Entrepreneuriat culturel

🏢

Diriger, administrer, entreprendre

20 ans à la tête de structures culturelles.

On ne devient pas producteur audiovisuel par hasard. Mais on ne le reste pas vingt ans sans devenir aussi chef d’entreprise, gestionnaire, commercial, DRH, responsable juridique, négociateur de marchés publics, et parfois, soyons honnêtes, plombier de service quand le studio prend l’eau un vendredi soir.

De 2004 à 2025, j’ai fondé et dirigé Prodigima, d’abord en association (2004–2009), puis en SARL (2009–2025). Depuis 2015, je suis également co-fondateur et administrateur de la Compagnie L’An 01, compagnie de théâtre contemporain basée à Toulouse.

Deux structures. Deux statuts juridiques. Deux cultures de gestion profondément différentes. Un même quotidien : tout faire tenir ensemble, avec rigueur, avec conviction, et sans jamais perdre de vue la raison pour laquelle on fait ce métier, raconter des histoires qui comptent.

Ce post retrace les compétences que ces vingt années m’ont imposé de développer. Pas celles qu’on apprend dans les manuels, mais celles qu’on forge dans le réel, entre un budget de tournage qui dérape, un client institutionnel qui change de cahier des charges à J-3, et une équipe d’intermittents qu’il faut embarquer sur un projet dont le financement n’est pas encore bouclé.

📊Gestion financière et administrative : Le nerf de la guerre

Diriger une société de production audiovisuelle, c’est d’abord apprendre à lire un bilan, à anticiper une trésorerie, à négocier un découvert, et à monter des plans de financement qui tiennent la route devant un banquier, un CNC ou une commission régionale.

Chez Prodigima, les budgets de production pouvaient aller de quelques milliers d’euros pour un film institutionnel en une journée de tournage à plusieurs centaines de milliers d’euros pour un documentaire TV coproduit à l’international ou en millions d’euros pour un long-métrage de cinéma. Le documentaire Dans le ventre de Toulouse, coproduit avec Stefilm (Turin) et Ma.Ja.De (Allemagne) pour ARTE, ZDF et RAI, ou le long-métrage Entre deux trains, coproduit avec Almano Film et Le Studio Orlando, impliquaient des montages financiers complexes, multi-pays, multi-devises, avec des obligations déclaratives croisées.

Au quotidien, cela signifiait : élaboration de devis et budgets prévisionnels, suivi comptable en lien avec l’expert-comptable et le commissaire aux comptes, gestion de la trésorerie au jour le jour, déclarations fiscales et sociales, TVA intracommunautaire sur les coproductions européennes, gestion de la confidentialité des comptes annuels, et rapports financiers aux organismes de financement.

Du côté de la Compagnie L’An 01, la gestion financière prend une forme différente mais tout aussi exigeante. Le modèle associatif repose sur un mélange de subventions publiques (DRAC Occitanie, Région Occitanie, Départements, villes), d’apports en coproduction et de recettes propres. Les budgets sont à peine plus modestes, et les contraintes de justification auprès des financeurs publics sont parfois plus lourdes qu’en SARL. Chaque euro dépensé doit être documenté, chaque ligne budgétaire doit correspondre au projet déposé. C’est une école de rigueur absolue.

📝 Marchés publics et appels d’offres : L’art de convaincre sur dossier

Une part significative du chiffre d’affaires de Prodigima provenait de marchés publics et d’accords-cadres avec des institutions nationales. Ce n’est pas un hasard : j’ai fait de cette compétence un avantage concurrentiel stratégique.

Répondre à un appel d’offres public, c’est un exercice de précision qui mobilise simultanément des compétences rédactionnelles, techniques, juridiques et commerciales. Il faut décortiquer un cahier des charges, souvent rédigé dans un langage administratif dense, identifier précisément le besoin, proposer une méthodologie adaptée, chiffrer chaque poste avec exactitude, constituer un dossier de candidature irréprochable (références, certifications, attestations sociales et fiscales), et le tout dans des délais souvent très serrés.

Au fil des années, Prodigima a remporté des dizaines de marchés auprès d’institutions de premier plan : le CNES (Centre National d’Études Spatiales), avec qui nous avons développé une relation de plus de dix ans couvrant la production de séries YouTube, les campagnes de ballons stratosphériques, les captations événementielles et les vidéotransmissions (France Télévisions • la Semeccel (Cité de l’Espace et l’Envol des Pionniers) • le CNRS • le CHU de Toulouse • Toulouse School of Economics • Météo France • l’INRA • l’INSERM • l’ARS Occitanie • la Banque de France • le CNED • l’ANDRA • l’Université Toulouse 1 Capitole • l’Université Paul Sabatier • l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées, et bien d’autres.

Côté privé, la démarche était différente, davantage de prospection directe, de recommandation, de démonstration, mais les exigences de formalisation restaient élevées pour des groupes comme Airbus, Thales Alenia Space, Hewlett Packard, Toulouse Business School, ENAC, Columbia University of New York, ou le MEDES (Institut de Médecine et de Physiologie Spatiales).

Cette capacité à répondre aux marchés publics et à entretenir des relations institutionnelles durables est probablement l’une des compétences les plus sous-estimées dans notre secteur. C’est pourtant elle qui a permis à Prodigima de maintenir une activité régulière pendant plus de quinze ans.

👥 Management et ressources humaines : Gérer l’humain dans un secteur atypique

L’audiovisuel est un secteur où le management prend une forme singulière. Les équipes se constituent et se dissolvent au rythme des productions. Un tournage peut mobiliser 50 personnes pendant trois semaines, puis plus personne pendant un mois. Le régime de l’intermittence du spectacle, avec ses annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, impose une gestion administrative spécifique : DPAE, contrats à durée déterminée d’usage, calcul des cachets selon les conventions collectives, gestion des heures supplémentaires, bulletins de paie conformes aux accords de branche.

Sur vingt ans, Prodigima a employé régulièrement plusieurs centaines de salariés au régime intermittents ou général : techniciens de plateau, opérateurs de prise de vues, ingénieurs du son, monteurs, graphistes, animateurs 2D et 3D, réalisateurs, assistants de production, régisseurs, maquilleurs, comédiens. Chaque recrutement devait correspondre à un besoin précis, chaque profil devait s’intégrer dans une équipe souvent constituée pour la première fois. C’est un exercice permanent d’évaluation, d’adaptation et de confiance.

Au-delà du recrutement, la gestion RH impliquait l’application rigoureuse de la convention collective de la production audiovisuelle, la rédaction et la mise à jour du règlement intérieur, le suivi des obligations légales en matière de santé et de sécurité au travail, la gestion des relations avec les organismes sociaux (Audiens, Pôle Emploi Spectacle, URSSAF), et l’accueil régulier de stagiaires et d’alternants, un engagement fort de Prodigima pour la transmission et l’insertion professionnelle.

Pour la Compagnie L’An 01, le management prend une dimension supplémentaire : la gestion du bénévolat. Dans une association culturelle, une part significative du travail repose sur des bénévoles, membres du bureau, collaborateurs ponctuels, qu’il faut mobiliser, former, remercier, sans disposer du levier contractuel du salariat. La gouvernance collégiale d’une association loi 1901, avec son conseil d’administration, ses assemblées générales et ses obligations statutaires, exige des qualités de diplomatie et de fédération que le monde de l’entreprise ne sollicite pas toujours de la même manière.

🤝 Développement commercial et relations clients : Construire un réseau sur la durée

Prodigima n’a jamais réellement eu de commercial dédié. Le développement commercial, c’était mon travail au quotidien, en parallèle de tout le reste. Prospection, rendez-vous clients, élaboration de propositions sur-mesure, négociation tarifaire, fidélisation.

En vingt ans, j’ai constitué et entretenu un portefeuille de plus de 80 clients institutionnels et privés. Certaines relations ont duré plus d’une décennie, c’est le cas avec le CNES, la Cité de l’Espace, la Société Chimique de France ou le Printemps du Rire. Ces partenariats longs ne s’obtiennent pas par miracle : ils se construisent livraison après livraison, en respectant les délais, les budgets, et en ayant la lucidité de refuser un projet quand les conditions ne permettent pas de le réaliser correctement.

Le positionnement stratégique de Prodigima reposait sur deux pôles complémentaires : d’un côté les services aux entreprises et institutions (films corporate, captations, vidéotransmissions, communication audiovisuelle), de l’autre le développement et la production de contenus originaux pour la télévision et le cinéma. Ce double ancrage, que beaucoup de structures de notre taille ne parviennent pas à maintenir, était à la fois notre force et notre complexité de gestion.

Les coproductions internationales ont constitué un tournant. Travailler avec Stefilm à Turin pour ARTE, avec Almano Film à Paris pour un long-métrage distribué dans 33 festivals à travers 17 pays (5 prix internationaux pour Entre deux trains), cela implique des négociations contractuelles en anglais et en italien, des montages juridiques transfrontaliers, une connaissance fine des mécanismes de coproduction européens et une capacité à s’adapter à des cultures de travail différentes.

L’éthique commerciale a toujours été un marqueur fort de Prodigima. Nous sélectionnions nos donneurs d’ordres selon nos critères : pas de publicité ou de prestations pour des marques et des entreprises dont les valeurs ne coïncidaient pas avec les nôtres. C’est un luxe que peu de petites structures peuvent se permettre,  mais c’est un choix que je n’ai jamais regretté.

🏗️ Infrastructure, studio et exploitation technique : Avoir ses propres outils

Dès 2010, Prodigima a fait le choix d’investir dans son propre studio, situé à Toulouse, à proximité de la gare. Un plateau de 70 m² entièrement modulable : cyclo ou fonds d’incrustation (vert, bleu) de 35 m², noir total, alimentation triphasée, climatisation, mezzanine avec vue plongeante pour le placement de caméras, loge avec douche, accès chargement/déchargement extérieur.
Cet outil a été le lieu de tournage de dizaines de productions, émissions, interviews, séries YouTube, enregistrements pour le CNES, podcasts vidéo, mais aussi le lieu de naissance de la plupart de nos projets. Un studio, ce n’est pas seulement un outil technique : c’est un espace de création, de test, de rencontre.

La gestion d’un studio implique des compétences spécifiques : maintenance du matériel d’éclairage et de captation, mise à jour permanente des équipements (la transition vers la FullHD, puis l’UHD, a nécessité des investissements lourds), gestion des assurances, sécurité des locaux, planification de l’occupation du plateau entre les productions internes et les locations à des tiers.

Le parc matériel de Prodigima comprenait des caméras broadcast (Sony, Blackmagic, Panasonic) et cinéma (RED, ARRI), des optiques, de l’éclairage LED et HMI, des solutions de régie multicaméra, du matériel de vidéotransmission et de streaming, ainsi que des stations de montage et d’étalonnage. La supervision de l’exploitation technique sur des sites clients, Zénith de Toulouse pour La Nuit du Printemps, Maison de la Chimie à Paris, Cité de l’Espace, demandait une capacité d’adaptation logistique considérable, chaque lieu ayant ses propres contraintes d’installation, d’alimentation électrique et de connectivité.

📜 Juridique, droits et propriété intellectuelle : Le fil invisible de chaque production

Dans la production audiovisuelle, le droit n’est pas un sujet périphérique, c’est le squelette de chaque projet. Chaque film, chaque documentaire, chaque captation génère un enchevêtrement de droits qu’il faut anticiper, négocier, contractualiser et administrer.

Au quotidien chez Prodigima, cela impliquait : la rédaction de contrats de cession de droits d’auteur et de droits voisins, les relations avec la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), la SACEM (droits musicaux), l’INA (droits d’archives), la gestion des autorisations de droit à l’image, la négociation des clauses de diffusion et de rediffusion avec les chaînes (ARTE, France Télévisions, ZDF, RAI), et la conformité aux obligations RGPD pour les productions impliquant des données personnelles.
Pour les coproductions internationales, la complexité augmente d’un cran : répartition des droits entre coproducteurs, territoires de diffusion, mandats de vente, contrats de distribution, reversements proportionnels. Le long-métrage Entre deux trains, coproduit entre la France et les États-Unis, sélectionné dans 33 festivals internationaux et distribué en salle, a généré un volume contractuel considérable sur plusieurs années.

Côté L’An 01, les enjeux juridiques sont différents mais tout aussi présents : contrats de cession avec les auteurs vivants (Dennis Kelly pour ADN, Maurice Maeterlinck, domaine public, pour La Mort de Tintagiles), conventions de résidence avec les théâtres partenaires (Théâtre Sorano, CDN de Haute-Normandie, MJC Rodez), conventions de coproduction (ThéâtreDeLaCité, CNAREPs etc.) et subventions de nos partenaires institutionnels.

🌱 RSE, engagements et éthique : Produire autrement

La responsabilité sociale et environnementale n’a jamais été un argument marketing chez Prodigima. C’était une conviction.
Dès 2020, Prodigima est devenue signataire de la Charte Écoprod, intégrant à chaque étape de production, de la préparation au démontage, des pratiques écoresponsables : réduction des transports inutiles, mutualisation des équipements, gestion raisonnée des déchets de plateau, choix de fournisseurs engagés. Nous avons également rejoint Tree-Nation pour compenser les émissions de CO2 liées à nos activités.

L’engagement social était tout aussi concret : soutien actif au régime des intermittents, valorisation systématique des professionnels locaux dans les régions de tournage, sélection éthique des donneurs d’ordres, refus de produire des contenus publicitaires en contradiction avec nos valeurs. Prodigima était membre du SPI (Syndicat des Producteurs Indépendants), de l’APIFA, de la CPME31 et du Club d’entreprises Réussir.

Du côté de L’An 01, l’engagement est inscrit dans l’ADN même de la compagnie. Son nom fait référence à la bande dessinée de Gébé « on arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste ». La ligne artistique de la compagnie porte des questionnements sociaux, politiques et de genre. Les médiations théâtrales menées en milieu scolaire, en centre de détention (Maison d’arrêt de Muret) ou auprès d’instituts médico-éducatifs témoignent d’un ancrage social fort qui dépasse largement le cadre de la diffusion en salle.

