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Space Activities

Audiovisuel et secteur spatial :
15 ans de productions entre Toulouse et les étoiles
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Il y a une ironie dans le fait de travailler pour le spatial depuis Toulouse. La ville est à la fois banale et extraordinaire : des façades en brique rose, des terrasses animées, le canal du Midi, et à quelques kilomètres, le Centre Spatial de Toulouse, des salles blanches où l'on assemble des satellites destinés à observer la Terre depuis l'orbite, des salles de contrôle qui communiquent avec la Station Spatiale Internationale. On vit dans la même ville que des ingénieurs qui envoient des sondes vers Mars, et la plupart des gens l'ignorent.

C'est ce décalage qui m'a d'abord frappé quand Prodigima a décroché ses premières missions pour le CNES, en 2008. Et c'est précisément ce décalage que nos productions ont toujours cherché à réduire : rendre accessible, visible, compréhensible, ce qui se passe dans ces bâtiments fermés au grand public.

Quinze ans plus tard, j'essaie de faire le bilan de ce que représente ce corpus de travail. Ce n'est pas une liste de références, c'est plutôt une tentative de raconter ce que cette pratique m'a appris, et ce qu'elle dit de la façon dont les institutions spatiales construisent, ou devraient construire, leur relation avec le monde extérieur.

Les débuts : CNES, 2008
La rencontre avec le CNES est fondatrice. Nicolas Baby et moi venons de nous croiser lors de cette première collaboration, et très vite, une conviction s'impose : le secteur spatial a des histoires extraordinaires à raconter et des outils de communication qui ne sont pas à la hauteur. Les films institutionnels sont souvent lourds, trop techniques, destinés à des pairs déjà convaincus. La vulgarisation est traitée comme un sous-genre. Le grand public, lui, est ignoré.

C'est dans cet espace-là que Prodigima s'est installé. Pas en simplifiant à outrance, mais en cherchant la bonne traduction, visuelle, narrative, émotionnelle, entre la rigueur scientifique et l'attention du spectateur lambda.

La première série produite pour le CNES, Les Métiers de l'Espace, donne le ton. L'idée : combiner humour et information technique pour donner envie aux jeunes de s'orienter vers les filières spatiales. Des films courts, accessibles, qui ne se prennent pas trop au sérieux. C'est une ligne éditoriale que nous allons défendre longtemps.

Les films projets et missions : documenter ce qui ne se voit pas

La majorité de notre travail pour le CNES appartient à une catégorie qu'on appelle les films projets ou films missions : des productions destinées à présenter un instrument, un satellite, un programme, à des publics variés, grand public, partenaires institutionnels, équipes internes, médias.

Le défi est toujours le même. Comment filmer quelque chose d'invisible ? Un instrument d'observation climatique, un radar altimétrique, une horloge atomique embarquée, ça ne ressemble à rien pour un œil non initié. Ce sont des boîtes métalliques, des câbles, des circuits imprimés. La narration doit compenser ce déficit visuel, et c'est là que le travail éditorial devient aussi important que la technique de tournage.

Sur quinze ans, nous avons produit les films de présentation de nombreuses missions :
CFOSAT - un satellite franco-chinois conçu pour mesurer les vagues et le vent à la surface des océans. Le film mêle animation 3D, voix off et montage d'images de terrain pour expliquer pourquoi cartographier les océans depuis l'espace intéresse à la fois les climatologues et les pêcheurs.
Pharao - une horloge atomique ultrastable embarquée à bord de la Station Spatiale Internationale, développée par le CNES pour tester la relativité générale en conditions orbitales. Sujet vertigineux. Film court. Le défi était de rendre compréhensible en quelques minutes pourquoi mesurer le temps avec une précision de 10⁻¹⁶ seconde depuis l'espace change quelque chose à notre compréhension de la physique fondamentale.
Microscope - un satellite dédié au test du principe d'équivalence d'Einstein. Même difficulté : le sujet est fondamental mais abstrait, le visuel est pauvre, et le public cible est large. Nous avons appris à travailler avec des animations 2D et 3D comme outil pédagogique principal, plutôt que comme décoration.
Taranis - satellite conçu pour étudier les phénomènes électromagnétiques liés aux orages depuis l'espace. Des sprites, des elfes, des jets bleus, des phénomènes que personne n'avait vus avant les années 1990 et qui portent des noms de personnages de Shakespeare. Pour le coup, la narration s'était presque écrite toute seule.
Parallèlement, nous avons produit des contenus autour du programme ATV (missions 1, 2, 4 et 5), de Jason 2, de SWOT (altimètre radar pour la mesure mondiale des eaux de surface), de MicroCarb (premier satellite européen dédié à la mesure du CO₂ atmosphérique), et de Trishna (mission thermique franco-indienne sur le cycle de l'eau). Des programmes aux enjeux très différents, mais qui partagent tous la même exigence : être racontés clairement, sans trahir la rigueur des équipes qui les portent.

