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Studio 80
16 ans d'un plateau toulousain qui a vu passer beaucoup de monde.
Entre 2009 et 2025, Prodigima a exploité un studio de tournage au numéro 80 d'une rue du quartier Bonnefoy, à deux pas de la gare Matabiau, à Toulouse. D'où son nom : Studio 80. Rien à voir avec sa surface ; le plateau, lui, faisait 70 m². Le « 80 », c'est l'adresse.
16 ans d'exploitation continue. Des centaines de tournages. Un outil que j'ai pensé, équipé, exploité, ouvert aux autres et finalement transmis. Un lieu où je suis passé presque tous les jours pendant 16 ans, et qui résume, à lui seul, beaucoup de ce que Prodigima aura été.
Pourquoi un studio à Toulouse, en 2009 ?
À l'époque, l'offre de plateaux de tournage à Toulouse était limitée. Les productions toulousaines partaient régulièrement louer des studios à Bordeaux, Montpellier ou Paris, faute de plateau correctement équipé sur place. Quand on a trouvé ce local quartier Bonnefoy, un volume généreux, avec un accès véhicules, une hauteur sous plafond exploitable et la possibilité d'une amenée triphasée, la décision a été simple.
Ouvrir un studio, c'était deux choses à la fois : un outil de production interne pour Prodigima, et un service à la communauté audiovisuelle locale. Un studio qu'on garde pour soi, ça ne tient pas économiquement. Un studio qu'on ouvre, ça structure un écosystème.

Ce qu'était ce studio, techniquement
Le Studio 80 a été pensé pour répondre à la majorité des besoins de tournage hors décors naturels :
Plateau de 70 m², soit environ 350 m³ de volume utile, hauteur sous plafond confortable
Cyclo vert/bleu sur 35 m² pour les incrustations, clé du succès du studio sur les usages corporate et institutionnels
Noir total possible — murs, plafond et système d'occultation complets
Balcon de prise de vue en hauteur pour placements caméra plongée et points de vue alternatifs
Alimentation triphasée — Tétra 2 × 32A, suffisante pour des installations lumière complètes
Climatisation réversible, un confort essentiel pour des tournages en été toulousain
Accès privé chargement/déchargement de plain-pied, suffisamment large pour faire entrer voitures et motos sur le plateau
Loge avec WC et douche
Fibre dédiée symétrique et vidéosurveillance 24/7
Le studio était officiellement référencé au Bureau d'accueil des tournages de Toulouse (Toulouse Tournages) ainsi que chez Occitanie Films dans la liste des plateaux régionaux. Prodigima était également signataire de la Charte Écoprod depuis 2020, un engagement qu'on a tenu jusqu'au bout, dans le choix des fournisseurs comme dans la gestion énergétique du lieu.