🎓 Transmission : Enseigner ce qu’on a appris sur le terrain

Depuis 2020, j’occupe le poste de Référent Filière Audiovisuel à Toulouse Ynov Campus. Bachelors 1, 2 et 3 : prise de vue, lumière, production, écriture, montage image. Recrutement et management des intervenants professionnels.

Ce rôle n’est pas déconnecté de mon parcours de dirigeant, il en est le prolongement naturel. Former de futurs professionnels, c’est transmettre vingt ans de terrain : les erreurs qu’on ne refait plus, les réflexes qu’on a acquis, les réalités économiques d’un secteur que les formations initiales présentent souvent de manière incomplète.

Le partenariat entre Ynov et Prodigima s’est concrétisé de manière tangible : des étudiants intégrés aux équipes techniques de La Nuit du Printemps au Zénith de Toulouse (2025, 2026), un pont direct entre la formation et le monde professionnel.

Savoir fermer un chapitre — et en ouvrir un autre

Prodigima a fermé ses portes en 2025 après 16 ans en SARL, et 21 ans si l’on compte la période associative. La société a fait l’objet d’une liquidation. C’est un fait. Je ne le masque pas et je ne le dramatise pas.

L’audiovisuel a profondément muté ces dernières années : effondrement des budgets institutionnels, concurrence des auto-producteurs équipés de matériel grand public, transformation des usages de diffusion, compression des délais. Le modèle économique qui avait fait ses preuves pendant quinze ans n’était plus viable en l’état. Plutôt que de m’accrocher à une structure devenue inadaptée, j’ai fait le choix de la lucidité.

Ce que vingt ans de direction m’ont appris ne disparaît pas avec la désactivation d’un numéro Siret. Les compétences : gestion, management, négociation, production, relation client, juridique, technique, sont intactes. L’exigence aussi. Et l’envie d’entreprendre n’a pas faibli. Elle a simplement changé de forme.

Administrer la Compagnie L’An 01 depuis 11 ans m’a appris autre chose : gérer une structure culturelle associative, avec ses contraintes propres de subventions, de bénévolat, de gouvernance collégiale, demande autant de rigueur qu’une SARL, avec moins de moyens et souvent plus d’inventivité. La compagnie, elle, continue. Son prochain spectacle, Fleurs de peau, est en cours de création pour 2026.

Vingt ans à diriger, produire et administrer m’ont enseigné une certitude : la gestion d’une entreprise culturelle, c’est un métier à part entière. Un métier exigeant, ingrat parfois, profondément formateur toujours. Et c’est un métier que j’aime.

👉 gaboriaud.net · cielan01.fr
#Entrepreneuriat #GestionDEntreprise #ProductionAudiovisuelle #Management #Audiovisuel #Prodigima #CompagnieLAn01 #SpectacleVivant #MarchésPublics #RSE #Transmission #Toulouse #Occitanie

Transmission

🎓

5 ans à transmettre

Toulouse Ynov Campus.

Depuis la rentrée 2021-2022, j’interviens au Toulouse Ynov Campus dans la filière Animation, Cinéma & Audiovisuel. Cinq années scolaires consécutives. Plusieurs centaines d’étudiants accompagnés en cours, en projets ou en événements. Un engagement qui compte autant pour moi que mes productions, et qui s’inscrit dans une conviction simple : enseigner n’est pas un à-côté du métier, c’est une extension naturelle.

Pourquoi Ynov, pourquoi l’enseignement

Quand j’ai commencé à intervenir à Ynov en 2021, ça faisait déjà douze ans que je dirigeais Prodigima. J’avais formé en interne des dizaines d’intermittents, accueilli des stagiaires, coaché de jeunes chefs op. Mais je n’avais jamais fait le pas vers une mission pédagogique structurée.

Trois raisons m’y ont poussé. D’abord, le constat que la formation audiovisuelle classique forme parfois bien aux outils mais peu à la réalité du métier. Sortir d’une école avec une bonne maîtrise technique et zéro expérience de plateau professionnel, c’est aujourd’hui un piège. Ensuite, l’envie de rendre la pareille : j’ai appris mon métier au contact de techniciens, chefs op et réalisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux. C’est un devoir professionnel que de transmettre à mon tour. Enfin, la conviction qu’enseigner, ça oblige. Ça oblige à reformuler, à structurer, à expliciter ce qu’on fait par habitude. C’est l’une des meilleures hygiènes professionnelles que je connaisse.

Ce que j’enseigne

Captation et lumière : le cœur de métier
Mon enseignement principal porte sur la captation et la lumière. C’est ma formation initiale, BTS Audiovisuel option Image, à l’académie de Montpellier, et c’est aussi ce que j’ai pratiqué pendant 20 ans sur le terrain : du clip musical au film de fiction, du documentaire aux captations live multicaméra, en passant par les centaines de tournages corporate et institutionnels chez Prodigima.
Quand j’enseigne la lumière, je n’enseigne pas des recettes. J’enseigne une grammaire. Comment lire un visage, comment lire un décor, comment décider d’une intention lumineuse avant de saisir le moindre projecteur. Les outils techniques (LED, tungstène, HMI, diffusion, drapeaux, mire) viennent ensuite, comme du vocabulaire au service d’une intention narrative.
Sur la captation, l’enjeu est similaire : comprendre les chaînes complètes (caméra, optiques, support d’enregistrement, monitoring, étalonnage en aval) avant de plaquer des automatismes. Un étudiant qui comprend pourquoi il choisit un format, une cadence, un profil colorimétrique, c’est un étudiant qui ne se laissera pas enfermer dans les paramètres par défaut de son boîtier.

Production et écriture : l’élargissement utile
J’interviens également sur les cours de production et d’écriture. Ce n’est pas un hasard. Un bon chef opérateur comprend mieux son travail quand il sait d’où vient le scénario et comment un budget est construit. Un bon producteur comprend mieux ses décisions quand il a un minimum d’expérience plateau.
Ces cours me permettent aussi de transmettre la dimension économique et juridique du métier, celle qui manque le plus cruellement dans la formation initiale. Comment on monte un budget. Comment on lit une convention collective. Ce qu’est une déclaration AEM, une note de droits d’auteur, un contrat de cession. Comment on répond à un appel d’offres public. Toutes choses qu’un étudiant n’apprendra dans aucun amphi, mais qui décident de sa survie économique dans les cinq ans qui suivent l’école.

À titre d’exemple, sur l’année scolaire 2024-2025, j’ai dispensé plus de 160 heures de cours.

Les Ydays : accompagner des projets professionnels

Au-delà des cours en présentiel classiques, Ynov organise les Ydays : des temps dédiés au cours desquels les étudiants travaillent sur des projets professionnels concrets, souvent en équipe et en autonomie partielle. J’y interviens comme intervenant professionnel, je guide, je challenge, je recadre, je mets les étudiants en situation de prendre des décisions opérationnelles avec les contraintes réelles d’un métier.

C’est là que se joue, à mon sens, quelque chose d’essentiel : confronter les étudiants aux exigences réelles d’un tournage, d’un planning, d’un client, d’un livrable. Les obliger à arbitrer entre l’idéal artistique et les contraintes matérielles. Leur faire vivre ce qu’on ne peut pas simuler dans un cours magistral : la fatigue d’un tournage long, la frustration d’un changement client de dernière minute, la satisfaction d’un livrable propre, livré à l’heure, qui correspond à ce qui avait été promis.

Les Ydays sont aussi pour moi une formidable école d’observation : on y voit en accéléré qui sont les étudiants qui sauront tenir un poste, qui saura encadrer une équipe, qui aura le tempérament pour passer chef de poste, qui devra peut-être réorienter son ambition.

2024-2025 – Référent Filière Audiovisuel

Sur l’année scolaire 2024-2025, j’ai porté en plus de mes cours la fonction de Référent Filière Audiovisuel, notamment auprès des étudiants de troisième année. Cette mission représentait, en plus de mes heures d’enseignement, près de 200 heures supplémentaires consacrées à la coordination, à l’événementiel et à la représentation de la filière.

Ce que j’y ai porté
• L’animation des Portes Ouvertes du Campus. Représenter la filière auprès des familles, défendre une pédagogie professionnalisante, expliquer aux jeunes lycéens et à leurs parents ce que veut dire vraiment « travailler dans l’audiovisuel », au-delà des fantasmes véhiculés par les réseaux sociaux.
• Un reportage sur le REC (Rencontres des professionnels du Cinéma en Occitanie) au studio Le Grand Set, l’occasion de mettre les étudiants en situation de couvrir un événement professionnel de référence régionale.
• Des visites de studios professionnels, dont Prodigima et Le Grand Set. Pour beaucoup d’étudiants, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds dans un vrai plateau professionnel équipé.
• Le Yfest, événement annuel du campus, qui rassemble les filières créatives autour de productions étudiantes.
• La captation multicaméra de La Nuit du Printemps au Zénith de Toulouse, un événement annuel produit par Le Printemps du Rire, avec environ une vingtaine d’étudiants intégrés à l’équipe technique comme cadreurs, devant 6 000 spectateurs. Une expérience qu’aucun cours ne peut remplacer : gérer le stress du direct, répondre aux consignes de réalisation en temps réel, tenir un cadre stable sur 2h30 de plateau, encaisser une journée de 19 à 20 heures de présence sur site.
• Le Festival La Fête du Court, passerelle avec la scène courte régionale, occasion pour les étudiants de découvrir le tissu professionnel de l’audiovisuel toulousain.

Quand le poste a disparu
Le poste de Référent Filière a été supprimé l’année suivante, dans le cadre de réorganisations internes au campus. Mais j’ai choisi de continuer à organiser des événements pour les étudiants, indépendamment du mandat formel. Parce que ce que j’ai constaté sur cette année de référent m’a convaincu d’une chose : un cursus audiovisuel qui ne met pas ses étudiants en situation réelle, ça n’a pas de sens. Et si l’institution ne porte plus formellement cette mission, alors les intervenants doivent la porter à leur niveau.

Pourquoi je continue

Pour une raison simple : je crois au travail en équipe et à la transmission.

J’ai appris mon métier au contact de techniciens, de chefs opérateurs, de réalisateurs qui m’ont ouvert leurs plateaux quand j’avais 22 ans et que je ne savais rien. Je considère que c’est un devoir professionnel, pas un geste de charité, un devoir, de rendre la pareille à mon tour. Pas par nostalgie. Par nécessité.

Dans un secteur qui pousse aujourd’hui de plus en plus de jeunes à s’isoler en auto-entreprise, à travailler seuls depuis leur chambre avec leur boîtier hybride, à confondre la maîtrise des outils avec la maîtrise du métier, former des étudiants sur des plateaux professionnels, les mettre en contact avec des intermittents, des producteurs, des diffuseurs, des lieux de tournage, c’est aujourd’hui la porte d’entrée vers un métier qui se ferme ailleurs.

Enseigner n’est pas un à-côté de mon activité de directeur de production. C’est une extension naturelle. Les deux pratiques se nourrissent. Mes cours sont meilleurs parce que je continue à produire. Ma production est meilleure parce que je dois, chaque semaine, expliciter à des étudiants ce que je fais et pourquoi.

Et après ?
Je continue à intervenir à Ynov sur l’année en cours, et j’ai bien l’intention de continuer tant que la pédagogie restera ce qu’elle doit être : une mise en situation professionnelle exigeante, au contact de praticiens en activité.

Mes remerciements vont aux équipes du Toulouse Ynov Campus pour la confiance renouvelée chaque année, à mes collègues intervenants avec qui j’ai eu plaisir à co-construire cette filière, et surtout à chaque promotion d’étudiants qui est passée entre mes cours.

Vous êtes la raison pour laquelle ce métier continuera d’exister.

Clap de fin pour Prodigima

🎬

Pourquoi j’ai fermé Prodigima

Les vraies raisons.

En 2025, j’ai liquidé Prodigima après 21 ans d’activité, 5 ans en association (2004-2009), 16 ans en SARL (2009-2025).

Ce n’était pas un échec. C’était un constat lucide sur un secteur qui a profondément muté.

Je prends la parole aujourd’hui parce que ce que j’ai vécu n’est pas un cas isolé. Plusieurs sociétés de production indépendantes ont fermé ces dernières années en région, dans un silence qui m’interroge. Et parce que ce qui se joue en ce moment dans la production audiovisuelle française mérite, je crois, un débat sérieux, pas un débat amer, ni nostalgique. Un débat lucide.

Ce qui a changé en 20 ans

1. La démocratisation technique
Une caméra hybride à 2 500 € filme aujourd’hui dans une qualité que les diffuseurs broadcast acceptent sans broncher. Un MacBook Pro à 2 500 € remplace une suite Avid qui en coûtait 40 000 il y a quinze ans. DaVinci Resolve, l’un des outils d’étalonnage et de montage les plus puissants du marché, est gratuit. Adobe Creative Cloud à 20 € par mois met entre les mains d’un étudiant de 19 ans la même boîte à outils que celle d’un studio professionnel.

C’est une excellente nouvelle pour la création. C’est une catastrophe pour les modèles économiques des sociétés de production qui amortissaient un parc matériel, des infrastructures, des locaux, du personnel permanent.

Pendant des années, une partie de la valeur d’une société de production tenait à sa capacité à mobiliser de l’équipement professionnel coûteux. Cette barrière à l’entrée s’est effondrée. Aujourd’hui, n’importe quel jeune diplômé motivé peut produire un film techniquement irréprochable avec 5 000 € de matériel personnel. Le différentiel ne se joue plus sur la technique. Il se joue sur la méthode, la structuration, le réseau et la capacité à porter un projet ambitieux dans la durée. Mais ce différentiel-là, il ne se voit pas dans un devis.

