Blog personnel

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PRODUIRE LE CONTEMPORAIN

5 créations, 10 ans, 1 fil rouge

Il y a une compagnie que j'accompagne depuis sa naissance : La Compagnie l'An 01, fondée à Toulouse en 2015, dont je suis co-fondateur et administrateur, et pour laquelle j'ai produit ou assuré la direction artistique vidéo des premières créations.

Son ADN (c'est le cas de le dire) : mesurer l'écart entre les utopies et les réalités du monde contemporain. Des spectacles qui sortent des théâtres, mélangent les médias, et provoquent la rencontre avec des publics qui n'ont pas toujours accès au spectacle vivant.

5 créations. 5 façons d'interroger la violence, le genre et la norme.

🔫 ADN (2015)

Texte de Dennis Kelly.

Un groupe d'adolescents dérape : le harcèlement tourne au drame.

Première mise en scène de Yohan Bret pour la compagnie.
J'y assurais la direction artistique vidéo.

Créé à la Foudre, CDN de haute-normandie.
Lauréat 2016 du festival Impatience – la colline – théâtre national, paris
Sélection 2016 festival supernova – théâtre Sorano, Toulouse
Sélection 2017 festival région en scène – Sarlat-la-canéda

La pièce de Dennis Kelly est un texte court, brutal, taillé comme une lame. Yohan Bret en fait la première création de la Compagnie L'An 01, et le choix dit déjà tout de la ligne artistique : pas de beau pour le beau, pas de confort. ADN part d'un fait divers scolaire ordinaire, un bouc émissaire, des adolescents qui dérapent, une mort accidentelle, pour démonter la mécanique du mensonge collectif et de la lâcheté ordinaire.

La scénographie de Claire Saint-Blancat et la réalisation vidéo que j'assurais permettaient d'habiller un espace sobre de présences numériques, d'instiller une atmosphère oppressante sans effets spectaculaires. Sept interprètes sur scène, une écriture chorale. La critique toulousaine notait à l'époque « un spectacle sur la petite psychopathie ordinaire », c'est exactement ça.

C'est aussi le projet autour duquel la compagnie bâtit ses fondations : son esthétique, sa méthode de travail avec les publics, sa capacité à aller chercher une jeunesse peu habituée aux salles de théâtre.

👫 X, Y et moi ? (2016)

Théâtre invisible sur l'égalité femme-homme.

Deux faux experts présentent des études absurdes et vraies sur le genre… le public ne sait plus ce qui est sérieux.

Co-produit avec le Théâtre Jules Julien.
Sélectionné au Festival des Fiertés de Toulouse (2017), au Festival Nov'Ado de Rodez (2017) et au Festival RTA au Québec (2018).
Couverture dans Le Monde en novembre 2017 après la censure du spectacle par un diocèse aveyronnais.
Soutenu par la Région Occitanie, la DILCRAH et le Conseil départemental de Haute-Garonne.
Toujours en tournée en 2026 dans les lycées d'Occitanie avec plus de 500 représentations à ce jour.

Le dispositif est audacieux parce qu'il repose sur un mensonge scénique assumé : le public croit assister à une conférence scientifique sur le couple et les relations de genre. Deux présentateurs déroulent des études réelles, absurdes, vraies, mélangées avec aplomb. L'effet de surprise est le cœur du spectacle : quand le doute s'installe sur ce qui est vrai et ce qui est joué, la réflexion commence.

Le texte est co-signé Orvoën Bret et Christel Larrouy. La scénographie, co-conçue avec mon concours, est volontairement dépouillée : une chaise, un micro, un écran, pour accentuer la crédibilité de la conférence fictive. Le spectacle se joue en mode théâtre hors-les-murs : salles de réunion, établissements scolaires, centres culturels. Les équipes changent de configuration selon les dates : 5 équipes différentes de duos, permettant une diffusion large et simultanée.

La polémique de novembre 2017 dans l'Aveyron (un diocèse annule les représentations dans ses établissements privés, Le Monde s'en empare) a paradoxalement propulsé le spectacle dans une visibilité nationale. La compagnie s'en est toujours tenue à sa ligne : ce n'est pas un spectacle militant, c'est un spectacle qui laisse le public se faire surprendre par ses propres réflexes.

🗡️ La Mort de Tintagiles (2017)

Texte de Maurice Maeterlinck (1894).

Une cérémonie théâtrale immersive : dispositif bifrontal, spectateurs allongés sur scène parmi les acteurs, brouillard, tissu aérien. 5 comédiens.

J'y ai assuré la création vidéo et la co-production.

Créé au Théâtre Sorano (Supernova #2), co-produit avec Le Pari de Tarbes, la MJC de Rodez et le Collectif En Jeux (réseau de 12 structures en Occitanie).

Soutenu par la DRAC Occitanie, la Région, l'ADAMI et la SPEDIDAM.

Maeterlinck écrit ce texte en 1894, pour des marionnettes. Yohan Bret en fait une cérémonie pour vivants. L'intrigue est simple, presque celle d'un conte : un petit garçon, Tintagiles, revient sur une île gouvernée par une reine invisible et dévoreuse d'âmes. Ses deux sœurs tentent de le sauver. La reine, toujours hors-champ, finit par le prendre.