La vulgarisation des instruments spatiaux : un genre à part entière

En parallèle des films missions, le CNES nous a confié la vulgarisation de plusieurs instruments embarqués. Ce sont des exercices d'écriture particuliers, quelque part entre le documentaire scientifique et l'infographie animée.

ChemCam, le spectromètre laser embarqué sur le rover Curiosity, conçu pour analyser la composition chimique des roches martiennes par télédétection laser. Le film a été produit pour une diffusion au Pavillon de l'eau de Paris, aux côtés du film sur SAM (Sample Analysis at Mars), l'instrument de chromatographie du même rover. Deux instruments, deux approches narratives, un même lieu de diffusion public.

IASI-NG - le sondeur atmosphérique infrarouge de nouvelle génération, embarqué à bord des satellites Metop-SG. Instrument critique pour la prévision météorologique et la surveillance du changement climatique. Nous avons travaillé sur l'ensemble des supports de communication du projet : animations 2D et 3D, films institutionnels, PowerPoints scientifiques, infographies, posters, en accompagnement éditorial intégré dans les équipes projet du CNES.

Déclic et Doris ont fait l'objet de traitements similaires : des films courts, didactiques, qui doivent fonctionner aussi bien dans une salle de conférence scientifique que sur un stand d'exposition grand public.

Ce travail de vulgarisation m'a appris quelque chose d'essentiel : la frontière entre "accessible au grand public" et "rigoureux pour les scientifiques" est beaucoup moins étanche qu'on ne le croit. Les meilleurs films de vulgarisation sont ceux que les chercheurs eux-mêmes trouvent justes, pas approximatifs, pas condescendants, mais simplement traduits dans une autre langue.

Le Book ATV-CC : archiver une aventure spatiale unique

En 2015, le programme ATV s'achève. Cinq vaisseaux cargo lancés entre 2008 et 2014, chacun portant le nom d'un grand savant européen, Jules Verne, Johannes Kepler, Edoardo Amaldi, Albert Einstein, Georges Lemaître. Au total, une trentaine de tonnes de fret acheminées à bord de la Station Spatiale Internationale.

Le Centre de Contrôle de l'ATV, l'ATV-CC, installé au Centre Spatial de Toulouse, est le cerveau opérationnel de ces missions depuis le sol. Un centre qui, pendant toute la durée du programme, entre dans le cercle très restreint des centres de mission accrédités pour interfacer avec l'ISS, aux côtés de Houston et de Moscou.

Quand le programme prend fin, le CNES cherche à en garder la mémoire d'une façon qui ne soit pas un simple rapport archivé. La commande nous est passée : concevoir et produire un web-documentaire interactif, de type book, compilant plusieurs années d'une aventure spatiale sans équivalent en Europe.

Le format final, 12 chapitres de 26 minutes, est une synthèse de tout ce que nous savions faire à l'époque : web-design, contenu éditorial, reportages vidéo, photographies de plateau, films, infographies. Notre équipe réalise l'intégralité de l'œuvre, du design de l'interface aux contenus eux-mêmes. Le résultat est accessible en ligne, construit pour durer, et reçu avec enthousiasme par les équipes du CNES qui y reconnaissent leur travail des dix dernières années.

C'est une des productions dont je suis le plus fier. Non pas parce qu'elle est spectaculaire, mais parce qu'elle était utile, et qu'elle l'est encore.

La série Soleil : vulgarisation astrophysique pour le CNRS LATMOS

Le CNRS LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales) nous commande une série de films de vulgarisation sur les phénomènes astrophysiques liés au Soleil, dans le cadre de la mission PICARD.

PICARD est un microsatellite lancé en 2010 pour mesurer avec une précision inédite le diamètre et l'aplatissement du Soleil, et étudier leur relation avec l'irradiance solaire et l'activité magnétique. Des questions qui semblent abstraites, mais qui touchent directement à notre compréhension du climat terrestre à long terme.