2. Le basculement réseaux sociaux contre broadcast

Annonceurs, institutions, marques, collectivités : tous ont massivement basculé leurs budgets de communication audiovisuelle vers les contenus courts pour Meta, TikTok, YouTube, Instagram, LinkedIn.
Le film corporate de 4 minutes à 20 000 € que je produisais il y a dix ans pour expliquer une mission scientifique ou présenter un produit a été remplacé par dix reels à 200 € chacun. Sur le papier, le budget total est similaire. Dans les faits, la chaîne de valeur n’a plus rien à voir.

Un reel, ça se tourne au smartphone, ça se monte en 2 heures sur CapCut, ça se publie depuis une chambre. Une société de production structurée, avec un studio, des permanents, un comptable, une assurance RC pro, des cotisations URSSAF, n’est tout simplement plus compétitive sur ce marché. Elle ne peut pas l’être. Et c’est normal : ce n’est pas son métier.

Le problème, c’est que ce marché-là, la communication digitale courte, a aspiré une part énorme des budgets qui finançaient autrefois la fabrication de films. Et qu’il n’a pas été remplacé par autre chose.

3. L’irruption de l’IA générative

Sora (OpenAI), Runway, Veo (Google), Kling, Pika : ces outils produisent aujourd’hui des plans qui auraient demandé hier 3 jours de tournage et une équipe de 8 personnes. Je ne suis pas technophobe, j’enseigne à Toulouse Ynov Campus, je teste, j’observe, j’utilise certains de ces outils. Mais il faut nommer ce qui se passe.

Une partie significative de la production visuelle à faible enjeu narratif, les illustrations, les inserts, les transitions, les éléments motion design, certaines incrustations, des plans de coupe, est en train d’être absorbée par des outils qui ne rémunèrent ni techniciens, ni auteurs, ni intermittents, ni cadreurs, ni chefs op, ni ingénieurs son.

Ce n’est pas l’apocalypse. Mais c’est un transfert de valeur considérable, qui se fait en dehors des cadres collectifs (conventions collectives, droits d’auteur, intermittence) qui structurent depuis 80 ans le métier en France. La question n’est pas « faut-il interdire l’IA ? », elle ne se pose pas en ces termes. La question est : comment réintégrer cette valeur dans un écosystème qui rémunère le travail humain ? Personne, à ce jour, n’y répond sérieusement.

4. La concentration et la contraction du broadcast

Les chaînes historiques ont vu leurs budgets de commande se contracter sous la pression du marché publicitaire et de la fragmentation des audiences. France Télévisions, Arte et les régions ont des cases documentaire qui se raréfient et des unités magazine qui produisent en interne ce qu’elles externalisaient autrefois.

Les plateformes (Netflix, Disney+, Prime Video, Apple TV+, Max) commandent beaucoup, et de plus en plus en France, c’est même un des rares marchés en croissance. Mais elles travaillent avec un nombre restreint de producteurs structurés, souvent parisiens, avec des track records solides en fiction longue ou en série. Les indépendants régionaux n’y ont pratiquement pas accès, sauf coproduction ponctuelle.

Le résultat est mécanique : entre la contraction des chaînes traditionnelles et la concentration des plateformes premium, l’espace économique des sociétés de production indépendantes en région s’est considérablement réduit.

Ce qui m’inquiète vraiment

Ce n’est ni l’IA, ni les plateformes, ni la mutation technique. Ces évolutions sont irréversibles, et il faut composer avec.
C’est autre chose. C’est l’atomisation du secteur en structures unipersonnelles.

De plus en plus de jeunes professionnels, souvent bien formés, sortis d’écoles sérieuses, s’installent dès la sortie en micro-entreprise, en auto-entrepreneur, parfois en portage salarial. Pour une raison simple : le marché récompense à court terme la réactivité individuelle et le coût faible. Pas l’organisation collective, qui suppose une comptabilité, des charges sociales lourdes, des salariés, une convention collective, une logique d’investissement et de prise de risque.

Le problème n’est pas qu’ils gagnent leur vie comme ça. Beaucoup le font très bien, et c’est tant mieux. Le problème, c’est ce qu’ils perdent en chemin, sans toujours en mesurer la conséquence à long terme :

L’accès aux plateaux de fiction structurés, où l’on apprend la hiérarchie d’équipe, les rythmes longs, la résolution de problèmes en temps réel
• La culture du travail en équipe pluridisciplinaire (chef op, chef déco, ingé son, scripte, régie, perchman) : un savoir-faire collectif qui ne se reconstitue pas à partir de tutoriels YouTube.
• La rencontre quotidienne avec des techniciens, chefs de poste, auteurs, réalisateurs expérimentés — c’est par cette rencontre, et seulement par elle, qu’on apprend vraiment le métier.
• L’entrée dans les systèmes de financement publics (CNC, Régions, Procirep, ANGOA, SACEM) qui exigent des structures juridiques, des track records, des partenariats producteurs.
• L’accès aux conventions collectives, à l’intermittence, aux droits sociaux qui protègent les carrières longues.
• La possibilité, tout simplement, de travailler un jour sur une vraie œuvre de cinéma ou une série pour une plateforme premium.

On ne produit pas Netflix, Disney+ ou Prime seul dans sa chambre.

On peut produire du contenu pour le boulanger du coin. C’est utile, ça nourrit son homme, ça rend service. Mais ce n’est pas le 7ᵉ art. Et le 7ᵉ art, lui, exige des équipes, des financements, de la rigueur, de la méthode, des assurances, des contrats, des droits, des intermittents, des coproductions, des festivals, des diffuseurs.

Ce sont ces structures qui meurent en silence. Et avec elles, la porte d’entrée pour toute une génération qui ne sait même plus qu’elle existait.

 

La question ouverte

Je n’ai pas la réponse complète, et je me méfie de ceux qui prétendent l’avoir. Mais je crois que le débat doit s’ouvrir, sérieusement, et qu’il doit porter sur des points précis :

• Quelle politique publique d’accès des jeunes professionnels aux plateaux de fiction et de documentaire ? Aujourd’hui, sortir d’école sans avoir mis les pieds sur un vrai tournage long est devenu courant.
• Quelle réaffirmation du rôle des sociétés de production indépendantes structurées, qui forment, transmettent, prennent des risques et portent des œuvres dans la durée ?
• Quel dialogue lucide entre les écoles, les producteurs, les diffuseurs, les institutions et les pouvoirs publics, pour cartographier ce qui est en train de se perdre, avant qu’il ne soit trop tard ?
• Comment résister aux sirènes du « vite, seul, pas cher » sans pour autant nier les évolutions réelles du marché ?
• Comment produit-on encore quelque chose de grand, collectivement, dans un écosystème qui pousse chacun vers son coin ?

 

Ma place dans tout ça ?

J’ai fermé une société. Je n’ai pas fermé le métier.

Je continue en tant que directeur de production indépendant, au service de projets ambitieux : fiction, documentaire, captation, coproduction, projets institutionnels exigeants. Avec une ligne claire qui résume pour moi 20 ans de pratique :
Défendre les œuvres indépendantes. Transmettre le métier. Porter des productions qui ont besoin d’un bras opérationnel solide pour exister.

Je continue à enseigner à Toulouse Ynov Campus parce que transmettre, c’est refuser l’isolement. Parce que mettre des étudiants en situation réelle, sur de vrais plateaux, avec de vrais professionnels, c’est aujourd’hui la mission la plus utile qu’on puisse confier à un intervenant qui a fait le terrain.

Je continue à administrer la Compagnie L’An 01 parce que le collectif culturel, ça se défend chaque jour, dans la durée, contre la fatigue et contre l’air du temps.

Et je suis plus disponible que jamais pour accompagner des producteurs, des réalisateurs, des diffuseurs, des institutions qui cherchent un partenaire opérationnel pour porter leurs projets.

Prodigima a fermé. Le travail, lui, continue. Autrement

Space Activities

🚀

Space Activities

Audiovisuel et secteur spatial :
15 ans de productions entre Toulouse et les étoiles.

Il y a une ironie dans le fait de travailler pour le spatial depuis Toulouse. La ville est à la fois banale et extraordinaire : des façades en brique rose, des terrasses animées, le canal du Midi, et à quelques kilomètres, le Centre Spatial de Toulouse, des salles blanches où l’on assemble des satellites destinés à observer la Terre depuis l’orbite, des salles de contrôle qui communiquent avec la Station Spatiale Internationale. On vit dans la même ville que des ingénieurs qui envoient des sondes vers Mars, et la plupart des gens l’ignorent.

C’est ce décalage qui m’a d’abord frappé quand Prodigima a décroché ses premières missions pour le CNES, en 2008. Et c’est précisément ce décalage que nos productions ont toujours cherché à réduire : rendre accessible, visible, compréhensible, ce qui se passe dans ces bâtiments fermés au grand public.

Quinze ans plus tard, j’essaie de faire le bilan de ce que représente ce corpus de travail. Ce n’est pas une liste de références, c’est plutôt une tentative de raconter ce que cette pratique m’a appris, et ce qu’elle dit de la façon dont les institutions spatiales construisent, ou devraient construire, leur relation avec le monde extérieur.

Les débuts : CNES, 2008
La rencontre avec le CNES est fondatrice. Nicolas Baby et moi venons de nous croiser lors de cette première collaboration, et très vite, une conviction s’impose : le secteur spatial a des histoires extraordinaires à raconter et des outils de communication qui ne sont pas à la hauteur. Les films institutionnels sont souvent lourds, trop techniques, destinés à des pairs déjà convaincus. La vulgarisation est traitée comme un sous-genre. Le grand public, lui, est ignoré.

C’est dans cet espace-là que Prodigima s’est installé. Pas en simplifiant à outrance, mais en cherchant la bonne traduction, visuelle, narrative, émotionnelle, entre la rigueur scientifique et l’attention du spectateur lambda.

La première série produite pour le CNES, Les Métiers de l’Espace, donne le ton. L’idée : combiner humour et information technique pour donner envie aux jeunes de s’orienter vers les filières spatiales. Des films courts, accessibles, qui ne se prennent pas trop au sérieux. C’est une ligne éditoriale que nous allons défendre longtemps.

Les films projets et missions : documenter ce qui ne se voit pas

La majorité de notre travail pour le CNES appartient à une catégorie qu’on appelle les films projets ou films missions : des productions destinées à présenter un instrument, un satellite, un programme, à des publics variés, grand public, partenaires institutionnels, équipes internes, médias.

Le défi est toujours le même. Comment filmer quelque chose d’invisible ? Un instrument d’observation climatique, un radar altimétrique, une horloge atomique embarquée, ça ne ressemble à rien pour un œil non initié. Ce sont des boîtes métalliques, des câbles, des circuits imprimés. La narration doit compenser ce déficit visuel, et c’est là que le travail éditorial devient aussi important que la technique de tournage.

Sur quinze ans, nous avons produit les films de présentation de nombreuses missions :
CFOSAT – un satellite franco-chinois conçu pour mesurer les vagues et le vent à la surface des océans. Le film mêle animation 3D, voix off et montage d’images de terrain pour expliquer pourquoi cartographier les océans depuis l’espace intéresse à la fois les climatologues et les pêcheurs.
Pharao – une horloge atomique ultrastable embarquée à bord de la Station Spatiale Internationale, développée par le CNES pour tester la relativité générale en conditions orbitales. Sujet vertigineux. Film court. Le défi était de rendre compréhensible en quelques minutes pourquoi mesurer le temps avec une précision de 10⁻¹⁶ seconde depuis l’espace change quelque chose à notre compréhension de la physique fondamentale.
Microscope – un satellite dédié au test du principe d’équivalence d’Einstein. Même difficulté : le sujet est fondamental mais abstrait, le visuel est pauvre, et le public cible est large. Nous avons appris à travailler avec des animations 2D et 3D comme outil pédagogique principal, plutôt que comme décoration.
Taranis – satellite conçu pour étudier les phénomènes électromagnétiques liés aux orages depuis l’espace. Des sprites, des elfes, des jets bleus, des phénomènes que personne n’avait vus avant les années 1990 et qui portent des noms de personnages de Shakespeare. Pour le coup, la narration s’était presque écrite toute seule.
Parallèlement, nous avons produit des contenus autour du programme ATV (missions 1, 2, 4 et 5), de Jason 2, de SWOT (altimètre radar pour la mesure mondiale des eaux de surface), de MicroCarb (premier satellite européen dédié à la mesure du CO₂ atmosphérique), et de Trishna (mission thermique franco-indienne sur le cycle de l’eau). Des programmes aux enjeux très différents, mais qui partagent tous la même exigence : être racontés clairement, sans trahir la rigueur des équipes qui les portent.

La vulgarisation des instruments spatiaux : un genre à part entière

En parallèle des films missions, le CNES nous a confié la vulgarisation de plusieurs instruments embarqués. Ce sont des exercices d’écriture particuliers, quelque part entre le documentaire scientifique et l’infographie animée.

ChemCam, le spectromètre laser embarqué sur le rover Curiosity, conçu pour analyser la composition chimique des roches martiennes par télédétection laser. Le film a été produit pour une diffusion au Pavillon de l’eau de Paris, aux côtés du film sur SAM (Sample Analysis at Mars), l’instrument de chromatographie du même rover. Deux instruments, deux approches narratives, un même lieu de diffusion public.

IASI-NG – le sondeur atmosphérique infrarouge de nouvelle génération, embarqué à bord des satellites Metop-SG. Instrument critique pour la prévision météorologique et la surveillance du changement climatique. Nous avons travaillé sur l’ensemble des supports de communication du projet : animations 2D et 3D, films institutionnels, PowerPoints scientifiques, infographies, posters, en accompagnement éditorial intégré dans les équipes projet du CNES.

Déclic et Doris ont fait l’objet de traitements similaires : des films courts, didactiques, qui doivent fonctionner aussi bien dans une salle de conférence scientifique que sur un stand d’exposition grand public.

Ce travail de vulgarisation m’a appris quelque chose d’essentiel : la frontière entre « accessible au grand public » et « rigoureux pour les scientifiques » est beaucoup moins étanche qu’on ne le croit. Les meilleurs films de vulgarisation sont ceux que les chercheurs eux-mêmes trouvent justes, pas approximatifs, pas condescendants, mais simplement traduits dans une autre langue.