Ce qu'on y a tourné
Fiction
Plusieurs scènes de courts-métrages produits ou coproduits par Prodigima ont été tournées sur le plateau, en décors construits ou en incrustation cyclo. C'est là qu'on faisait monter les décorateurs, les chefs déco, qu'on construisait des micro-univers le temps de quelques jours, qu'on partait en repérage virtuel avant tournage.
Clips musicaux
Plusieurs clips ont été produits et/ou accueillis dans le studio, pour des labels indépendants toulousains, des artistes en développement, des productions invitées. Le cyclo et la possibilité de noir total en faisaient un lieu particulièrement adapté à l'esthétique clip, où l'on travaille beaucoup avec des fonds graphiques ou abstraits.
Publicité, corporate et institutionnel
C'est sans doute l'usage qui a le plus rempli le studio sur 16 ans : des centaines de prises de parole sur cyclo d'incrustation, pour des clients institutionnels et privés. Parmi eux : le CNES (formats récurrents) / Airbus / Météo France / U-Space / Delair / TBR / Université Toulouse Capitole / Cité de l'Espace / Les Terroirs du Chef
Ces tournages, qui peuvent paraître modestes vus de l'extérieur, ont représenté une part essentielle de l'activité du studio, et un savoir-faire spécifique : éclairer un cyclo pour incrustation propre, diriger un intervenant non comédien, livrer dans la journée des rushes prêts pour la postproduction.
Séries de vulgarisation pour le CNES
Plusieurs formats de séries de vulgarisation scientifique pour le CNES ont été tournés au Studio 80, avec décors construits, animateurs et plateau récurrent. C'est un usage exigeant : on n'est plus dans la prise de parole simple, on est dans la fabrication d'un véritable plateau TV, avec ses contraintes de continuité, d'éclairage, de raccord et de rythme.
Anecdotes — ce qu'un studio voit passer en 16 ans
Du fumigène, beaucoup de fumigène, pour les effets d'ambiance, au point qu'il fallait régulièrement aérer plusieurs heures avant la séance suivante
Des véhicules qu'on faisait rentrer sur le plateau pour tourner avec : voitures, motos, parfois des objets plus inattendus
Des youtubeurs et streameurs invités pour des formats spéciaux, dont Zerator, qui a été l'invité principal d'une émission lui étant dédiée et tournée intégralement dans le studio
Un partenariat avec Toulouse Ynov Campus pour permettre aux étudiants de la filière audiovisuel de venir y tourner leurs projets de fin d'études, un geste de transmission auquel je tenais.

Un studio ouvert aux autres productions
Le Studio 80 n'était pas réservé à Prodigima. Il a été régulièrement loué à d'autres sociétés de production et agences de communication régionales ou nationales : Agence Novo / Master Films / Chaprod / LCD Vision / Plusieurs labels musicaux...
Cette ouverture a été un choix structurant. D'abord parce qu'un studio comme celui-là, économiquement, ne tient pas si on le garde pour soi : la rentabilité passe par un taux d'occupation élevé. Ensuite, et surtout, parce qu'un outil, ça vit en circulant. Voir d'autres équipes investir le lieu, c'était à chaque fois apprendre quelque chose, croiser des méthodes, tisser des relations professionnelles qui ont nourri Prodigima sur la durée.

L'agence, c'était aussi 3 salles de post-production
Le Studio 80 ne se limitait pas au plateau. Dans le même bâtiment, Prodigima disposait d'un pôle post-production intégré, pensé comme la suite logique du plateau :
3 salles de montage - 12 m², 20 m², 36 m² (cette dernière en open space)
7 stations Mac Pro équipées Final Cut Pro X, Avid Media Composer, Adobe Creative Cloud
Monitoring audio professionnel et monitoring vidéo 4K
Climatisation, double vitrage, sièges ergonomiques
Salle de réunion équipée vidéoprojecteur, coin café à l'étage
Cet ensemble plateau + post-prod faisait du Studio 80 un véritable tout-en-un : on pouvait y commencer un projet par un brief client, y tourner les plans le lendemain, monter dans la foulée et livrer un PAD une semaine plus tard, sans jamais sortir du quartier Bonnefoy.
C'est une logique d'agence intégrée qui a longtemps été une vraie force commerciale, et qui correspondait à ce que cherchaient nos clients institutionnels : un interlocuteur unique, un lieu unique, une équipe unique, du brief à la livraison.

Ce que je retiens de ce lieu
Un studio, ce n'est pas que des mètres carrés et du matériel. C'est un lieu de travail collectif. Des équipes qui se croisent, s'entraident, se recommandent. Des étudiants qui découvrent un plateau pour la première fois et comprennent ce que veulent dire « régie », « plateau », « contre-jour ». Des clients qui reviennent parce qu'ils s'y sentent chez eux. Des techniciens intermittents qui y ont fait leurs premières heures et y ont construit, parfois, leurs premières années de carrière.
Le Studio 80 a fermé avec Prodigima en 2025. Les équipements sont partis, les murs aussi. Mais ce qui se construit dans ce genre de lieu, les liens, la méthode, les habitudes de travail, la culture professionnelle partagée, ça, ça ne se démonte pas.
C'est ce que j'emporte avec moi dans la suite.