Nous produisons trois films :
Picard - présentation de la mission et de ses objectifs scientifiques.
Venus - film sur le transit de Vénus devant le Soleil, événement astronomique rare utilisé comme outil de calibration pour PICARD.
L'Aplatissement du Soleil - vulgarisation du phénomène mesuré par la mission, en motion design.

Les trois films sont produits dans un format hybride : images d'archives de la communauté spatiale sous licence Creative Commons, animations 2D créées spécifiquement pour la production, voix off écrite par notre équipe. Ils sont ensuite diffusés au Pavillon de l'eau de Paris, dans une exposition sur les instruments d'observation spatiale.

El Niño, à l'endroit et à l'envers : l'exposition interactive

La Cité de l'Espace et le Quai des Savoirs de Toulouse sollicitent Prodigima, en co-traitance avec Master Films, pour la création des contenus d'une exposition interactive sur le phénomène El Niño.

Le dispositif est ambitieux : une animation double-écran, vidéoprojetée simultanément sur le sol et sur un mur, avec un son spatialisé et une interaction entre les deux projections. Notre équipe écrit le scénario, produit les animations, et prend en charge la partie technique de diffusion.

L'exposition voyage. Après Toulouse, elle est présentée au Parque Explora de Medellín, en Colombie, l'un des musées des sciences les plus visités d'Amérique du Sud. Ce n'est pas anodin : un contenu produit à Toulouse se retrouve à expliquer le phénomène El Niño à des enfants colombiens, dans un pays directement touché par ses effets climatiques. C'est le genre de circulation qui donne du sens au travail de vulgarisation.

Médecine spatiale : le MEDES et les campagnes d'alitement

Le MEDES - Institut de Médecine et Physiologie Spatiale de Toulouse, affilié au CNES, mène des recherches biomédicales pour les vols habités. Les campagnes d'alitement consistent à confiner des volontaires en position inclinée pendant plusieurs semaines, afin de simuler les effets de l'apesanteur sur le corps humain. Les résultats alimentent directement la préparation des missions vers l'ISS, et à terme vers la Lune et Mars.

Pour valoriser ces recherches auprès de publics variés, scientifiques, institutions, grand public, le MEDES nous confie la production de vidéos de présentation et de vulgarisation. Un travail particulier, à mi-chemin entre le film médical et le documentaire scientifique, qui demande de traiter avec précision des données cliniques tout en maintenant une narration accessible.

Accompagnement éditorial intégré : quand la production devient stratégie

À partir d'un certain stade de la relation avec le CNES, le travail dépasse la production audiovisuelle au sens strict. Plusieurs missions d'observation de la Terre m'ont confié un accompagnement éditorial et stratégique directement intégré dans leurs équipes projet.

GEODES
Le portail de données spatiales du CNES. Notre mission : production et intégration du contenu éditorial (rédaction d'articles, pages statiques, traductions), intégration dans le CMS, propositions d'évolution du design et de la mise en page, dans le respect de la charte graphique CNES. Un travail éditorial au long cours, invisible mais structurant.
SWOT
Le satellite franco-américain d'altimétrie radar, lancé en décembre 2022. Pour ce projet, le rôle dépasse largement la production de contenu : j'assure le lien entre le Centre Spatial de Toulouse et les équipes américaines lors du lancement, et j'accompagne le chef de projet dans les sollicitations médiatiques avec le service presse du CNES. Une mission qui tient autant de la coordination institutionnelle que de la communication.
IASI-NG
L'accompagnement porte sur la communication interne (équipes projet) et externe (communauté scientifique, grand public) en vue du lancement. Création de l'ensemble des supports : PowerPoints scientifiques, flyers, posters de congrès, infographies, supervision des animations 2D et 3D, films projets et films missions.
MicroCarb et Trishna
Accompagnement à la communication interne, supervision de la production des éléments graphiques et audiovisuels.

Ce mode d'intervention, producteur intégré dans les équipes, pas simple prestataire externe, change la nature du travail. On comprend mieux les enjeux, les contraintes, les tensions internes. On produit des contenus plus justes parce qu'on est là depuis le début, pas seulement pour le livrable final.