Ce qui rend la mise en scène remarquable, c'est le dispositif bifrontal : une partie du public est dans la salle classique, face au plateau. L'autre partie est sur scène, allongée sur des coussins, revêtue de chemises blanches. Autant de Tintagiles morts. Deux manières d'entrer dans l'œuvre, deux expériences radicalement différentes du même spectacle. Le mur de scénographie s'effondre en cours de jeu. Un numéro de tissu aérien ponctue la fin.

Ma contribution à ce spectacle va au-delà de la co-production : j'assurais également le support audiovisuel, intégrés à une scénographie de Claire Saint-Blancat pensée pour englober le spectateur dans un environnement sensoriel total (brouillard, musique live de Benoît Bories, lumières de Cyril Monteil). Des œuvres satellitaires (installations, expositions) accompagnaient le spectacle lors de sa diffusion, signées de plusieurs artistes plasticiens.

Le réseau de co-production témoigne d'un travail de diffusion ambitieux : 12 structures du réseau Collectif En Jeux en Occitanie, auxquelles s'ajoutent le Théâtre Sorano, Le Pari de Tarbes, la MJC de Rodez.

🥊 Le Bal des lucioles (2022)

Yohan Bret & Léa Hernandez Tardieu.

Un show satirique dans un gymnase : un CRS, un extrémiste, une femme de ménage et un citoyen s'affrontent sous l'œil d'un présentateur-arbitre. 7 interprètes.

Co-produit avec le ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie et le CNAREP Pronomade(s).
Résidences au CENTQUATRE-Paris, à la Petite Pierre (Gers) et dans une dizaine de structures.
Introduit par une fausse rencontre / débat avec des chercheurs sur la violence.

L'image fondatrice du spectacle vient de Pasolini : les lucioles comme métaphore d'une humanité qui résiste, qui tente de rester allumée face aux lumières aveuglantes des pensées dominantes. Yohan Bret et Léa Hernandez Tardieu s'en emparent et en font quelque chose de radicalement différent d'une méditation poétique : un show télévisé parodique, avec un présentateur-arbitre, des vestiaires, des mi-temps sportives, et un terrain de jeu qui est littéralement un gymnase.

Quatre personnages, un CRS, un extrémiste, une femme de ménage, un citoyen, s'y battent pour leur place dans la société. Les armes : la danse, la cascade, le piratage, la chanson, le coup bas. La jauge du gymnase crée une promiscuité avec le public que les théâtres conventionnels n'autorisent pas. Ce choix scénographique, jamais un plateau classique depuis X, Y et moi ?, est une marque de fabrique de la compagnie.

Les rencontres-débats avec des chercheurs de l'Observatoire des médias proposées après chaque représentation ne sont pas un supplément facultatif : elles font partie de la structure du spectacle. La compagnie parle d'« émission panoramique des violences », le format télé est là jusqu'au bout. Tournée dans une vingtaine de lieux, dont Le Parvis (Scène Nationale de Tarbes) et Le Kiwi d'Arto à Ramonville, soutien de la DRAC Occitanie, de la Région, du Département de Haute-Garonne, de la Mairie de Toulouse, de l'ADAMI et de la SPEDIDAM.

💊 Fleurs de peau (2026)

Création en cours.

Installation performative dans l'espace public.
Un peep-show, une cabine privatisée, 9 performances au choix, une parade avec les témoignages de 80 hommes issus de 4 années d'enquête sur les masculinités.

Co-produit avec Pronomade(s), les Ateliers Frappaz, 2Rue2Cirque (Paris) et La Baignoire (Montpellier). Résidences en milieu carcéral (Maison centrale de Lannemezan) et en protection judiciaire de la jeunesse.

C'est la création la plus formellement radicale de la compagnie à ce jour Fleurs de peau ne ressemble à aucun des spectacles précédents : c'est une installation performative en espace public, articulée autour de trois espaces simultanés et distincts.

L'espace vitrine : une cabine en métal dans l'espace public, dans laquelle un·e performeur·euse change d'apparence au fil des heures, parfois masculin·e, parfois féminin·e, parfois autre. L'espace chambre : un spectateur à la fois entre par une porte dérobée dans cet espace privatif, mi-chambre abandonnée mi-terrarium, et choisit parmi 9 performances pour « activer » l'interprète.
L'espace parade : à l'extérieur, les témoignages sonores de 80 hommes, masculinistes, hommes en quête de virilité, hommes ordinaires, diffusés sous enceintes, collectés au fil de 4 années d'enquête. Et dans une remorque à bétail, le «dernier homme vivant capturé» défile comme un trophée.

La thématique des masculinités et de la virilité est abordée sans didactisme : le dispositif laisse le public construire sa propre expérience, décider de ce qu'il regarde, de ce qu'il traverse. Texte et mise en scène d'Orvoën Bret.
Résidences de création dans des lieux aussi différents que la Maison centrale de Lannemezan, la Protection Judiciaire de la Jeunesse de Tarbes et Saint-Gaudens, ou le Lycée agricole de Saint-Gaudens, c'est dans ces marges que la compagnie teste ses hypothèses.

L'enseignement

Ce qui relie ces 5 projets : une compagnie qui ne reste jamais là où on l'attend (gymnase, espace public, vitrine, scène) des sujets qui engagent, et une exigence de production qui rend ces aventures possibles, du montage financier à la coordination des résidences.

C'est ce travail d'ombre, patient et structurant, qui me passionne.

👉 cielan01.fr · gaboriaud.net

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