Le Book ATV-CC : archiver une aventure spatiale unique

En 2015, le programme ATV s’achève. Cinq vaisseaux cargo lancés entre 2008 et 2014, chacun portant le nom d’un grand savant européen, Jules Verne, Johannes Kepler, Edoardo Amaldi, Albert Einstein, Georges Lemaître. Au total, une trentaine de tonnes de fret acheminées à bord de la Station Spatiale Internationale.

Le Centre de Contrôle de l’ATV, l’ATV-CC, installé au Centre Spatial de Toulouse, est le cerveau opérationnel de ces missions depuis le sol. Un centre qui, pendant toute la durée du programme, entre dans le cercle très restreint des centres de mission accrédités pour interfacer avec l’ISS, aux côtés de Houston et de Moscou.

Quand le programme prend fin, le CNES cherche à en garder la mémoire d’une façon qui ne soit pas un simple rapport archivé. La commande nous est passée : concevoir et produire un web-documentaire interactif, de type book, compilant plusieurs années d’une aventure spatiale sans équivalent en Europe.

Le format final, 12 chapitres de 26 minutes, est une synthèse de tout ce que nous savions faire à l’époque : web-design, contenu éditorial, reportages vidéo, photographies de plateau, films, infographies. Notre équipe réalise l’intégralité de l’œuvre, du design de l’interface aux contenus eux-mêmes. Le résultat est accessible en ligne, construit pour durer, et reçu avec enthousiasme par les équipes du CNES qui y reconnaissent leur travail des dix dernières années.

C’est une des productions dont je suis le plus fier. Non pas parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle était utile, et qu’elle l’est encore.

La série Soleil : vulgarisation astrophysique pour le CNRS LATMOS

Le CNRS LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales) nous commande une série de films de vulgarisation sur les phénomènes astrophysiques liés au Soleil, dans le cadre de la mission PICARD.

PICARD est un microsatellite lancé en 2010 pour mesurer avec une précision inédite le diamètre et l’aplatissement du Soleil, et étudier leur relation avec l’irradiance solaire et l’activité magnétique. Des questions qui semblent abstraites, mais qui touchent directement à notre compréhension du climat terrestre à long terme.

Nous produisons trois films :
Picard – présentation de la mission et de ses objectifs scientifiques.
Venus – film sur le transit de Vénus devant le Soleil, événement astronomique rare utilisé comme outil de calibration pour PICARD.
L’Aplatissement du Soleil – vulgarisation du phénomène mesuré par la mission, en motion design.

Les trois films sont produits dans un format hybride : images d’archives de la communauté spatiale sous licence Creative Commons, animations 2D créées spécifiquement pour la production, voix off écrite par notre équipe. Ils sont ensuite diffusés au Pavillon de l’eau de Paris, dans une exposition sur les instruments d’observation spatiale.

El Niño, à l’endroit et à l’envers : l’exposition interactive

La Cité de l’Espace et le Quai des Savoirs de Toulouse sollicitent Prodigima, en co-traitance avec Master Films, pour la création des contenus d’une exposition interactive sur le phénomène El Niño.

Le dispositif est ambitieux : une animation double-écran, vidéoprojetée simultanément sur le sol et sur un mur, avec un son spatialisé et une interaction entre les deux projections. Notre équipe écrit le scénario, produit les animations, et prend en charge la partie technique de diffusion.

L’exposition voyage. Après Toulouse, elle est présentée au Parque Explora de Medellín, en Colombie, l’un des musées des sciences les plus visités d’Amérique du Sud. Ce n’est pas anodin : un contenu produit à Toulouse se retrouve à expliquer le phénomène El Niño à des enfants colombiens, dans un pays directement touché par ses effets climatiques. C’est le genre de circulation qui donne du sens au travail de vulgarisation.

Médecine spatiale : le MEDES et les campagnes d’alitement

Le MEDES – Institut de Médecine et Physiologie Spatiale de Toulouse, affilié au CNES, mène des recherches biomédicales pour les vols habités. Les campagnes d’alitement consistent à confiner des volontaires en position inclinée pendant plusieurs semaines, afin de simuler les effets de l’apesanteur sur le corps humain. Les résultats alimentent directement la préparation des missions vers l’ISS, et à terme vers la Lune et Mars.

Pour valoriser ces recherches auprès de publics variés, scientifiques, institutions, grand public, le MEDES nous confie la production de vidéos de présentation et de vulgarisation. Un travail particulier, à mi-chemin entre le film médical et le documentaire scientifique, qui demande de traiter avec précision des données cliniques tout en maintenant une narration accessible.

Accompagnement éditorial intégré : quand la production devient stratégie

À partir d’un certain stade de la relation avec le CNES, le travail dépasse la production audiovisuelle au sens strict. Plusieurs missions d’observation de la Terre m’ont confié un accompagnement éditorial et stratégique directement intégré dans leurs équipes projet.

GEODES
Le portail de données spatiales du CNES. Notre mission : production et intégration du contenu éditorial (rédaction d’articles, pages statiques, traductions), intégration dans le CMS, propositions d’évolution du design et de la mise en page, dans le respect de la charte graphique CNES. Un travail éditorial au long cours, invisible mais structurant.
SWOT
Le satellite franco-américain d’altimétrie radar, lancé en décembre 2022. Pour ce projet, le rôle dépasse largement la production de contenu : j’assure le lien entre le Centre Spatial de Toulouse et les équipes américaines lors du lancement, et j’accompagne le chef de projet dans les sollicitations médiatiques avec le service presse du CNES. Une mission qui tient autant de la coordination institutionnelle que de la communication.
IASI-NG
L’accompagnement porte sur la communication interne (équipes projet) et externe (communauté scientifique, grand public) en vue du lancement. Création de l’ensemble des supports : PowerPoints scientifiques, flyers, posters de congrès, infographies, supervision des animations 2D et 3D, films projets et films missions.
MicroCarb et Trishna
Accompagnement à la communication interne, supervision de la production des éléments graphiques et audiovisuels.

Ce mode d’intervention, producteur intégré dans les équipes, pas simple prestataire externe, change la nature du travail. On comprend mieux les enjeux, les contraintes, les tensions internes. On produit des contenus plus justes parce qu’on est là depuis le début, pas seulement pour le livrable final.

Industries spatiales : Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio

Au-delà du CNES, nous avons produit des films de communication pour les industriels du secteur.
Pour Airbus, des tournages studio autour des interviews de pilotes et de météorologues, couplés à des séquences de motion design traitant de la relation entre météorologie et aviation. Une production réalisée avec Météo France, qui illustre bien la transversalité des enjeux : un avionneur, une agence météo nationale, un sujet grand public.

Pour Thales Alenia Space et Telespazio, des tournages au Centre Spatial de Toulouse, salles de contrôle, interviews d’ingénieurs, et au Centre Spatial Guyanais à Kourou. Filmer à Kourou, c’est une expérience à part. Le site est impressionnant dans sa dimension physique : l’Ensemble de Lancement Ariane, les bâtiments d’assemblage, la forêt amazonienne en arrière-plan. Il y a quelque chose d’assez vertigineux à comprendre, en filmant ce décor, que c’est d’ici que partent les satellites qu’on a filmés en salle blanche à Toulouse quelques mois plus tôt.

Pour U-Space, startup toulousaine fondée par trois ingénieurs issus du CNES, spécialisée dans les nanosatellites modulaires, ayant levé 24 millions d’euros, nous avons accompagné la construction de toute l’identité de communication depuis la création : identité graphique, site internet, stratégie LinkedIn, benchmark, plan de communication. Un suivi au long cours, depuis le stade de la startup en phase d’amorçage jusqu’à celui de l’acteur reconnu du New Space.

Plus récemment, nous travaillons pour Skynopy, startup du secteur spatial, sur des supports graphiques à destination d’une cible B2B.

Un workflow dédié aux contraintes du secteur

Travailler dans le spatial, c’est travailler dans un secteur régi par des protocoles de sécurité, de confidentialité et de souveraineté que la plupart des productions audiovisuelles ne connaissent pas. Une salle blanche n’est pas un plateau de tournage. Un satellite en cours d’assemblage n’est pas un décor. Les données de mission ne sont pas des rushes à stocker sur un disque dur grand public.

Au fil des années, Prodigima a développé un processus de production entièrement adapté à ces contraintes : habilitation des équipes pour les accès aux sites sensibles, protocoles de gestion sécurisée des données, solutions de stockage et de transfert conformes aux standards du secteur, adaptabilité aux exigences spécifiques de chaque client.

Ce n’est pas un argument marketing. C’est une compétence opérationnelle qui s’acquiert sur le terrain, et qui conditionne la capacité à travailler dans des environnements où une erreur de protocole peut avoir des conséquences réelles.

Les accords-cadres : une relation structurée dans la durée

La dimension contractuelle de cette activité mérite d’être mentionnée, parce qu’elle dit quelque chose de la relation de confiance construite avec ces institutions.

Plusieurs accords-cadres organisent notre collaboration au long cours avec le secteur spatial :

CNES
Production audiovisuelle et communication, couvrant les projets ATV-CC, IASI-NG, SWOT, MicroCarb, Trishna, GEODES et le service communication.
Cité de l’Espace
Production audiovisuelle.
U-Space
Production audiovisuelle et support de communication.

Un accord-cadre, dans les marchés publics français, n’est pas un contrat ordinaire. C’est une procédure de mise en concurrence remportée, une qualification technique et financière reconnue, un engagement réciproque sur la durée. En avoir plusieurs dans le secteur spatial, c’est la démonstration que la relation n’est pas ponctuelle mais structurelle.

Ce que ce travail m’a appris

Quinze ans de productions pour le spatial, c’est un apprentissage continu, pas seulement sur les techniques audiovisuelles, mais sur la façon dont la science se raconte, dont les institutions communiquent, dont le savoir se transmet.

J’ai appris qu’un chercheur qui explique son travail à un enfant de dix ans est souvent plus précis qu’en parlant à ses pairs, parce que l’obligation de simplifier force à aller à l’essentiel. J’ai appris que les meilleures images d’un satellite ne sont jamais les images du satellite lui-même, mais celles des gens qui le construisent, qui le contrôlent, qui attendent les données qu’il renvoie. J’ai appris que le Centre Spatial Guyanais, vu depuis la forêt, ressemble à un décor de film de science-fiction, et que cette impression est exactement celle qu’il faut filmer, parce qu’elle dit la vérité de ce qui se passe là.

Et j’ai appris que Toulouse, finalement, est extraordinaire.

Studio 80

📹

Studio 80

16 ans d’un plateau toulousain qui a vu passer beaucoup de monde.

Entre 2009 et 2025, Prodigima a exploité un studio de tournage au numéro 80 d’une rue du quartier Bonnefoy, à deux pas de la gare Matabiau, à Toulouse. D’où son nom : Studio 80. Rien à voir avec sa surface ; le plateau, lui, faisait 70 m². Le « 80 », c’est l’adresse.

16 ans d’exploitation continue. Des centaines de tournages. Un outil que j’ai pensé, équipé, exploité, ouvert aux autres et finalement transmis. Un lieu où je suis passé presque tous les jours pendant 16 ans, et qui résume, à lui seul, beaucoup de ce que Prodigima aura été.

Pourquoi un studio à Toulouse, en 2009 ?

À l’époque, l’offre de plateaux de tournage à Toulouse était limitée. Les productions toulousaines partaient régulièrement louer des studios à Bordeaux, Montpellier ou Paris, faute de plateau correctement équipé sur place. Quand on a trouvé ce local quartier Bonnefoy, un volume généreux, avec un accès véhicules, une hauteur sous plafond exploitable et la possibilité d’une amenée triphasée, la décision a été simple.
Ouvrir un studio, c’était deux choses à la fois : un outil de production interne pour Prodigima, et un service à la communauté audiovisuelle locale. Un studio qu’on garde pour soi, ça ne tient pas économiquement. Un studio qu’on ouvre, ça structure un écosystème.

Ce qu’était ce studio, techniquement

Le Studio 80 a été pensé pour répondre à la majorité des besoins de tournage hors décors naturels :

Plateau de 70 m², soit environ 350 m³ de volume utile, hauteur sous plafond confortable
Cyclo vert/bleu sur 35 m² pour les incrustations, clé du succès du studio sur les usages corporate et institutionnels
Noir total possible – murs, plafond et système d’occultation complets
Balcon de prise de vue en hauteur pour placements caméra plongée et points de vue alternatifs
Alimentation triphasée – Tétra 2 × 32A, suffisante pour des installations lumière complètes
Climatisation réversible, un confort essentiel pour des tournages en été toulousain
Accès privé chargement/déchargement de plain-pied, suffisamment large pour faire entrer voitures et motos sur le plateau
Loge avec WC et douche
Fibre dédiée symétrique et vidéosurveillance 24/7

Le studio était officiellement référencé au Bureau d’accueil des tournages de Toulouse (Toulouse Tournages) ainsi que chez Occitanie Films dans la liste des plateaux régionaux. Prodigima était également signataire de la Charte Écoprod depuis 2020, un engagement qu’on a tenu jusqu’au bout, dans le choix des fournisseurs comme dans la gestion énergétique du lieu.

Ce qu’on y a tourné

Fiction
Plusieurs scènes de courts-métrages produits ou coproduits par Prodigima ont été tournées sur le plateau, en décors construits ou en incrustation cyclo. C’est là qu’on faisait monter les décorateurs, les chefs déco, qu’on construisait des micro-univers le temps de quelques jours, qu’on partait en repérage virtuel avant tournage.

Clips musicaux
Plusieurs clips ont été produits et/ou accueillis dans le studio, pour des labels indépendants toulousains, des artistes en développement, des productions invitées. Le cyclo et la possibilité de noir total en faisaient un lieu particulièrement adapté à l’esthétique clip, où l’on travaille beaucoup avec des fonds graphiques ou abstraits.

