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5 ans Ă  transmettre

Toulouse Ynov Campus.

Depuis la rentrĂ©e 2021-2022, j’interviens au Toulouse Ynov Campus dans la filière Animation, CinĂ©ma & Audiovisuel. Cinq annĂ©es scolaires consĂ©cutives. Plusieurs centaines d’Ă©tudiants accompagnĂ©s en cours, en projets ou en Ă©vĂ©nements. Un engagement qui compte autant pour moi que mes productions, et qui s’inscrit dans une conviction simple : enseigner n’est pas un Ă -cĂ´tĂ© du mĂ©tier, c’est une extension naturelle.

Pourquoi Ynov, pourquoi l’enseignement

Quand j’ai commencĂ© Ă  intervenir Ă  Ynov en 2021, ça faisait dĂ©jĂ  douze ans que je dirigeais Prodigima. J’avais formĂ© en interne des dizaines d’intermittents, accueilli des stagiaires, coachĂ© de jeunes chefs op. Mais je n’avais jamais fait le pas vers une mission pĂ©dagogique structurĂ©e.

Trois raisons m’y ont poussĂ©. D’abord, le constat que la formation audiovisuelle classique forme parfois bien aux outils mais peu Ă  la rĂ©alitĂ© du mĂ©tier. Sortir d’une Ă©cole avec une bonne maĂ®trise technique et zĂ©ro expĂ©rience de plateau professionnel, c’est aujourd’hui un piège. Ensuite, l’envie de rendre la pareille : j’ai appris mon mĂ©tier au contact de techniciens, chefs op et rĂ©alisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux. C’est un devoir professionnel que de transmettre Ă  mon tour. Enfin, la conviction qu’enseigner, ça oblige. Ça oblige Ă  reformuler, Ă  structurer, Ă  expliciter ce qu’on fait par habitude. C’est l’une des meilleures hygiènes professionnelles que je connaisse.

Ce que j’enseigne

Captation et lumière : le cœur de métier
Mon enseignement principal porte sur la captation et la lumière. C’est ma formation initiale, BTS Audiovisuel option Image, Ă  l’acadĂ©mie de Montpellier, et c’est aussi ce que j’ai pratiquĂ© pendant 20 ans sur le terrain : du clip musical au film de fiction, du documentaire aux captations live multicamĂ©ra, en passant par les centaines de tournages corporate et institutionnels chez Prodigima.
Quand j’enseigne la lumière, je n’enseigne pas des recettes. J’enseigne une grammaire. Comment lire un visage, comment lire un dĂ©cor, comment dĂ©cider d’une intention lumineuse avant de saisir le moindre projecteur. Les outils techniques (LED, tungstène, HMI, diffusion, drapeaux, mire) viennent ensuite, comme du vocabulaire au service d’une intention narrative.
Sur la captation, l’enjeu est similaire : comprendre les chaĂ®nes complètes (camĂ©ra, optiques, support d’enregistrement, monitoring, Ă©talonnage en aval) avant de plaquer des automatismes. Un Ă©tudiant qui comprend pourquoi il choisit un format, une cadence, un profil colorimĂ©trique, c’est un Ă©tudiant qui ne se laissera pas enfermer dans les paramètres par dĂ©faut de son boĂ®tier.

Production et Ă©criture : l’Ă©largissement utile
J’interviens Ă©galement sur les cours de production et d’Ă©criture. Ce n’est pas un hasard. Un bon chef opĂ©rateur comprend mieux son travail quand il sait d’oĂą vient le scĂ©nario et comment un budget est construit. Un bon producteur comprend mieux ses dĂ©cisions quand il a un minimum d’expĂ©rience plateau.
Ces cours me permettent aussi de transmettre la dimension Ă©conomique et juridique du mĂ©tier, celle qui manque le plus cruellement dans la formation initiale. Comment on monte un budget. Comment on lit une convention collective. Ce qu’est une dĂ©claration AEM, une note de droits d’auteur, un contrat de cession. Comment on rĂ©pond Ă  un appel d’offres public. Toutes choses qu’un Ă©tudiant n’apprendra dans aucun amphi, mais qui dĂ©cident de sa survie Ă©conomique dans les cinq ans qui suivent l’Ă©cole.

Ă€ titre d’exemple, sur l’annĂ©e scolaire 2024-2025, j’ai dispensĂ© plus de 160 heures de cours.

Les Ydays : accompagner des projets professionnels

Au-delĂ  des cours en prĂ©sentiel classiques, Ynov organise les Ydays : des temps dĂ©diĂ©s au cours desquels les Ă©tudiants travaillent sur des projets professionnels concrets, souvent en Ă©quipe et en autonomie partielle. J’y interviens comme intervenant professionnel, je guide, je challenge, je recadre, je mets les Ă©tudiants en situation de prendre des dĂ©cisions opĂ©rationnelles avec les contraintes rĂ©elles d’un mĂ©tier.

C’est lĂ  que se joue, Ă  mon sens, quelque chose d’essentiel : confronter les Ă©tudiants aux exigences rĂ©elles d’un tournage, d’un planning, d’un client, d’un livrable. Les obliger Ă  arbitrer entre l’idĂ©al artistique et les contraintes matĂ©rielles. Leur faire vivre ce qu’on ne peut pas simuler dans un cours magistral : la fatigue d’un tournage long, la frustration d’un changement client de dernière minute, la satisfaction d’un livrable propre, livrĂ© Ă  l’heure, qui correspond Ă  ce qui avait Ă©tĂ© promis.