Industries spatiales : Airbus, Thales Alenia Space, Telespazio

Au-delà du CNES, nous avons produit des films de communication pour les industriels du secteur.
Pour Airbus, des tournages studio autour des interviews de pilotes et de météorologues, couplés à des séquences de motion design traitant de la relation entre météorologie et aviation. Une production réalisée avec Météo France, qui illustre bien la transversalité des enjeux : un avionneur, une agence météo nationale, un sujet grand public.

Pour Thales Alenia Space et Telespazio, des tournages au Centre Spatial de Toulouse, salles de contrôle, interviews d'ingénieurs, et au Centre Spatial Guyanais à Kourou. Filmer à Kourou, c'est une expérience à part. Le site est impressionnant dans sa dimension physique : l'Ensemble de Lancement Ariane, les bâtiments d'assemblage, la forêt amazonienne en arrière-plan. Il y a quelque chose d'assez vertigineux à comprendre, en filmant ce décor, que c'est d'ici que partent les satellites qu'on a filmés en salle blanche à Toulouse quelques mois plus tôt.

Pour U-Space, startup toulousaine fondée par trois ingénieurs issus du CNES, spécialisée dans les nanosatellites modulaires, ayant levé 24 millions d'euros, nous avons accompagné la construction de toute l'identité de communication depuis la création : identité graphique, site internet, stratégie LinkedIn, benchmark, plan de communication. Un suivi au long cours, depuis le stade de la startup en phase d'amorçage jusqu'à celui de l'acteur reconnu du New Space.

Plus récemment, nous travaillons pour Skynopy, startup du secteur spatial, sur des supports graphiques à destination d'une cible B2B.

Un workflow dédié aux contraintes du secteur

Travailler dans le spatial, c'est travailler dans un secteur régi par des protocoles de sécurité, de confidentialité et de souveraineté que la plupart des productions audiovisuelles ne connaissent pas. Une salle blanche n'est pas un plateau de tournage. Un satellite en cours d'assemblage n'est pas un décor. Les données de mission ne sont pas des rushes à stocker sur un disque dur grand public.

Au fil des années, Prodigima a développé un processus de production entièrement adapté à ces contraintes : habilitation des équipes pour les accès aux sites sensibles, protocoles de gestion sécurisée des données, solutions de stockage et de transfert conformes aux standards du secteur, adaptabilité aux exigences spécifiques de chaque client.

Ce n'est pas un argument marketing. C'est une compétence opérationnelle qui s'acquiert sur le terrain, et qui conditionne la capacité à travailler dans des environnements où une erreur de protocole peut avoir des conséquences réelles.

Les accords-cadres : une relation structurée dans la durée

La dimension contractuelle de cette activité mérite d'être mentionnée, parce qu'elle dit quelque chose de la relation de confiance construite avec ces institutions.

Plusieurs accords-cadres organisent notre collaboration au long cours avec le secteur spatial :

CNES
Production audiovisuelle et communication, couvrant les projets ATV-CC, IASI-NG, SWOT, MicroCarb, Trishna, GEODES et le service communication.
Cité de l'Espace
Production audiovisuelle.
U-Space
Production audiovisuelle et support de communication.

Un accord-cadre, dans les marchés publics français, n'est pas un contrat ordinaire. C'est une procédure de mise en concurrence remportée, une qualification technique et financière reconnue, un engagement réciproque sur la durée. En avoir plusieurs dans le secteur spatial, c'est la démonstration que la relation n'est pas ponctuelle mais structurelle.

Ce que ce travail m'a appris

Quinze ans de productions pour le spatial, c'est un apprentissage continu, pas seulement sur les techniques audiovisuelles, mais sur la façon dont la science se raconte, dont les institutions communiquent, dont le savoir se transmet.

J'ai appris qu'un chercheur qui explique son travail à un enfant de dix ans est souvent plus précis qu'en parlant à ses pairs, parce que l'obligation de simplifier force à aller à l'essentiel. J'ai appris que les meilleures images d'un satellite ne sont jamais les images du satellite lui-même, mais celles des gens qui le construisent, qui le contrôlent, qui attendent les données qu'il renvoie. J'ai appris que le Centre Spatial Guyanais, vu depuis la forêt, ressemble à un décor de film de science-fiction, et que cette impression est exactement celle qu'il faut filmer, parce qu'elle dit la vérité de ce qui se passe là.

Et j'ai appris que Toulouse, finalement, est extraordinaire.

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