Publicité, corporate et institutionnel
C’est sans doute l’usage qui a le plus rempli le studio sur 16 ans : des centaines de prises de parole sur cyclo d’incrustation, pour des clients institutionnels et privés. Parmi eux : le CNES (formats récurrents) / Airbus / Météo France / U-Space / Delair / TBR / Université Toulouse Capitole / Cité de l’Espace / Les Terroirs du Chef

Ces tournages, qui peuvent paraître modestes vus de l’extérieur, ont représenté une part essentielle de l’activité du studio, et un savoir-faire spécifique : éclairer un cyclo pour incrustation propre, diriger un intervenant non comédien, livrer dans la journée des rushes prêts pour la postproduction.
Séries de vulgarisation pour le CNES
Plusieurs formats de séries de vulgarisation scientifique pour le CNES ont été tournés au Studio 80, avec décors construits, animateurs et plateau récurrent. C’est un usage exigeant : on n’est plus dans la prise de parole simple, on est dans la fabrication d’un véritable plateau TV, avec ses contraintes de continuité, d’éclairage, de raccord et de rythme.
Anecdotes — ce qu’un studio voit passer en 16 ans

Du fumigène, beaucoup de fumigène, pour les effets d’ambiance, au point qu’il fallait régulièrement aérer plusieurs heures avant la séance suivante
Des véhicules qu’on faisait rentrer sur le plateau pour tourner avec : voitures, motos, parfois des objets plus inattendus
Des youtubeurs et streameurs invités pour des formats spéciaux, dont Zerator, qui a été l’invité principal d’une émission lui étant dédiée et tournée intégralement dans le studio
Un partenariat avec Toulouse Ynov Campus pour permettre aux étudiants de la filière audiovisuel de venir y tourner leurs projets de fin d’études, un geste de transmission auquel je tenais.

Un studio ouvert aux autres productions

Le Studio 80 n’était pas réservé à Prodigima. Il a été régulièrement loué à d’autres sociétés de production et agences de communication régionales ou nationales : Agence Novo / Master Films / Chaprod / LCD Vision / Plusieurs labels musicaux…

Cette ouverture a été un choix structurant. D’abord parce qu’un studio comme celui-là, économiquement, ne tient pas si on le garde pour soi : la rentabilité passe par un taux d’occupation élevé. Ensuite, et surtout, parce qu’un outil, ça vit en circulant. Voir d’autres équipes investir le lieu, c’était à chaque fois apprendre quelque chose, croiser des méthodes, tisser des relations professionnelles qui ont nourri Prodigima sur la durée.

L’agence, c’était aussi 3 salles de post-production

Le Studio 80 ne se limitait pas au plateau. Dans le même bâtiment, Prodigima disposait d’un pôle post-production intégré, pensé comme la suite logique du plateau :

3 salles de montage – 12 m², 20 m², 36 m² (cette dernière en open space)
7 stations Mac Pro équipées Final Cut Pro X, Avid Media Composer, Adobe Creative Cloud
Monitoring audio professionnel et monitoring vidéo 4K
Climatisation, double vitrage, sièges ergonomiques
Salle de réunion équipée vidéoprojecteur, coin café à l’étage

Cet ensemble plateau + post-prod faisait du Studio 80 un véritable tout-en-un : on pouvait y commencer un projet par un brief client, y tourner les plans le lendemain, monter dans la foulée et livrer un PAD une semaine plus tard, sans jamais sortir du quartier Bonnefoy.
C’est une logique d’agence intégrée qui a longtemps été une vraie force commerciale, et qui correspondait à ce que cherchaient nos clients institutionnels : un interlocuteur unique, un lieu unique, une équipe unique, du brief à la livraison.

Ce que je retiens de ce lieu

Un studio, ce n’est pas que des mètres carrés et du matériel. C’est un lieu de travail collectif. Des équipes qui se croisent, s’entraident, se recommandent. Des étudiants qui découvrent un plateau pour la première fois et comprennent ce que veulent dire « régie », « plateau », « contre-jour ». Des clients qui reviennent parce qu’ils s’y sentent chez eux. Des techniciens intermittents qui y ont fait leurs premières heures et y ont construit, parfois, leurs premières années de carrière.

Le Studio 80 a fermé avec Prodigima en 2025. Les équipements sont partis, les murs aussi. Mais ce qui se construit dans ce genre de lieu, les liens, la méthode, les habitudes de travail, la culture professionnelle partagée, ça, ça ne se démonte pas.

C’est ce que j’emporte avec moi dans la suite.

Documentaires

📺

Produire le documentaire

Trois projets, trois univers, une même exigence

Il y a un poste dans la chaîne de fabrication d’un film documentaire qu’on ne voit presque jamais à l’écran. Un poste qui n’apparaît ni dans les bandes-annonces, ni dans les articles de presse, ni dans les conversations de festival. C’est pourtant celui sans lequel rien n’existe : le directeur de production.

C’est lui qui transforme une intention artistique en réalité concrète. Qui monte les dossiers de financement, négocie avec les diffuseurs et les partenaires institutionnels, organise la logistique de tournage, gère les équipes, les plannings, les budgets, les imprévus, et livre un programme conforme aux normes techniques de diffusion. Un travail de l’ombre, à la croisée de la gestion de projet, du droit audiovisuel et de la diplomatie permanente.

J’ai occupé cette fonction sur trois projets documentaires produits par Prodigima, la société que j’ai fondée et dirigée de 2009 à 2025. Trois projets radicalement différents dans leur sujet, leur format et leur économie, mais traversés par un même fil : raconter des territoires, des savoir-faire et des êtres humains qui résistent, ou qui innovent.

Food Markets

Ne laisse jamais la baraque

🍷 Dans le ventre de Toulouse

Documentaire · 43 minutes · 2015
Réalisation : Stefano Tealdi & Nicolas Baby
Co-production : Stefilm International (Turin), Ma.Ja.De Filmproduktion (Allemagne), Prodigima (Toulouse)
Diffuseurs : ARTE, ZDF, RAI
Site ARTE : https://distribution.arte.tv/fiche/IN_THE_BELLY_OF_THE_CITY

Ce film est un épisode de la série documentaire internationale Food Markets – In the Belly of the City, créée et portée par le producteur italien Stefano Tealdi via sa société turinoise Stefilm International. Le concept est aussi simple que redoutablement efficace : chaque épisode plonge dans le marché couvert d’une grande ville européenne pour en révéler l’identité culinaire, les producteurs, les artisans et les traditions gastronomiques qui font battre le cœur d’une région. La série, qui compte à ce jour plus de vingt épisodes, de Florence à Riga, de Zagreb à Fribourg, a été récompensée du prix du meilleur programme international aux US Taste Awards 2014 et diffusée dans le monde entier.

L’épisode toulousain, co-réalisé par Stefano Tealdi et Nicolas Baby, nous fait pénétrer dans le marché couvert Victor Hugo, véritable institution de la Ville rose. On y découvre les trésors de la gastronomie du Sud-Ouest : le jambon de porc noir de Bigorre, les truffes noires du Quercy, le Rocamadour, le confit de canard, le foie gras, et bien sûr le haricot tarbais, ingrédient roi du cassoulet. Le chef étoilé Michel Sarran y livre ses secrets et sa vision de ce que représente le « ventre » de Toulouse. On visite une cave d’affinage inattendue, on croise les poissonniers les plus attachants de la ville, et on découvre un concept de restauration rapide de qualité exclusivement fondé sur des produits locaux et traditionnels.

Pour Prodigima, ce projet représentait un défi de production particulier : s’insérer dans une mécanique de co-production européenne à trois pays (Italie, Allemagne, France), respecter une « bible de production et de montage » commune à l’ensemble de la série, garante de la cohérence éditoriale entre les épisodes, tout en assurant la coordination locale des tournages à Toulouse et dans les exploitations environnantes. Un exercice d’équilibriste entre exigences internationales et ancrage territorial. Le résultat parle de lui-même : l’épisode est aujourd’hui noté 8.3/10 sur IMDb et continue d’être rediffusé régulièrement sur ARTE.

🎪 Ne laisse jamais la baraque

Documentaire · 52 minutes · 2017
Réalisation : Vladimir Kozlov
Production : Prodigima – France Télévisions
Diffusion : France 3 Occitanie (première diffusion le lundi 22 janvier 2018, après le Grand Soir 3)
Soutiens : Région Occitanie, Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Procirep – Société des Producteurs, ANGOA, Gindou Cinéma, SACEM
Voix off : François-Henri Soulié

« Ne laisse jamais la baraque. » Ce sont les derniers mots d’un grand-père à son petit-fils. Un testament oral, une injonction lancée depuis le fond d’une tradition vieille de plusieurs siècles.

Ce film raconte l’histoire de Jean Durozier (1922–2011), comédien, metteur en scène et fondateur du Théâtre Populaire en Occitanie (T.P.O.) en 1966. Durozier n’était pas n’importe quel homme de théâtre : il était l’héritier de cinq générations de comédiens ambulants, dont les ancêtres, au XVIIIe siècle, étaient déjà musiciens, comédiens et « artistes d’agilités » sur les routes de France. Personnalité mythique de la vie culturelle montalbanaise et du Tarn-et-Garonne, il a sillonné le Gers, berceau de sa compagnie, Midi-Pyrénées et le grand Sud-Ouest pendant des décennies, portant le théâtre de tréteaux dans les villages les plus reculés.

Dans les années 1930, le théâtre itinérant français connaissait encore un essor considérable, avec près de 200 compagnies qui sillonnaient les routes du pays. Vingt ans plus tard, la modernisation et la télévision ont tout balayé. Les compagnies ambulantes se sont sédentarisées ou ont disparu dans l’indifférence la plus totale. Durozier, lui, a résisté. Il est devenu, jusqu’en 2002, le dernier saltimbanque, le dernier à maintenir la « baraque » debout.

Le réalisateur Vladimir Kozlov est lui-même un personnage hors du commun. Né en 1956 à Minsk, formé au prestigieux VGIK (Institut national de la cinématographie de Moscou), il a été pendant treize ans assistant réalisateur aux studios Belarusfilm et Mosfilm, travaillant notamment sur le film Requiem pour un massacre d’Elem Klimov, Grand prix du Festival de Moscou 1985 et œuvre majeure du cinéma soviétique. En 1992, Kozlov s’installe en France et rejoint… le Théâtre Populaire d’Occitanie. C’est là, auprès de Durozier, qu’il découvre un esprit humaniste, familial et convivial. Pendant 12 ans, il travaille avec la troupe, parcourant les endroits les plus isolés de France. Comme il le dit lui-même : « J’y ai découvert une France cordiale, fraternelle et désintéressée, une France humaine. »

Le documentaire mêle images d’archives, témoignages de Jean Durozier et de ses proches, et les talents narratifs de Kozlov pour dresser le portrait du théâtre ambulant français, de ses années de gloire jusqu’à son déclin. Le film interroge le spectateur sur la valeur de la culture théâtrale populaire, du métier de comédien et de sa place dans une société où les ressources du divertissement semblent inépuisables. Conté par la voix de François-Henri Soulié, c’est un devoir de mémoire autant qu’un dernier lever de rideau.

Le film a été sélectionné au 23ème Festival international du documentaire « Meetings in Siberia » en Russie et au Aegean Docs International Documentary Film Festival en Grèce, et a fait l’objet de projections événementielles en Occitanie, notamment au Château-Musée Marcel Lenoir de Montricoux.

Produire ce film signifiait construire un plan de financement multi-partenarial complexe, six soutiens institutionnels en plus du diffuseur France Télévisions, accompagner un réalisateur au parcours atypique dans ses choix narratifs, et assurer la fabrication d’un 52 minutes aux normes broadcast tout en préservant l’intimité et l’authenticité du propos.

🚀 Book ATV-CC

Web-documentaire · 12 × 26 minutes · 2015
Réalisation : Laura Ribes Leal & Patrice Bennaroche
Production : Prodigima
Commanditaire : CNES (Centre National d’Études Spatiales)
Diffusion : cnes.fr

Ce projet se situe à la frontière entre documentaire, archive multimédia et objet éditorial interactif. Commandité par le CNES, il se présente sous la forme d’un « livre interactif » (book web) retraçant l’intégralité de l’aventure du centre de contrôle du vaisseau spatial ATV, l’ATV-CC, basé au Centre Spatial de Toulouse.

L’ATV (Automated Transfer Vehicle) était le vaisseau cargo européen conçu par l’ESA pour ravitailler la Station Spatiale Internationale. De forme cylindrique, long de 10 mètres pour 4,5 mètres de diamètre, il était capable de transporter jusqu’à 8 tonnes de matériel, oxygène, carburant, eau potable, vivres, équipements scientifiques, et de s’amarrer de manière autonome à l’ISS. Le centre de contrôle toulousain, confié au CNES par décision du conseil de l’ESA en décembre 1998, opérait en interface directe avec les centres de Houston (NASA) et de Moscou (Roscosmos), faisant de Toulouse l’un des rares points névralgiques des opérations de la Station Spatiale dans le monde.

Cinq missions ATV se sont succédé : Jules Verne (2008), Johannes Kepler (2011), Edoardo Amaldi (2012), Albert Einstein (2013) et Georges Lemaître (2014). Le web-documentaire compile les témoignages, reportages, photographies, infographies et films accumulés au fil de ces missions pour offrir un récit à la fois humain et technique de cette aventure spatiale européenne, vue par les yeux de celles et ceux qui l’ont vécue de l’intérieur.

L’équipe de Prodigima a conçu et réalisé l’intégralité de l’œuvre : web-design, direction artistique, tournages des interviews, production des contenus graphiques et éditoriaux, intégration technique. Le résultat est un objet patrimonial durable, un recueil d’expériences personnelles et professionnelles à lire, écouter et regarder, accessible sur le site du CNES.

Ce projet illustre une facette moins visible mais essentielle de mon travail de producteur : la capacité à répondre à des commandes institutionnelles de haut niveau, à proposer des formats éditoriaux innovants et à piloter des équipes pluridisciplinaires (réalisateurs, développeurs web, graphistes, monteurs) dans un environnement où la rigueur scientifique et la conformité institutionnelle ne sont pas négociables.