Les Ydays sont aussi pour moi une formidable Ă©cole d’observation : on y voit en accĂ©lĂ©rĂ© qui sont les Ă©tudiants qui sauront tenir un poste, qui saura encadrer une Ă©quipe, qui aura le tempĂ©rament pour passer chef de poste, qui devra peut-ĂŞtre rĂ©orienter son ambition.

2024-2025 – RĂ©fĂ©rent Filière Audiovisuel

Sur l’annĂ©e scolaire 2024-2025, j’ai portĂ© en plus de mes cours la fonction de RĂ©fĂ©rent Filière Audiovisuel, notamment auprès des Ă©tudiants de troisième annĂ©e. Cette mission reprĂ©sentait, en plus de mes heures d’enseignement, près de 200 heures supplĂ©mentaires consacrĂ©es Ă  la coordination, Ă  l’Ă©vĂ©nementiel et Ă  la reprĂ©sentation de la filière.

Ce que j’y ai portĂ©
• L’animation des Portes Ouvertes du Campus. ReprĂ©senter la filière auprès des familles, dĂ©fendre une pĂ©dagogie professionnalisante, expliquer aux jeunes lycĂ©ens et Ă  leurs parents ce que veut dire vraiment « travailler dans l’audiovisuel », au-delĂ  des fantasmes vĂ©hiculĂ©s par les rĂ©seaux sociaux.
• Un reportage sur le REC (Rencontres des professionnels du CinĂ©ma en Occitanie) au studio Le Grand Set, l’occasion de mettre les Ă©tudiants en situation de couvrir un Ă©vĂ©nement professionnel de rĂ©fĂ©rence rĂ©gionale.
• Des visites de studios professionnels, dont Prodigima et Le Grand Set. Pour beaucoup d’Ă©tudiants, c’Ă©tait la première fois qu’ils mettaient les pieds dans un vrai plateau professionnel Ă©quipĂ©.
• Le Yfest, événement annuel du campus, qui rassemble les filières créatives autour de productions étudiantes.
• La captation multicamĂ©ra de La Nuit du Printemps au ZĂ©nith de Toulouse, un Ă©vĂ©nement annuel produit par Le Printemps du Rire, avec environ une vingtaine d’Ă©tudiants intĂ©grĂ©s Ă  l’Ă©quipe technique comme cadreurs, devant 6 000 spectateurs. Une expĂ©rience qu’aucun cours ne peut remplacer : gĂ©rer le stress du direct, rĂ©pondre aux consignes de rĂ©alisation en temps rĂ©el, tenir un cadre stable sur 2h30 de plateau, encaisser une journĂ©e de 19 Ă  20 heures de prĂ©sence sur site.
• Le Festival La FĂŞte du Court, passerelle avec la scène courte rĂ©gionale, occasion pour les Ă©tudiants de dĂ©couvrir le tissu professionnel de l’audiovisuel toulousain.

Quand le poste a disparu
Le poste de RĂ©fĂ©rent Filière a Ă©tĂ© supprimĂ© l’annĂ©e suivante, dans le cadre de rĂ©organisations internes au campus. Mais j’ai choisi de continuer Ă  organiser des Ă©vĂ©nements pour les Ă©tudiants, indĂ©pendamment du mandat formel. Parce que ce que j’ai constatĂ© sur cette annĂ©e de rĂ©fĂ©rent m’a convaincu d’une chose : un cursus audiovisuel qui ne met pas ses Ă©tudiants en situation rĂ©elle, ça n’a pas de sens. Et si l’institution ne porte plus formellement cette mission, alors les intervenants doivent la porter Ă  leur niveau.

Pourquoi je continue

Pour une raison simple : je crois au travail en équipe et à la transmission.

J’ai appris mon mĂ©tier au contact de techniciens, de chefs opĂ©rateurs, de rĂ©alisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux quand j’avais 22 ans et que je ne savais rien. Je considère que c’est un devoir professionnel, pas un geste de charitĂ©, un devoir, de rendre la pareille Ă  mon tour. Pas par nostalgie. Par nĂ©cessitĂ©.

Dans un secteur qui pousse aujourd’hui de plus en plus de jeunes Ă  s’isoler en auto-entreprise, Ă  travailler seuls depuis leur chambre avec leur boĂ®tier hybride, Ă  confondre la maĂ®trise des outils avec la maĂ®trise du mĂ©tier, former des Ă©tudiants sur des plateaux professionnels, les mettre en contact avec des intermittents, des producteurs, des diffuseurs, des lieux de tournage, c’est aujourd’hui la porte d’entrĂ©e vers un mĂ©tier qui se ferme ailleurs.

Enseigner n’est pas un Ă -cĂ´tĂ© de mon activitĂ© de directeur de production. C’est une extension naturelle. Les deux pratiques se nourrissent. Mes cours sont meilleurs parce que je continue Ă  produire. Ma production est meilleure parce que je dois, chaque semaine, expliciter Ă  des Ă©tudiants ce que je fais et pourquoi.

Et après ?
Je continue Ă  intervenir Ă  Ynov sur l’annĂ©e en cours, et j’ai bien l’intention de continuer tant que la pĂ©dagogie restera ce qu’elle doit ĂŞtre : une mise en situation professionnelle exigeante, au contact de praticiens en activitĂ©.

Mes remerciements vont aux Ă©quipes du Toulouse Ynov Campus pour la confiance renouvelĂ©e chaque annĂ©e, Ă  mes collègues intervenants avec qui j’ai eu plaisir Ă  co-construire cette filière, et surtout Ă  chaque promotion d’Ă©tudiants qui est passĂ©e entre mes cours.

Vous ĂŞtes la raison pour laquelle ce mĂ©tier continuera d’exister.