusion le lundi 22 janvier 2018, après le Grand Soir 3)
Soutiens : Région Occitanie, Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), Procirep – Société des Producteurs, ANGOA, Gindou Cinéma, SACEM
Voix off : François-Henri Soulié
« Ne laisse jamais la baraque. » Ce sont les derniers mots d'un grand-père à son petit-fils. Un testament oral, une injonction lancée depuis le fond d'une tradition vieille de plusieurs siècles.
Ce film raconte l'histoire de Jean Durozier (1922–2011), comédien, metteur en scène et fondateur du Théâtre Populaire en Occitanie (T.P.O.) en 1966. Durozier n'était pas n'importe quel homme de théâtre : il était l'héritier de cinq générations de comédiens ambulants, dont les ancêtres, au XVIIIe siècle, étaient déjà musiciens, comédiens et « artistes d'agilités » sur les routes de France. Personnalité mythique de la vie culturelle montalbanaise et du Tarn-et-Garonne, il a sillonné le Gers, berceau de sa compagnie, Midi-Pyrénées et le grand Sud-Ouest pendant des décennies, portant le théâtre de tréteaux dans les villages les plus reculés.
Dans les années 1930, le théâtre itinérant français connaissait encore un essor considérable, avec près de 200 compagnies qui sillonnaient les routes du pays. Vingt ans plus tard, la modernisation et la télévision ont tout balayé. Les compagnies ambulantes se sont sédentarisées ou ont disparu dans l'indifférence la plus totale. Durozier, lui, a résisté. Il est devenu, jusqu'en 2002, le dernier saltimbanque, le dernier à maintenir la « baraque » debout.
Le réalisateur Vladimir Kozlov est lui-même un personnage hors du commun. Né en 1956 à Minsk, formé au prestigieux VGIK (Institut national de la cinématographie de Moscou), il a été pendant treize ans assistant réalisateur aux studios Belarusfilm et Mosfilm, travaillant notamment sur le film Requiem pour un massacre d'Elem Klimov, Grand prix du Festival de Moscou 1985 et œuvre majeure du cinéma soviétique. En 1992, Kozlov s'installe en France et rejoint… le Théâtre Populaire d'Occitanie. C'est là, auprès de Durozier, qu'il découvre un esprit humaniste, familial et convivial. Pendant 12 ans, il travaille avec la troupe, parcourant les endroits les plus isolés de France. Comme il le dit lui-même : « J'y ai découvert une France cordiale, fraternelle et désintéressée, une France humaine. »
Le documentaire mêle images d'archives, témoignages de Jean Durozier et de ses proches, et les talents narratifs de Kozlov pour dresser le portrait du théâtre ambulant français, de ses années de gloire jusqu'à son déclin. Le film interroge le spectateur sur la valeur de la culture théâtrale populaire, du métier de comédien et de sa place dans une société où les ressources du divertissement semblent inépuisables. Conté par la voix de François-Henri Soulié, c'est un devoir de mémoire autant qu'un dernier lever de rideau.
Le film a été sélectionné au 23ème Festival international du documentaire "Meetings in Siberia" en Russie et au Aegean Docs International Documentary Film Festival en Grèce, et a fait l'objet de projections événementielles en Occitanie, notamment au Château-Musée Marcel Lenoir de Montricoux.
Produire ce film signifiait construire un plan de financement multi-partenarial complexe, six soutiens institutionnels en plus du diffuseur France Télévisions, accompagner un réalisateur au parcours atypique dans ses choix narratifs, et assurer la fabrication d'un 52 minutes aux normes broadcast tout en préservant l'intimité et l'authenticité du propos.
🚀 Book ATV-CC
Web-documentaire · 12 × 26 minutes · 2015
Réalisation : Laura Ribes Leal & Patrice Bennaroche
Production : Prodigima
Commanditaire : CNES (Centre National d'Études Spatiales)
Diffusion : cnes.fr
Ce projet se situe à la frontière entre documentaire, archive multimédia et objet éditorial interactif. Commandité par le CNES, il se présente sous la forme d'un « livre interactif » (book web) retraçant l'intégralité de l'aventure du centre de contrôle du vaisseau spatial ATV, l'ATV-CC, basé au Centre Spatial de Toulouse.
L'ATV (Automated Transfer Vehicle) était le vaisseau cargo européen conçu par l'ESA pour ravitailler la Station Spatiale Internationale. De forme cylindrique, long de 10 mètres pour 4,5 mètres de diamètre, il était capable de transporter jusqu'à 8 tonnes de matériel, oxygène, carburant, eau potable, vivres, équipements scientifiques, et de s'amarrer de manière autonome à l'ISS. Le centre de contrôle toulousain, confié au CNES par décision du conseil de l'ESA en décembre 1998, opérait en interface directe avec les centres de Houston (NASA) et de Moscou (Roscosmos), faisant de Toulouse l'un des rares points névralgiques des opérations de la Station Spatiale dans le monde.
Cinq missions ATV se sont succédé : Jules Verne (2008), Johannes Kepler (2011), Edoardo Amaldi (2012), Albert Einstein (2013) et Georges Lemaître (2014). Le web-documentaire compile les témoignages, reportages, photographies, infographies et films accumulés au fil de ces missions pour offrir un récit à la fois humain et technique de cette aventure spatiale européenne, vue par les yeux de celles et ceux qui l'ont vécue de l'intérieur.
L'équipe de Prodigima a conçu et réalisé l'intégralité de l'œuvre : web-design, direction artistique, tournages des interviews, production des contenus graphiques et éditoriaux, intégration technique. Le résultat est un objet patrimonial durable, un recueil d'expériences personnelles et professionnelles à lire, écouter et regarder, accessible sur le site du CNES.
Ce projet illustre une facette moins visible mais essentielle de mon travail de producteur : la capacité à répondre à des commandes institutionnelles de haut niveau, à proposer des formats éditoriaux innovants et à piloter des équipes pluridisciplinaires (réalisateurs, développeurs web, graphistes, monteurs) dans un environnement où la rigueur scientifique et la conformité institutionnelle ne sont pas négociables.
Ce qui relie ces trois projets
Un marché couvert du centre de Toulouse. Des routes de campagne du Sud-Ouest. Un centre de contrôle spatial opérant en liaison avec Houston et Moscou. Trois territoires qui n'ont rien en commun, sinon un même besoin : être racontés avec justesse et portés par une production solide.
Dans chaque cas, le travail de directeur de production a consisté à assembler des financements multi-partenaires, qu'ils soient européens, nationaux ou institutionnels,, à coordonner des co-productions impliquant des structures de tailles et de cultures très différentes, à gérer la logistique de tournages parfois complexes, et à livrer des programmes conformes aux exigences techniques et éditoriales de diffuseurs aussi variés qu'ARTE, France 3 ou le CNES.
C'est un métier de l'ombre, à la fois très concret et profondément engagé. Un métier où la rigueur de gestion n'a de sens que si elle est mise au service d'un propos artistique ou éditorial fort. Et c'est précisément cet équilibre qui, depuis plus de vingt ans, continue de me motiver.
👉 gaboriaud.net
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