Ce qui relie ces trois projets

Un marché couvert du centre de Toulouse. Des routes de campagne du Sud-Ouest. Un centre de contrôle spatial opérant en liaison avec Houston et Moscou. Trois territoires qui n’ont rien en commun, sinon un même besoin : être racontés avec justesse et portés par une production solide.

Dans chaque cas, le travail de directeur de production a consisté à assembler des financements multi-partenaires, qu’ils soient européens, nationaux ou institutionnels,, à coordonner des co-productions impliquant des structures de tailles et de cultures très différentes, à gérer la logistique de tournages parfois complexes, et à livrer des programmes conformes aux exigences techniques et éditoriales de diffuseurs aussi variés qu’ARTE, France 3 ou le CNES.

C’est un métier de l’ombre, à la fois très concret et profondément engagé. Un métier où la rigueur de gestion n’a de sens que si elle est mise au service d’un propos artistique ou éditorial fort. Et c’est précisément cet équilibre qui, depuis plus de vingt ans, continue de me motiver.

👉 gaboriaud.net

#Documentaire #WebDoc #Production #DirecteurDeProduction #ARTE #France3 #CNES #Prodigima #Toulouse #Occitanie #Gastronomie #ThéâtreAmbulant #Spatial #ATV #Patrimoine

Marchés publics

🏢

Marchés publics, accords cadres et grands comptes

Quinze ans de productions pour les institutions qui exigent le meilleur

Il existe une forme de production audiovisuelle dont on parle peu, parce qu’elle ne fait pas les couvertures et ne remporte pas de prix au Festival de Cannes. Elle se déroule dans des couloirs d’établissements publics, dans des amphithéâtres de recherche, dans des salles de conférence d’agences spatiales. Elle mobilise les mêmes compétences, écriture, image, son, post-production, mais dans un cadre contractuel qui ne pardonne pas l’improvisation.
C’est une grande partie de ce que j’ai fait pendant quinze ans à la tête de Prodigima.

Répondre à un appel d’offres public : un métier dans le métier

Avant de produire un seul plan, il faut gagner le marché. Et pour les institutions publiques, cela signifie passer par un processus rigoureux : lecture attentive du cahier des charges, analyse du besoin réel derrière les formulations administratives, chiffrage précis de la production, rédaction d’une offre technique et financière cohérente, respect des délais de soumission.
Ce travail préparatoire ne se voit jamais à l’écran. Il conditionne pourtant tout ce qui vient ensuite.

Chez Prodigima, j’ai appris à lire les appels d’offres comme d’autres lisent des scénarios, en cherchant ce qui n’est pas écrit, en identifiant les vrais enjeux sous les intitulés génériques, en anticipant les contraintes opérationnelles que le commanditaire n’a pas encore formulées. Une université qui demande un film de vulgarisation sur ses travaux de recherche ne parle pas seulement de contenu : elle parle de valorisation institutionnelle, de recrutement, parfois de relations publiques avec ses financeurs. Comprendre ça, c’est déjà produire mieux.

CNES – Le Centre National d’Études Spatiales

Le CNES est sans doute la relation institutionnelle la plus exigeante et la plus stimulante de mon parcours. Travailler pour l’agence spatiale française, c’est produire des contenus qui doivent à la fois être scientifiquement rigoureux, accessibles à un public large, et conformes aux exigences de communication d’un établissement sous tutelle ministérielle.
Les différents marchés et accords cadres couvraient la production audiovisuelle et la communication pour divers projets spatiaux, ainsi que pour le service de communication interne et externe de l’agence.
Le projet le plus emblématique de cette collaboration reste la couverture des opérations de l’ATV-CC,, consacré au support en communication de l’ATV Control Centre de Toulouse, le centre de mission qui a piloté les opérations du vaisseau cargo spatial ATV de l’ESA vers la Station Spatiale Internationale. Un programme unique en Europe, qui a représenté une fierté technologique et humaine considérable pour Toulouse et pour le CNES.

Le défi de ce projet était double : rendre accessible une réalité technique extrêmement complexe, tout en respectant la sensibilité institutionnelle et les contraintes de communication d’une agence gouvernementale. Douze épisodes, des dizaines d’intervenants, un format multimédia combinant témoignages, archives et narration, produit avec la précision que ce type de partenaire impose.

Ma collaboration avec le CNES ne s’est pas limitée à ce projet. Elle a inclus des captations multi-caméra pour des conférences et événements à Toulouse et à Paris, ainsi que des missions de terrain pour la communication autour des campagnes de ballons stratosphériques tout autour du monde.

Cité de l’Espace – La Semeccel

La Cité de l’Espace, gérée par la Semeccel, est l’un des sites culturels et scientifiques les plus fréquentés d’Occitanie. L’accord cadre portait sur la production audiovisuelle pour ce lieu d’exception, un lieu où le contenu doit fonctionner pour des publics radicalement différents : scolaires, familles, passionnés d’astronomie, touristes internationaux.

J’ai par exemple travaillé sur le développement de l’exposition El Niño, à l’endroit à l’envers, en collaboration avec Master Films et la Semeccel, un projet qui mêlait direction artistique, conception de contenus audiovisuels et intégration dans un dispositif d’exposition muséographique. Une prestation qui dépasse le simple « film de commande » pour entrer dans la conception d’expérience.

France Télévisions – Post-production image et son

L’accord cadre avec France Télévisions portait sur la post-production image et son. Pour un prestataire audiovisuel, intégrer la chaîne de fabrication d’un diffuseur national exige une maîtrise technique sans faille : workflows normalisés, respect des formats de diffusion, exigences de conformité technique qui ne souffrent aucun écart.

Ce type de collaboration est peu visible au générique. Elle est pourtant fondatrice, parce qu’elle impose une discipline industrielle que beaucoup de petites structures de production n’ont pas à acquérir. Chez Prodigima, elle a renforcé ma capacité à opérer avec des équipes de post-production professionnelles, sur des formats et des délais imposés par la grille d’un diffuseur national.

Ma relation avec France Télévisions s’est également manifestée à travers la production de documentaires diffusés sur France 3 Occitanie, notamment Ne laisse jamais la baraque (52 minutes, réalisation Vladimir Kozlov), une plongée dans l’histoire du Théâtre Populaire d’Occitanie et un portrait du dernier théâtre ambulant du sud-ouest. Le film a bénéficié du soutien de la Région Occitanie, du CNC, de la Procirep-Angoa et de la SACEM, et a été sélectionné au Festival International du Documentaire de Sibérie.

U-Space – Production audiovisuelle et communication

L’accord cadre avec U-Space, acteur de l’innovation dans l’économie spatiale, couvrait la production audiovisuelle et le support de communication. Un type de mission qui combine la capacité à produire des contenus techniques de qualité et à les intégrer dans une stratégie de communication plus large, institutional branding, valorisation de projets R&D, diffusion auprès d’investisseurs et de partenaires institutionnels.

Le portefeuille public : recherche, santé, universités

Au-delà de ces quatre accords cadres, j’ai produit des centaines de productions pour un ensemble d’établissements publics, ce qui reflète la diversité de mes compétences.

Dans la recherche et l’enseignement supérieur, j’ai collaboré avec le CNRS, l’INRA, l’INSERM, l’Université Toulouse-1 Capitole, l’Université Toulouse-3 Paul Sabatier, Toulouse School of Economics, l’ICAM, Météo France et la Région Occitanie pour des productions de vulgarisation scientifique, des films institutionnels, des captations de colloques et de conférences.

Chacun de ces commanditaires a ses propres contraintes : un laboratoire de recherche veut valoriser ses travaux auprès du grand public sans trahir la rigueur scientifique ; une université veut attirer des étudiants et des partenaires sans ressembler à une brochure commerciale ; une collectivité territoriale veut raconter ses politiques publiques avec un niveau d’exigence que la simple communication politique ne permet pas.

Dans la santé publique, j’ai produit des contenus très variés pour le CHU de Toulouse, l’ARS Occitanie, et la CPAM, des institutions pour lesquelles le contenu audiovisuel est un outil de service public, avec tout ce que cela implique en termes de sensibilité des sujets traités et de validation des messages par des équipes médicales et juridiques.
Au total, ce sont plusieurs centaine de productions audiovisuelles et institutionnelles réalisées dans ce cadre public et grands comptes, films de vulgarisation, captations multi-caméra, web-documentaires, conférences hybrides, contenus d’exposition.

Pour Dans le ventre de Toulouse (43 minutes, co-production avec Stefilm International), j’ai produit un documentaire diffusé sur ARTE, RAI1 et ZDF, une coproduction internationale qui exige de maîtriser les attentes éditoriales de trois diffuseurs publics européens simultanément.

Les grands comptes privés : même rigueur, autre terrain

Le cadre contractuel du secteur privé impose des exigences différentes mais tout aussi élevées. Nos clients grands comptes ont inclus Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio, Hewlett Packard, U-Space ou encore le MEDES – Institut de Médecine et de Physiologie Spatiales, Columbia University of New York, Toulouse Business School, et la Société Chimique de France.
J’ai notamment assuré la direction de captations multi-caméra lors de présentations publiques à Paris, des événements où la régie en direct ne donne pas droit à l’erreur.

Ce que cette expérience construit réellement

Il y a quelque chose que l’on comprend seulement en travaillant longtemps avec des institutions publiques : elles ne renouvellent pas une collaboration par inertie. Elles ont des procédures, des comités de validation, des obligations de mise en concurrence régulière. Si le CNES ou France Télévisions reviennent, c’est parce que le travail fourni la fois précédente justifiait de ne pas chercher ailleurs.

Cette exigence permanente a façonné une façon de travailler qui dépasse le simple savoir-faire technique. Elle m’a appris à écrire des dossiers rigoureux, à chiffrer avec précision, à respecter des contraintes contractuelles sans les subir, à livrer dans des cadres où le dépassement de budget ou de délai n’est pas une option.

Elle m’a aussi appris que la vulgarisation, scientifique, institutionnelle, culturelle, est un vrai métier. Transformer des données de recherche en récit accessible, rendre une politique publique compréhensible pour ses bénéficiaires, faire sentir en 26 minutes ce que représente le pilotage d’un vaisseau spatial depuis Toulouse : c’est un travail d’écriture, d’image et de son qui exige autant de soin qu’une fiction.

Campagnes Ballons

🎈

Campagnes Ballons du CNES (2015–2025)

Cadreur & photographe de terrain

Depuis 10 ans, j’accompagne la sous-direction Ballons du CNES sur ses campagnes de lancement de ballons stratosphériques à travers le monde. Mon rôle : assurer les prises de vues 4K en caméra broadcast, produire un reportage photographique complet de chaque campagne, et réaliser à l’issue de chaque mission un film retraçant l’ensemble des opérations.
5 campagnes. 4 pays. Des environnements opérationnels exigeants où l’intégration au groupe, sans jamais gêner le déroulement des opérations, est aussi importante que la qualité des images.

Campagnes Ballons

Le contexte : qu’est-ce qu’une campagne Ballons du CNES ?

La France est l’un des deux pays les plus actifs au monde dans le domaine des ballons stratosphériques, avec les États-Unis. Le CNES cumule plus de 60 ans d’expertise et plus de 3 500 lancements de ballons à son actif. Ces engins, capables de se maintenir entre 20 et 40 km d’altitude, sont les seuls véhicules aptes à étudier durablement et in situ l’atmosphère à des altitudes inaccessibles aux drones et aux avions, bien en dessous des orbites satellites.

Une campagne de lâchers s’étale sur plusieurs semaines. Elle mobilise des dizaines de tonnes de matériel acheminées par bateau ou par avion, des équipes opérationnelles composées de ballonniers, de scientifiques et d’ingénieurs, et s’appuie sur des bases de lancement situées dans des zones peu peuplées aux quatre coins du globe : Timmins au Canada, Esrange à Kiruna en Suède, Alice Springs en Australie, Mahé aux Seychelles, et bientôt Palmas de Tocantins au Brésil.

Chaque campagne comprend plusieurs vols. Chaque vol suit une chronologie rigoureuse : préparation des nacelles, gonflage de l’enveloppe à l’hélium, lâcher à un instant précis dicté par les conditions météorologiques, suivi en salle de contrôle pendant le vol, puis récupération de la nacelle et de ses instruments au sol, parfois à des centaines de kilomètres du point de lâcher, par hélicoptère ou par voie terrestre.

C’est dans ce contexte que je m’intègre, caméra à l’épaule, pour capter chaque étape.

Campagnes Ballons

🇨🇦 Strato Science 2015 – Timmins, Ontario, Canada

Ma première campagne. De la mi-août à fin septembre 2015, la base de Timmins a accueilli 5 vols de ballons stratosphériques ouverts (BSO) dédiés aux sciences atmosphériques et à l’astronomie. Parmi les nacelles embarquées : le télescope PILOT, un instrument franco-français porté par le CNES et l’IRAP, conçu pour mesurer l’émission polarisée submillimétrique des poussières interstellaires, une nacelle de près de 2 tonnes hissée à plus de 40 km d’altitude sous une enveloppe colossale. Mais aussi les nacelles Climat, H2O, BIT, Carmen et Gold, chacune portant des instruments de mesure atmosphérique ou astronomique opérés par des laboratoires français et internationaux.

6 nacelles scientifiques préparées, lâchées, opérées en vol puis récupérées. Le tout en collaboration avec l’Agence Spatiale Canadienne, partenaire historique du CNES sur le site de Timmins depuis les années 2010.

Mon travail sur cette campagne : prises de vues au sol et en salle de contrôle, captation des gonflages, des lâchers et des récupérations. Les images produites ont alimenté le film « Strato Science 2015 : 6 ballons du CNES dans le ciel canadien » (3 min 22), avec les illustrations fournies par Prodigima Films. Ce film a servi d’outil de communication institutionnelle pour les Rencontres du Ciel et de l’Espace et les opérations de médiation scientifique du CNES.
C’est sur cette campagne que j’ai découvert la réalité opérationnelle des lâchers de BSO, une technique dans laquelle les ballonniers du CNES sont parmi les seuls au monde (avec les Indiens) à utiliser un ballon auxiliaire pour soulever légèrement la nacelle lors des premiers instants du décollage, évitant qu’elle ne s’abîme au sol. Un ballet mécanique d’une précision remarquable.

Campagnes Ballons

 

🇨🇦 Strato Science 2018 – Timmins, Ontario, Canada

Retour à Timmins pour une nouvelle campagne Strato Science. Au-delà de la captation classique en 4K, cette édition a marqué un tournant : Prodigima Films a cette fois assuré l’intégralité de la réalisation du film « Des ballons pour la science » (3 min 07). Le film, produit par le CNES et Prodigima Films, a été tourné à Timmins et complété par des images captées à Alice Springs en Australie. J’en assurais les prises de vues. Le montage a été confié à Baptiste Carrère, le scénario co-écrit par Nicolas Baby, Stéphane Louvel (sous-directeur adjoint Ballons du CNES et chef de mission des campagnes) et Serge Delmas. Une version française et une version anglaise ont été produites.
Mais la vraie nouveauté de cette campagne, c’est la production d’un film en réalité virtuelle (360°), une première pour le CNES. Ce film immersif, livré sur casque Oculus Go, permettait une visite complète de la base de Timmins et une plongée au cœur des opérations de lâcher. Un outil de démonstration et de médiation inédit, pensé pour les événements publics et les rencontres institutionnelles du CNES.

 

🇸🇨 Pré-campagne Stratéole 2 – 2019 – Mahé, Seychelles

Changement de décor radical. Après les forêts boréales de l’Ontario et le froid canadien, direction l’aéroport international de Mahé, aux Seychelles, en plein océan Indien. La campagne se déroule en octobre-novembre 2019, à proximité directe de la piste commerciale, là où les jets des compagnies desservant les Seychelles décollent et atterrissent quotidiennement.

Stratéole 2 est un programme d’observation de la dynamique atmosphérique dans la zone intertropicale, conduit par la France avec une forte collaboration internationale, notamment américaine. Son originalité : l’utilisation de ballons pressurisés stratosphériques d’un diamètre de 11 à 13 mètres, capables de dériver pendant plus de 3 mois à 18-20 km d’altitude et de parcourir jusqu’à 80 000 km, soit deux fois le tour de la Terre. Les nacelles, appelées Zéphyr, emportent des charges utiles légères d’environ 22 kg.
Cette pré-campagne de 2019 était technologique : 8 ballons pressurisés lâchés de nuit pour qualifier en vol le comportement des charges utiles et des nacelles avant les futures campagnes scientifiques. Les deux premiers vols ont emporté des nacelles « à blanc », sans instrumentation scientifique, afin d’observer le comportement des ballons et du système de gestion embarqué en conditions réelles.

Filmer à Mahé, c’est composer avec un contexte tropical imprévisible : pluies abondantes, risques cycloniques dans le bassin de l’océan Indien, fenêtres de lâcher exclusivement nocturnes. Les lâchers se faisaient de nuit, sur le tarmac, dans l’humidité équatoriale. Une ambiance radicalement différente des bases arctiques ou canadiennes, mais une exigence opérationnelle identique. Mon travail sur cette campagne a consisté à documenter l’intégralité du processus, de l’assemblage des nacelles dans les hangars à l’envol des ballons dans la nuit tropicale, en vidéo 4K et en photographie.

 

🇸🇪 Klimat 2021 – Esrange, Kiruna, Suède

Août 2021. Base de l’Esrange, 67°53′ de latitude nord, au-dessus du cercle polaire arctique. C’est ici, au milieu des forêts de pins suédois, que le CNES a déployé la campagne Klimat 2021, 4 vols de ballons stratosphériques ouverts (BSO) spécialement dédiés à l’étude du climat et à l’analyse des gaz à effet de serre. Deux vols emportaient des instruments de laboratoires français, deux autres des instruments européens dans le cadre du programme H2020 Hemera.

La campagne Klimat s’est déroulée conjointement avec MAGIC 2021, une campagne internationale de grande envergure pilotée par le CNRS et le CNES, mobilisant plus de 80 scientifiques issus de 17 équipes et 7 pays. Le dispositif combinait une vingtaine de ballons, 3 avions de recherche (dont l’ATR-42 du SAFIRE) et des instruments au sol. L’objectif : mesurer les flux de gaz à effet de serre (CO₂ et méthane) dans les hautes latitudes, une zone soumise à un réchauffement plus rapide que la moyenne planétaire.
Le point d’orgue : le vol Super Climat, dernier vol de la campagne, lancé dans la nuit arctique sous le soleil de minuit. Au moment du lâcher, le ciel de Kiruna comptait simultanément 1 BSO, 2 BLD (ballons légers dilatables), 3 avions et 4 spectromètres au sol, complétés par 2 hélicoptères de récupération. Un ballet aérien coordonné d’une complexité rare, que j’ai documenté en continu.
Les photographies produites sur cette campagne ont été publiées sur le site officiel de la sous-direction Ballons du CNES, ainsi que dans le CNES Mag n°89, numéro spécial Ballons. Les images y couvrent le gonflage du ballon auxiliaire, la nacelle Gloria suspendue sous le BAX, la remorque d’hélium, le clapet du ballon, les débuts de vol — toute la chaîne opérationnelle documentée visuellement.

 

🇸🇪 Transat 2024 – Esrange, Kiruna, Suède

La campagne la plus ambitieuse de toutes. En juin 2024, le CNES a opéré depuis la base de l’Esrange 3 vols BSO, baptisés Sapheraller, Transat et Atmosfer, embarquant un total de 25 instruments et expériences scientifiques issus de laboratoires français et internationaux.

Le premier vol, Sapheraller, a ouvert la campagne le 12 juin 2024 à 4h30 du matin. Après 4 heures de vol, la nacelle, la chaîne de vol et l’enveloppe ont été récupérées en Suède par une équipe héliportée, sur une trajectoire quasiment identique à celle simulée par les modèles météorologiques. Un début de campagne exemplaire.

Mais le morceau de bravoure, c’est le vol Transat : le tout premier vol transatlantique d’un BSO opéré par le CNES. Un ballon d’une masse de 2,9 tonnes, équipé d’une enveloppe de plus de 800 000 m³, près de 6 fois le volume de l’Arc de Triomphe, lâché le samedi 22 juin 2024 à 20h57 depuis Esrange. Le ballon a traversé l’Atlantique à 40 km d’altitude, porté par les vents d’Est en Ouest, survolant l’Islande puis le Groenland, avant d’atterrir sur l’île de Baffin au nord du Canada après 3 jours et 17 heures de vol. 8 instruments de laboratoires français, suédois, allemands et canadiens étaient à bord. Les équipes se sont relayées 24h/24 pour suivre la progression du ballon, assistées d’une station de suivi déportée au Groenland et de liaisons satellite redondantes Iridium et Inmarsat.

L’acheminement logistique de cette campagne a représenté environ 90 tonnes de matériel convoyé de France vers la Suède. J’ai documenté l’ensemble des opérations, de la mise en place de la nacelle charge utile jusqu’au lâcher historique, en 4K et en photographie.

Ce que j’ai appris en 10 ans de campagnes Ballons

Filmer une campagne de lâchers de ballons stratosphériques, ce n’est pas un tournage classique. Il n’y a pas de plan de travail préétabli, pas de feuille de service figée la veille.

Les chronologies de lâcher sont décidées parfois seulement quelques heures avant le go, en fonction de conditions météorologiques au sol et en stratosphère qui doivent converger dans une fenêtre étroite. Un lâcher peut être déclenché à 4h30 du matin comme à 21h. Il peut être annulé à la dernière minute si le vent au sol dépasse 5 ou 6 m/s.

Le cadreur doit être prêt en permanence, intégré au rythme opérationnel du groupe, et surtout invisible : pas question de gêner le travail des ballonniers ou de compromettre la sécurité d’un lâcher. C’est ce que le CNES a lui-même souligné dans un témoignage publié sur prodigima.com : « L’équipe Prodigima a su s’adapter à des contextes particuliers, dans des environnements difficiles, et s’intégrer à un groupe opérationnel pour faire des prises de vue sans gêner le bon déroulement des opérations. »

Il faut aussi encaisser les conditions physiques : le froid arctique de Kiruna à 68° de latitude nord, la chaleur tropicale de Mahé, les journées de 20 heures sur le terrain, le décalage horaire, l’isolement géographique. Et produire, malgré tout, des images qui racontent avec justesse ce que représente ce savoir-faire unique — celui de femmes et d’hommes qui envoient, depuis plus de six décennies, des instruments scientifiques dans la stratosphère au bout d’une enveloppe de polyéthylène de 15 microns d’épaisseur — quatre fois moins qu’un cheveu.

À chaque campagne, un film est livré. À chaque campagne, un reportage photographique complet est remis au CNES. Ces images alimentent la vidéothèque officielle de l’agence, les publications institutionnelles (CNES Mag, sites web, expositions), les supports de médiation scientifique et les outils de communication vers les partenaires internationaux. Ce sont des traces durables d’une aventure scientifique et humaine qui, campagne après campagne, continue de repousser les limites de ce que l’on peut accomplir avec un ballon.

Campagnes Ballons

👉 gaboriaud.net

#CNES #Ballons #PriseDeVues #4K #Broadcast #Reportage #Photographie #Stratosphère #Prodigima #Audiovisuel #Spatial #Science #Documentaire #Stratéole #Klimat #Transat #StratoScience

Long-métrage

🚂

Entre deux trains (Long Time No See)

Retour sur un long-métrage hors normes

Un film qui commence par un pari.
Il y a des projets qu’on accepte parce qu’ils ont du sens, même quand tout indique qu’ils n’auraient pas dû exister. Entre deux trains est de ceux-là.

Lorsque Pierre Filmon m’a présenté son projet, la proposition était radicale : un long-métrage de fiction tourné en une semaine, à Paris, avec un budget serré, en douze plans-séquences.

Pas de plateau, pas de décors construits, presque aucun filet de sécurité. Juste une idée, une mise en scène d’une précision absolue, et deux acteurs capables de tenir le film sur leurs seules épaules pendant plus d’une heure.
Ce genre de pari, on ne le prend pas à la légère et c’est précisément pourquoi on le prend.

L’histoire

Il y a neuf ans, Marion et Grégoire ont vécu une brève histoire d’amour. Aujourd’hui, ils se croisent par hasard Gare d’Austerlitz, entre deux trains. Lui arrive. Elle repart. Elle dispose de quatre-vingts minutes avant que son train ne parte. Ce sont leurs retrouvailles, leur dernière chance de faire le point sur leur vie, leurs vérités, leurs regrets et leurs souvenirs communs.

Le pitch est d’une simplicité trompeuse.

Mais c’est précisément dans cette contrainte dramaturgique — l’unité de lieu, l’unité de temps, la pression du quai — que Pierre Filmon a trouvé son espace d’expression. Entre deux trains fonctionne comme une mécanique d’horlogerie : chaque minute compte, chaque mot pèse, et le spectateur est soumis à la même urgence que les personnages. On pense évidemment à Linklater et à Before Sunset, ou à Varda et à Cléo de 5 à 7 — des références que la presse a d’ailleurs évoquées spontanément — mais le film de Filmon possède une grammaire qui lui est propre, construite autour du plan-séquence comme principe de mise en scène, et non comme effet stylistique.

Entre deux trains
Entre deux trains
Entre deux trains
Entre deux trains

La genèse du projet

Le passé de Marion et Grégoire n’est pas sorti de nulle part. Pierre Filmon avait écrit au début des années 2000 un premier scénario mettant en scène ces deux personnages — une histoire d’amour se déroulant à l’hôpital maritime de Berck-sur-Mer. Ce film ne s’est jamais fait. Les personnages sont restés dans un tiroir pendant une quinzaine d’années, avant de ressurgir sous cette nouvelle forme : deux anciens amants, un quai de gare, une poignée de minutes volées au temps. C’est souvent ainsi que naissent les meilleurs projets — non pas d’une idée neuve, mais d’une idée qui a mûri assez longtemps pour trouver sa vraie forme.

Entre deux trains est le premier long-métrage de fiction de Pierre Filmon, après Close Encounters with Vilmos Zsigmond (2016), documentaire sur l’immense directeur de la photographie américain d’origine hongroise, présenté en Sélection Officielle à Cannes Classics. Ce n’est donc pas un premier film au sens d’un coup d’essai : c’est une œuvre portée par quelqu’un qui connaît le cinéma en profondeur, qui sait ce que filmer veut dire, et qui choisit délibérément la contrainte comme moteur de création.

Entre deux trains
Entre deux trains
Entre deux trains

Un casting d’exception

Le film repose sur quatre acteurs.
Laëtitia Eïdo incarne Marion. Connue en France notamment pour la série Fauda et pour Tel Aviv on Fire, elle apporte à ce rôle une complexité rare — une femme qui a fait des choix, qui les assume, et qui se retrouve soudainement confrontée à ce qu’elle aurait pu vivre autrement. Sa présence à l’écran est d’une densité remarquable.

Pierre Rochefort est Grégoire. Figure montante du cinéma français, remarqué dans Un beau dimanche de Nicole Garcia et dans Le Bureau des Légendes, il déploie dans ce film une palette émotionnelle d’une grande justesse — entre l’homme qui arrive et celui qui ne sait pas encore ce qu’il cherche. Ce rôle lui vaudra le Prix du Meilleur Acteur au 32è Festival de Cinema de Girona, en Espagne.

Ronald Guttman et Estéban complètent le quatuor dans des rôles dont la discrétion narrative contraste avec leur impact dramatique.

Une production à l’os et une exigence totale

Produit par Almano Films (Pierre et Claire Filmon, Matthieu Deniau), Prodigima Films (Nicolas Baby et Romain Gaboriaud) et Le Studio Orlando (Philippe Grivel), le film a été conçu dans une économie de production radicale. Pour un long-métrage sorti en salles, c’est un exploit industriel autant qu’artistique.

Ce budget contraint n’a pas été subi : il a été choisi. Pierre Filmon a construit son dispositif de tournage en fonction de cette réalité économique, en faisant de la contrainte un principe artistique. Le résultat : un film tourné en une semaine à Paris, en extérieur, dans des lieux publics, la Gare d’Austerlitz, le Jardin des Plantes, le café maure de la Grande Mosquée, avec une équipe réduite et une préparation millimétrée.

En tant que producteur délégué, mon travail sur ce type de projet consiste précisément à rendre viable ce qui paraît a priori impossible : structurer le financement, sécuriser les conditions de tournage, coordonner les partenaires, et veiller à ce que la vision artistique du réalisateur ne soit jamais compromise par les impératifs de production. Sur Entre deux trains, cela a exigé une grande rigueur et une confiance totale entre les équipes.

Image : Olivier Chambon AFC, dont la direction de la photographie a d’ailleurs été récompensée par le Prix de la Meilleure Photographie au 4è Festival du Cinéma Zsigmond Vilmos en Hongrie.

Musique : David Hadjadj
Musique originale composée, dirigée et interprétée par ses soins, avec violon (Noémie Poumet) et violoncelle (Catherine Doise), enregistrée et mixée au Studio 13 à Paris. Sa partition a reçu le Prix de la Meilleure Musique au FIMUCITÉ de Tenerife, en Espagne.

Montage : Anouk Zivi.

Entre deux trains

Une carrière internationale exceptionnelle

Le film a commencé sa vie internationale avant même sa sortie en salles en France. Pierre Filmon avait inscrit Entre deux trains au cœur d’une stratégie de festival patiente et ambitieuse, et le résultat est parlant :

33 festivals internationaux dans 17 pays. De Shanghai à Moscou, le plus vieux festival de cinéma au monde avec Venise, de Morelia (Mexique) à Goa (Inde), de Girona (Espagne) à Beyrouth (Liban), de Stony Brook (USA) à Budapest.

La Première française a eu lieu au 12è Festival Francophone d’Angoulême, où le film a été sélectionné par Dominique Besnehard – coup de cœur personnel du fondateur du festival, et l’un des noms les plus respectés du cinéma français.

Les principales sélections :

  • 12è Festival Francophone d’Angoulême (Première française)
  • 23è Festival International du Film de Shanghai (Première internationale, 5 projections en salles)
  • 18è Morelia International Film Festival, Mexique
  • 42è Moscow International Film Festival
  • 32è Festival de Cinema de Girona, Espagne
  • 4è Zsigmond Vilmos IFF, Hongrie
  • 14è FIMUCITÉ, Tenerife, Espagne
  • 25è Stony Brook Film Festival, USA
  • 51è IFFI Goa, Inde
  • 10è FF de Valenciennes, 23è FF d’Albi, 6è FF de La Baule (France)

Les prix :

🏆 Meilleur acteur — Pierre Rochefort (32è Girona FF, Espagne, 2020)

🏆 Meilleur film — 25è Stony Brook Film Festival (USA, 2020)

🏆 Meilleur film — 32è Girona FF (Espagne, 2020)

🏆 Meilleur film de fiction — Felacos (Chili, 2021)

🏆 Meilleur réalisateur — Rajasthan IFF (Inde, 2021)

🏆 Meilleur film — Kosova Film Fest (Kosovo, 2021)

🏆 Meilleur film international — LIFF (Liban, 2021)

🏆 Meilleure photographie — Olivier Chambon (Zsigmond Vilmos IFF, Hongrie, 2020)

🏆 Meilleure musique — David Hadjadj (FIMUCITÉ, Tenerife, 2020)

 

La critique

Le film a reçu un accueil remarquable de la presse spécialisée française et internationale. Quelques mots de critiques publiés à l’occasion de la sortie ou des projections en festival :

Subtil suspense romanesque qui étreint nos cœurs – Benzine Mag

Formidable ! – Lisa Nesselson, Screen Daily & France 24, présidente de l’Académie des Lumières

Un film français dans toute sa splendeur – Sortir à Paris

Très bon film — Michel Ciment, Positif

Une poésie contemporaine – Nicole Garcia, réalisatrice

Ces mots viennent de personnalités qui ne les distribuent pas à la légère. Michel Ciment, fondateur et rédacteur en chef de Positif pendant des décennies, est l’une des voix les plus exigeantes du cinéma français. Nicole Garcia est elle-même une réalisatrice dont on retrouve le nom dans le générique d’un des films de Pierre Rochefort. Que ces gens prennent le temps de s’exprimer sur un film à petit budget, sorti dans une vingtaine de salles, dit quelque chose d’essentiel sur la nature de l’œuvre.

La sortie en salles et l’après

Après une longue attente liée à la crise sanitaire, Entre deux trains est sorti en salles en France le 10 novembre 2021, distribué par OSPROD Studios / Almano Films. Le film a tenu sept semaines au Grand Action à Paris – l’une des salles de référence du cinéma d’auteur parisien – et a circulé dans une vingtaine de salles en province.

Fait rarissime pour un film de ce budget : une salle parisienne supplémentaire, L’Épée de Bois (100 rue Mouffetard, Paris 5e), a demandé à programmer le film après sa première sortie. Une deuxième vie en salle, spontanée, tirée par le bouche-à-oreille.

Disponibilité : le film est aujourd’hui édité en DVD chez Tamasa éditions et accessible en VOD sur FilmoTV. Il est référencé sur IMDb avec une note de 8.2/10, ce qui le place, pour un film aussi confidentiel, dans une catégorie d’appréciation que peu de productions françaises indépendantes atteignent.

Ce que ce film m’a appris

Produire Entre deux trains, c’était accepter de travailler dans un cadre où chaque décision avait un poids démultiplié. Pas de marge de manœuvre financière, pas de possibilité de rajouter une journée de tournage si quelque chose se passe mal, pas de budget pour corriger les erreurs en post-production. La contrainte absolue oblige à une préparation et à une coordination d’un niveau que les grosses productions n’exigent pas toujours.

C’est paradoxalement dans ce contexte qu’on produit le travail le plus propre : tout est pensé en amont, tout est maîtrisé, rien n’est laissé au hasard. Le producteur n’est pas là pour gérer des imprévus, il est là pour faire en sorte qu’il n’y en ait pas.

12 plans-séquences. Une semaine de tournage. 33 festivals. 9 prix. 17 pays. Et une sortie en salles qui a tenu.

Ce film est la preuve que la vision artistique, portée par les bonnes personnes et une production rigoureuse, peut tout à fait se passer de moyens démesurés. C’est une leçon que je continue d’appliquer dans chaque projet.

Clips musicaux

💿

CLIPS MUSICAUX

Trois projets, trois artistes de la scène musicale

La production de clips musicaux n’a jamais été le cœur de métier de Prodigima.

Pourtant, au fil des années, trois projets se sont imposés naturellement, portés par des rencontres avec des artistes de la scène toulousaine et au-delà.

Trois projets différents dans leur forme, leur ambition et leur registre musical, mais traversés par une même conviction : qu’un clip est avant tout un objet cinématographique à part entière, avec ses propres contraintes narratives, sa photographie, son montage, et son rythme.

Ce qui suit est un retour sur ces trois collaborations.

🎵 Bart & Baker feat. EÏDÖ – Atlantida (2019)

L’artiste
Laëtitia Eïdo, connue à l’écran sous le nom de scène EÏDÖ, est une actrice franco-libanaise dont la carrière s’étend bien au-delà des frontières françaises. Elle est notamment connue pour son rôle de Dr Shirin dans la série Fauda, produite par Netflix, aux côtés de Lior Raz. Elle a également joué dans la série américaine HBO Cinemax Strike Back, dans le long-métrage Mon Fils d’Eran Riklis, et dans le film Long Time No See de Pierre Filmon, un long-métrage que Prodigima Films a précisément co-produit, ce qui témoigne de la nature de notre relation avec elle, bien au-delà de ce seul clip.

En 2019, elle révèle une autre facette de son talent en accompagnant les DJs-producteurs Bart & Baker sur le titre Atlantida.

Le projet musical
Atlantida est une adaptation de l’air traditionnel El Payande, popularisé par la chanteuse canadienne Lhasa de Sela. Bart & Baker en proposent une relecture électronique, mélancolique et dansante, sur laquelle la voix de Laëtitia Eïdo vient poser une couleur franco-libanaise immédiatement reconnaissable. La mélodie originale est signée Luis Albertini. La chanson est distribuée par Wagram Music, éditée par Philippe Daniel (Melmax).

La production du clip
Mon rôle : directeur de la photographie.

La production est assurée par Nicolas Baby. Le tournage a lieu dans les studios Prodigima, à Toulouse. La post-production mobilise une équipe resserrée mais précise :

Montage : Robin Barrière & Laëtitia Eïdo
Motion Design : Milan Bruzy
Étalonnage : Alexandre Lelaure
Création des fonds visuels : Laëtitia Eïdo
Incrustation des fonds : Perrine Prieur
Graphisme pochette : Élodie Bransolle
Typographie : Nicolas Delbourg

Le clip mise sur une esthétique de plateau soignée, avec des fonds travaillés en post-production et un traitement colorimétrique qui renvoie à l’univers visuel du duo Bart & Baker, des images léchées, lumineuses, qui servent la présence scénique de Laëtitia Eïdo autant qu’elles accompagnent la chanson.

🎸 Renarde / Dibra – Une Fin au Silence (2021)

L’artiste
Bruno Dibra est auteur, compositeur et interprète. D’origine albanaise, il est installé à Auch, près de Toulouse, depuis 1992. Sous le nom de scène Renarde, le projet est aujourd’hui renommé Dibra, son nom de famille, il développe depuis plusieurs années un univers musical à part : du rock en français, inspiré du cinéma des années 60 et de son psychédélisme, quelque part entre les Arctic Monkeys, les Libertines et la chanson française. Un univers où la roublardise du renard coexiste avec la mélancolie du crooner.

Renarde / Dibra est un projet à géométrie variable : Bruno compose seul, puis s’entoure de quatre musiciens, William Pieuchot, Simon Tirel, Etienne Bally et Cédric Poudroux, pour les répétitions et les concerts. Le tout est auto-produit dans l’esprit, même si l’EP Courts Métrages bénéficie d’un vrai cadre professionnel.

Le premier EP Courts Métrages (12 mars 2021)
Ce premier EP représente un an et demi de travail. 5 titres sélectionnés parmi 20 maquettes, en collaboration étroite avec le producteur et réalisateur Jeremy Dunne (Nuance Records). L’enregistrement se fait pendant 10 jours dans une maison de campagne transformée en studio, où plusieurs musiciens, certains de formation classique, d’autres autodidactes, se succèdent. Les arrangements sont signés par Quentin Lachapèle, arrangeur londonien, qui intègre au son de base guitares, batterie et claviers un quatuor à cordes et un trio de cuivres.
Les textes parlent du regard des autres, de l’exil, de l’abandon, du mensonge, des thèmes personnels que Bruno Dibra traduit avec une précision désarmante.
Parmi les titres de l’EP, Une Fin au Silence et Perdu d’avance sont accompagnés de clips. Un live enregistré au Mamma Shelter de Toulouse (À l’envers) complète la mise en image du projet.

La production du clip Une Fin au Silence
Mon rôle : accueil et production du clip via Prodigima.

Réalisation : Jeremy Dunne & Renarde
Images : Dorian Cruz & Guillaume Imbert (Skopika Production)
Lumières et maquillage : Lorène Chevalier
Production : Bruno Dibra

Prodigima est ici la structure d’accueil et de support de production. Un rôle discret mais concret : mettre à disposition les outils, l’espace, le cadre logistique pour que le clip puisse se faire dans de bonnes conditions.

🎤 I Me Mine – Nobody’s Hotter Than Me

L’artiste
I Me Mine est un power-trio toulousain formé par Fred, Sam et Guillaume, trois musiciens issus de groupes dissous qui se retrouvent autour d’une passion commune : faire de la musique leur métier. Le nom est emprunté à une chanson des Beatles sur l’album Let It Be, ce qui dit beaucoup de leur culture musicale.

Leur univers navigue entre pop exigeante et rock indie, avec une attention portée aux arrangements complexes, aux polyphonies et aux mélodies catchy. L’influence d’Air, de Phoenix, de Wes Anderson dans leur imaginaire visuel est explicitement revendiquée. En dix ans, ils ont publié 3 albums : I Me Mine (2015), Ellipsis (2018) et Tsu Na Mi (2023), avec une reconnaissance croissante sur la scène occitane et nationale.

La production du clip
Mon rôle : Chef opérateur et production du clip via Prodigima.

Réalisation : Guillaume Thiburs & Nicolas Baby
Production : Prodigima (Romain Gaboriaud)

Nobody’s Hotter Than Me est un titre extrait de leur discographie, mis en image avec la complicité de Nicolas Baby, co-fondateur de Prodigima, et de Guillaume Thiburs. Le clip affirme l’esthétique du groupe : un sens du cadre, de l’humour visuel, et une maîtrise narrative qui fait écho à leur goût pour le cinéma.

Ce que ces trois projets ont en commun

Ce qui m’a attiré vers chacun de ces projets, c’est la cohérence d’univers. Bart & Baker ont une identité visuelle précise. Bruno Dibra sait exactement ce qu’il veut raconter. I Me Mine pense leurs clips comme des extensions de leur musique, pas comme des accessoires promotionnels.

Dans chaque cas, Prodigima a apporté autre chose que de la technique : un cadre de confiance, un studio, une équipe, un regard. La musique impose ses propres contraintes au cadre, le tempo, les montées émotionnelles, la répétition, et c’est précisément ce qui en fait un exercice singulier. On ne raconte pas une chanson comme on raconte une histoire. On la traduit.

→ Portfolio complet : gaboriaud.net